(BiotechFinances n° 976 du lundi 21 février 2022) 2,3 Mds€ collectés l’an dernier pour financer l’innovation médicale, du jamais vu de mémoire de France Biotech. L’association qui rassemble près de 500 biotechs, medtechs, sociétés de diagnostic ou de santé numérique françaises présente ainsi son plus beau panorama annuel. Une dynamique, qui s’illustre sur tous les fronts, privés, publics, boursiers et industriels.
La France, médaillée dans le capital-risque. Premier pourvoyeur de financement pour le secteur, les fonds de capital-risque ont investi 1,6 Md€ l’an dernier dans des entreprises françaises healthtech. C’est 77% de plus qu’en 2020 ! Une manne qui place la France au 2e rang des pays européens en la matière, derrière le Royaume-Uni et devant l’Allemagne. Deux raisons principales à ce bon résultat. Il y a eu pour la première fois en France des tours supérieurs à 100 M€. DNA Script a levé 142 M€ (Lire BiotechFinances n°963 du 1er novembre 2021) et Dental Monitoring 129 M€. « On a donc des financements plus tardifs avec des montants plus importants. Cela se rapproche de ce qui se fait aux Etats-Unis », se réjouit Cédric Garcia, associé d’EY.
L’autre phénomène notable de l’année, porte sur le financement massif observé sur des sociétés early-stage. Egle therapeutics et Mnemo Therapeutics ont ainsi bouclé des séries A respectivement de 40 et 75 M€ (Lire BiotechFinances nos 962 et 948 des 25 octobre et 21 juin 2021). « Ces tours de table significatifs, très early stage n’existaient pas l’année précédente », rappelle Cédric Garcia. Conséquence : la moyenne des fonds levés est passée de 9 M€ en 2020 à 13 M€ en 2021. « Cela reste malheureusement le montant le plus faible en Europe », regrette l’associé d’EY. A titre comparatif ce même ticket s’élève à 24 M€ au Royaume-Uni, 23 M€ en Allemagne et 19 M€ en Suisse.
La remontada des IPO
La Bourse représente l’autre source majeure de financement de la Healthtech en 2021. La filière compte « 133 entreprises cotées sur Euronext (1) et pèse en cumulé 60 Mds€ contre 42 Mds€ un an plus tôt », indique Guillaume Morelli, directeur listing PME ETI France au sein d’Euronext. A Paris, on dénombre 68 entreprises cotées, valorisées globalement 16,2 Mds€. Un montant boosté par le succès de Valneva dont la capitalisation dépassait fin décembre 2,7 Mds€. Dans ce contexte de marché favorable, on a donc assisté, après 4 ans de pénurie, au grand retour des IPO. Le regain d’intérêt des particuliers pour ces opérations a permis à 7 sociétés françaises (Medesis, Acticor, Pherecydes, Affluent Medical, NFL Biosciences, Maat Pharma, Ikonysis) de se coter et de lever globalement 101 M€. Fait nouveau : chacune d’elles a été accompagnée par ses actionnaires, des fonds d’investissements pour l’essentiel, qui se sont engagés préalablement à souscrire entre 30 et 60% des titres, sécurisant ainsi l’opération. Globalement, les institutionnels anglo-saxons spécialisés demeurent les plus gros actionnaires de la Healthtech française, pesant 54% dans le capital des entreprises.
Le refinancement en Bourse, c’est-à-dire les augmentations de capital, par placement privé ou appel public, soutient aussi le développement de la filière, à hauteur de 573 M€. Trois opérations ont même dépassé 50 M€, entre autres la levée de 56 M€ réalisée l’an dernier par Carmat en mars 2021 M€ pour financer le développement de son cœur artificiel.
Bpifrance quadruple la mise
En 2021, Bpifrance joue encore un rôle prépondérant dans le financement de l’innovation avec 4 fois plus d’argent attribué aux entreprises healthtech que l’année d’avant. Ainsi la banque publique leur a octroyé 1,2 Md€ sous forme d’aides et 363 M€ en investissements. Un soutien qui intervient à tous les stades de développement. Cela peut se réaliser très en amont avec des financements deeptech. « La moitié des projets deeptech sont dans la healthtech », souligne Rosalie Maurisse, responsable santé à la direction de l’innovation de Bpifrance. A cela s’ajoute le programme d’investissement d’avenir N°4 lancé en 2021, doté de 20 Mds€ sur 5 ans, dont une enveloppe de 2,5 Mds€ réservée à la biothérapie, la bioproduction, la santé numérique et les maladies infectieuses et émergentes. Dans ces 4 domaines, 41 projets ont été subventionnés l’an dernier pour environ 98 M€. Enfin 832 M€ ont été consacrés à la réindustrialisation de la filière santé. En parallèle de ces aides, Bpifrance a investi 158 M€ directement au capital des entreprises via ses 9 fonds d’investissements (2) « Cela représente une hausse de 25% par rapport à 2020, en raison notamment de levées plus conséquentes. Les séries A atteignent désormais 30 à 40 M€ et nous avons également accompagné des entreprises dans des séries C comme Corwave ou DNA Script ou encore participé à l’entrée en Bourse de Maat Pharma », détaille Rosalie Maurisse. Quant au rôle de LP’s tenu par la banque publique dans les fonds santé de capital-risque et de croissance, le montant de ses souscriptions s’est envolé de 45% dépassant 205 M€.
Des partenariats de taille
Dernier maillon de la chaîne de financement pour la healthtech française, et plus particulièrement pour les biotechs : les partenariats. Il s’agit principalement de collaboration en R&D et de cessions de licences d’actifs à des industriels.
Les 5 partenariats les plus emblématiques de 2021 impliquant une biotech française représentent une valeur potentielle totale de 1,8 Md€. Ils concernent des produits en phase avancée (phase 2 ou 3) à l’exception de l’accord entre Cellectis et Cytovia dans les CAR-T. Au niveau européen plus de 6 000 accords de licence et partenariats ont été signés depuis 2017. Les 160 noués en 2021 affichent un montant moyen de 434 M$.
(1) Euronext, plateforme boursière commune à 7 places européennes : Amsterdam, Bruxelles, Dublin Lisbonne, Milan, Oslo et Paris.
(2) French Tech Bridge, Fren Tech Seed, Fonds PSIM, Fonds Definvest, Fonds Innobio, Fonds Maladies Rares, Fonds FABS, Fonds Patient Autonome, Fonds Large Venture.
2000 entreprises et 50000 emplois en France
La France compte actuellement plus de 2 000 entreprises healthtech, au profil bien différent. Sur la base d’un panel représentatif de 427 entreprises, France Biotech dresse une cartographie assez précise du secteur composé par 42% de biotechs, 22% de medtechs, 16% de sociétés de e-santé, 10% de CRO et CDMO et 7% de spécialistes du diagnostic. Les deux tiers des medtechs en sont déjà au stade de commercialisation de leurs produits tandis qu’une poignée de biotechs ont mis sur le marché, ou sont sur le point de la faire, un premier médicament, à l’instar d’Advicenne, Poxel, Gensight ou Valneva.
Pour l’essentiel, les entreprises healthtech sont encore dirigées par leur fondateur, souvent un homme, de formation scientifique et âgé en moyenne de 50 ans. Enfin, bien que la maturité de l’écosystème s’améliore dans son ensemble, la moitié de l’échantillon reste des TPI comptant moins de 10 salariés. Petites mais mondiales, 1 entreprise sur 5 possède une filiale à l’étranger, principalement en Amérique du Nord. Quant aux marchés adressés, même si les entreprises healthtech ciblent prioritairement la France et l’Europe, notamment l’Allemagne, les Etats-Unis demeurent incontournables pour 81% d’entre elles.
