AdBio Partners s’est engagé dès les premières heures aux côtés d’Augustine Therapeutics. Un pari sur la science et les hommes que décrypte pour BiotechFinances Alain Huriez, son président et managing partner.
BiotechFinances : Comment s’est forgée la décision d’AdBio Partners à propos d’Augustine Therapeutics dans un domaine somme toute sensible comme celui des HDAC6i ?
Alain Huriez : Nous avons été, comme j’aime à le dire, des early believers. À l’époque, les inhibiteurs d’HDAC6 avaient uniquement été testés en oncologie, les composés étaient toxiques et pas assez sélectifs. Ce qui nous a convaincus très tôt chez Augustine, c’est la qualité des travaux de Ludo Van Den Bosch sur la maladie de Charcot-Marie-Tooth et la sclérose latérale amyotrophique. Il a su démontrer de façon remarquable le rôle central des HDAC6i dans le maintien des microtubules, un mécanisme essentiel au transport axonal et à la survie neuronale. À cela s’est ajoutée une compréhension approfondie de l’origine de la génotoxicité liée à la classe des hydroxamates, combinée à une vision précise pour concevoir des groupes chimiques innovants, avec des tests adaptés pour évaluer leur sélectivité. Le projet bénéficiait en outre d’une capacité à générer les structures cristallographiques permettant d’optimiser les molécules, ainsi que d’une expertise en chimie médicinale et computationnelle de tout premier plan. Cet ensemble cohérent et solide a été déterminant dans notre décision d’investir très en amont.
BiotechFinances : L’approche initiale ciblait la maladie de Charcot-Marie-Tooth, mais d’autres aires thérapeutiques ont rapidement émergé. Comment la plateforme permet-elle cette extension à vers d’autres indications ?
Alain Huriez : Ce qui rend le projet particulièrement intéressant, c’est effectivement aussi sa capacité à s’ouvrir bien au-delà de sa cible initiale. La première indication reste la maladie de Charcot-Marie-Tooth mais les données ont très vite révélé un potentiel plus large. Aujourd’hui, la même chimie est explorée dans des domaines comme le cardiovasculaire et le métabolique ainsi que dans les maladies du système nerveux central. Cette polyvalence, fondée sur la robustesse des composés, a notamment séduit des investisseurs de premier plan comme Novo Holdings et Jeito lors du dernier tour. L’approche permet de générer de nouveaux candidats à partir d’une plateforme commune, avec un potentiel thérapeutique qui dépasse largement les neuropathies périphériques.
BiotechFinances : Quelles sont les prochaines étapes pour Augustine, et envisagez-vous de rester au capital à long terme ?
Alain Huriez : Le prochain jalon stratégique, c’est clairement l’entrée en clinique, avec un premier essai chez l’homme attendu en 2025. L’objectif sera de confirmer l’absence de toxicité observée jusque-là et d’obtenir, si possible, une première preuve de concept. Compte tenu de l’ambition du portefeuille d’Augustine, nous pensons que l’intérêt d’acteurs industriels ne se fera pas attendre. De notre côté, nous sommes partie prenante depuis l’amorçage, nous avons participé à la série A, et nous resterons au capital le temps qu’il faudra.
Propos recueillis par Jacques-Bernard Taste
Les principales acquisitions mondiales d’entreprises développant des inhibiteurs HDAC6 au cours des 10 dernières années
| Acquéreur | Cible | Montant du deal | Molécule(s) HDAC6 concernée(s) | Date (annonce) |
| AbbVie | Pharmacyclics | ~21 Mds$ | Abexinostat (inhibiteur pan-HDAC incluant HDAC6) | 4–5 mars 2015 |
| Celgene Corp. | Acetylon Pharmaceuticals | ND | Ricolinostat (ACY-1215), Citarinostat (ACY-241) | 2 déc. 2016 |
| Bristol Myers Squibb (BMS) | Celgene Corp. | ~74 Mds$ | Citarinostat (ACY-241) – hérité de Celgene/Acetylon | 3 janv. 2019 |
| Alkermes plc | Rodin Therapeutics | Jusqu’à 950 M$ (100 M$ + milestones) | Inhibiteurs HDAC sélectifs (coREST complex – préclinique) | 18 nov. 2019 |
| Novartis | Chong Kun Dang Pharmaceutical | Jusqu’à 1.2 Mds$ (80 M$+ milestones) | Inhibiteurs HDAC6 (CKD-510) – préclinique | 6 Nov. 2023 |





