On ne compte plus les entreprises de biotechnologie (Radius Health, Theravance Biopharma, Quince Therapeutics, Medicines Co, Ariad) qui doivent ou qui ont dû faire face à des investisseurs activistes. Farrallon Capital s’est attaqué à Exelixis, l’opération Jounce/Redx a finalement donné des boutons à Tang Capital et plusieurs autres sociétés se sont retrouvées sous le feu des critiques et la surveillance des investisseurs comme Amarin, Zymeworks ou encore Alkermes. Même le laboratoire Bayer s’est vu titiller par le fond Inclusive Capital qui souhaite une scission du géant allemand.
Mais l’une des opérations les plus en vue est certainement le raid de Carl Icahn sur Illumina. En effet, après avoir vertement critiqué la chute de l’action Illumina qui a dû abandonner en août 21 près de 50% de son plus haut lors de l’annonce du rachat de Grail, soit près de 50 milliards de dollars de capitalisation envolés, le fonds souhaite aujourd’hui le départ de Francis deSouza, l’emblématique patron de la firme de génomique.
Icahn exige en outre le remplacement d’au moins deux autres membres du conseil d’administration, le président John Thompson, Robert Epstein, le président du comité de gouvernance. Les remplaçants sont déjà tous trouvés. Les Icahn boys ne sont autres que Vincent Intrieri, fondateur et PDG du fonds d’investissement VDA Capital Management, Jesse Lynn, avocat général d’Icahn Enterprises, et Andrew Teno, gestionnaire de portefeuille chez Icahn Capital.
Au-delà d’un « simple » problème d’actionnariat et de dividendes, le différend porte sur la stratégie de la société et plus précisément sur le rachat ou non de Grail, le spécialiste de la détection précoce des cancers par biopsie liquide. Pour Icahn, 8 milliards de dollars sont un montant exorbitant concernant une activité qui n’est pas naturellement complémentaire de celle d’Illumina (rappelons que Grail est un spin-off d’Illumina) et qui, surtout, devrait encore grever les budgets du séquenceur. Icahn se réfère à la décision du régulateur européen et de la Federal Trade Commission (FTC), qui vient de se rendre aux conclusions européennes et demande d’annuler l’opération. En face, deSouza et Thompson résistent. L’emporteront-ils ? La réponse nous parviendra dans les mois à venir. En attendant, n’oublions pas que Jeff Bezos est l’un des investisseurs de Grail tout comme Bill Gates et qu’Alphabet se tient aussi en embuscade (le CEO de Grail Jeff Huber est un ancien de Google). Ainsi donc, on ne compte plus le nombre de fées aux pouvoirs tous plus importants qui se penchent sur la belle Grail avec des airs détachés de loups qui aiguisent leurs dents. Les activistes n’aiment rien de mieux qu’une ambiance de raréfaction d’argent, de marchés boursiers hypervolatils et de sociétés qui se négocient bien en dessous de leur niveau de liquidités.






