(BIOTECHFINANCES N°948 Lundi 21 juin 2021) Issue des travaux de l’Institut Curie et du Memorial Sloan Kettering, Mnemo Therapeutics vient de boucler la plus importante série A jamais réalisée dans la santé en France. Ce tour record de 75 M€ a été mené par Sofinnova Partners, présent dès l’amorçage, et des fonds américains. Regroupant en son sein les plus grands spécialistes des CAR-T des deux côtés de l’Atlantique, la biotech française fonde tous les espoirs dans le domaine de la thérapie cellulaire. Antoine Papiernik, le président de Sofinnova Partners revient sur la genèse et les enjeux de cette formidable aventure.
BiotechFinances – Une série A de 75 M€ est-ce historique en France dans la santé ?
Antoine Papiernik : C’est incontestablement la plus importante levée réalisée par une biotech française mais ce n’est pas tant la question de la taille que
l’histoire elle-même qui est incroyable.
BF – Dites-nous justement quand et comment a débuté l’aventure Mnemo ?
Antoine Papiernik : Comme souvent l’histoire démarre par une rencontre, avec Sebastian Amigorena, scientifique reconnu à l’Institut Curie que je côtoyais depuis des années et qui est venu nous voir chez Sofinnova en 2019 avec Alain Maiore, un entrepreneur bien connu de notre réseau. Ils nous ont présenté un projet de société autour d’une découverte faite par Sebastian Amigorena dans son laboratoire. Elle avait fait l’objet de nombreuses publications et portait sur cette fine connaissance des modulations épigénétiques des cellules T en particulier. Ce travail amenait à une plus grande mémoire et une meilleure persistance des cellules T qui est un élément crucial dans les thérapies CAR-T.
BF – Vu l’enjeu thérapeutique, le tour d’amorçage était-il lui aussi d’une ampleur inhabituelle ?
Antoine Papiernik : C’était un seed classique de quelques millions d’euros. Au début nous étions tous les trois autour de la table, et c’est en petit comité que nous avons validé, sur la base d’études précliniques, le concept. Sebastian Amigorena a souhaité montrer les résultats obtenus à Michel Sadelain, l’expert mondial des CAR-T, qu’il connaît bien. Lequel les a non seulement validés mais a proposé d’associer au projet des technologies exclusives développées au sein du Memorial Sloan Kettering Cancer Center. Et nous avons ainsi assisté à la réunion des meilleurs scientifiques au monde du domaine au sein d’une même société française. S’est jointe aussi au projet, Isabelle Rivière, la plus grande spécialiste de la production des CAR-T. A l’arrivée on se retrouve avec les 4 meilleurs scientifiques français et une équipe de 28 personnes dans l’entreprise.
BF – Au-delà de l’équipe, en quoi ce projet est-il plus ambitieux que les autres ?
Antoine Papiernik : Le projet repose sur 2 piliers. D’abord la technologie autour des CAR-T pour en augmenter leur mémoire et leur persistance. Puis la plate-forme EnfiniT de ciblage issue de Currie, qui propose une façon nouvelle d’aller chercher de l’antigène spécifique de cellule cancéreuse là où personne ne l’avait fait jusqu’à présent.
BF – Un financement de 75 M€ a-t-il été facile à réunir en France ?
Antoine Papiernik : On reproche souvent aux biotechs françaises de ne pas avoir assez d’ambition et de ne pas lever suffisamment d’argent. Dans ce cas-là, il était impossible de dire à Michel Sadelain, co-fondateur de Juno Therapeutics, de se contenter de 3-4 M€ pour produire des CAR-T. Il fallait réaliser un tour de grande taille. D’ailleurs au départ nous ne cherchions pas forcément 75 M€ mais avons été victime du succès du projet. Fidèle à notre stratégie nous sommes allés chercher de très grands acteurs américains (1) en prévision d’une future cotation aux Etats-Unis. Il est néanmoins rare de les voir si nombreux dès la série A.
BF – Plus d’argent que prévu, cela va servir à quoi ?
Antoine Papiernik : D’abord un business plan n’est jamais complètement figé. Ensuite, il y a pléthore de technologies différentes logées dans Mnemo. Aux Etats-Unis, ils auraient déjà monté 4 ou 5 boîtes. La plateforme EnfiniT pourrait très bien faire l’objet d’une société à part. Mais nous préférons mettre toutes les chances de notre côté en réunissant les meilleures technologies de CAR-T afin de résoudre un certain nombre de problèmes notamment dans les tumeurs solides. Tester ces outils un par un et déterminer comment ils se complètent est crucial compte tenu de l’objectif ultime de Mnemo. C’est aussi une société qui est pensée pour aller loin et devenir un acteur très important de la biotechnologie.
BF – Quand débuteront les premières phases clinique et dans quelle indication ?
Antoine Papiernik : Dans les deux ans, il devrait y avoir un candidat à mettre en clinique. C’est en tout cas l’objectif de cette série A. Mais nous ne voulons pas partir trop vite et bien réfléchir aux bonnes indications. Nous avons déjà des idées précises qui sont actuellement à l’étude.
BF – Peut-on prédire une success story française ?
Antoine Papiernik : c’est en tout cas un contrepied aux critiques de ces derniers mois sur notre écosystème retardataire. Mnemo ce sont 4 scientifiques français d’excellence formés en France, aux Etats-Unis, et qui réunissent leurs efforts, leurs technologies et leur propriété intellectuel dans une société française. Et ça il faut s’en réjouir !
(1) Casdin Capital, un fonds cross-over biotech basé à NY a co-dirigé le tour avec Sofinnova et un investisseur international anonyme. Ils ont été rejoints par d’autres fonds Us : Redmile, Emerson Collective (lire ci-dessous) et Alexandria Venture Investments.
Alain Maiore (Mnemo Therapeutics)
Le pdg de Mnemo Therapeutics estime que le premier essai clinique pourrait être mené dans les tumeurs solides avec un CAR-T autologue dirigé sur une cible connue, tout en commençant le travail hématologique avec une construction allogénique. Tous les six mois, les données seront examinées et les priorités du portefeuille redéfinies en fonction des résultats (source Endpoints News)
Amaury Martin (Institut Curie)
« L’entrée au capital du Memorial Sloane Kettering Cancer Center qui apporte un portefeuille de brevets stratégiques et une expérience unique dans le domaine des CAR-T ainsi que cette levée de fonds nous comblent et laissent espérer le meilleur pour la suite, » Amaury Martin Directeur de la valorisation et des partenariats industriels à l’Institut Curie et du Carnot Curie Cancer
Reed Paul Jobs (Emerson Collective)
Emerson Collective a été créée par Laurene Powell Jobs, la veuve de Steve Jobs. Cette fondation caritative basée aux Etats-Unis investit notamment dans la recherche de traitement contre le cancer. C’est d’ailleurs Reed Jobs, le fils du fondateur d’Apple, qui est en charge de cette activité et a participé à la Série A de Mnemo.





