Thomas Jefferson, le considérait comme « une matière de première nécessité pour la richesse du pays », Barak Obama ne l’estimait « pas plus dangereux que l’alcool » et Bob Marley y voyait… « la guérison de la nation ». Autres temps autres mœurs, « l’addiction au cannabis est en passe de devenir la prochaine épidémie sanitaire mondiale ». C’est en tout cas le point de vue du Dr Pier Vincenzo Piazza, président fondateur d’Aelis Farma et sans doute aussi celui de son nouveau partenaire, le laboratoire Indivior, spécialiste des traitements contre les dépendances aux opioïdes et la toxicomanie.
Un futur blockbuster
Fondée en 2014 et spin off de l’Inserm, Aelis est à l’origine d’une nouvelle classe de médicaments, les inhibiteurs spécifiques de la signalisation du récepteur CB1 (CB1-SSi). Elle vient de conclure un accord majeur avec la pharma britannique pour son candidat médicament le plus avancé, AEF0117, ciblant les troubles liés à la consommation de cannabis. Dans le détail, Aelis recevra un montant initial de 30 M$. Puis en 2024, à l’issue d’une étude de phase 2b réalisée aux États-Unis, Indivior pourra exercer son option de licence internationale. Cela entraînera le paiement d’une redevance de 100 M$ auxquels s’ajouteront ensuite, si tout se passe bien, 350 M$ de milestones règlementaires et commerciaux. La phase 3 sera lancée en Europe et aux Etats-Unis en 2024-2025. Enfin une fois le médicament sur le marché, à l’horizon 2027 au plus tôt, la biotech bordelaise touchera des royalties, 16% en moyenne du chiffre d’affaires. « Ce qui pourrait représenter dans une prévision prudente 2 à 3 Mds$ de revenus pour Aelis », estime Pier Vincenzo Piazza.
Cependant, ajoute-t-il « il est difficile à ce stade d’établir le prix du médicament dans la mesure ou les seuls benchmarks qui existent sur le marché sont soit des traitements contre l’alcoolisme et la nicotine (1500 € par an et par patient) soit des traitements contre la dépendance aux opioïdes et de nouveaux neuroleptiques (4500 €/ an et par patient) ». Seule certitude : « plus de 8 millions de personnes ont été diagnostiquées avec une addiction au cannabis en Europe et aux États-Unis et ces chiffres devraient augmenter dans les années à venir du fait de la légalisation de son usage récréatif ».
Des patients plus nombreux et plus jeunes
Une partie de l’upfront du partenariat, financera intégralement l’étude de phase 2b qui sera lancée fin 2021 – début 2022. Environ 400 patients seront recrutés, présentant une addiction modérée à sévère au cannabis. Le candidat sera testé dans deux indications : la dépendance et la psychose. « Aujourd’hui en Europe, certaines études suggèrent que 50% des admissions aux urgences pour psychose sont liées à la prise de cannabis », indique Pier Vincenzo Piazza. Ceci s’explique en grande partie selon lui par « l’augmentation de la quantité de THC (tétrahydrocannabinol) dans les plants de cannabis, passée ces trente dernières années de 5% à environ 30% » pour accroître les effets euphorisants de la drogue. Conséquences, dans les centres de désintoxication, les patients sont désormais majoritairement des fumeurs de cannabis. Cette drogue « a les effets les plus délétères chez les jeunes, qui sont malheureusement ceux qui en consomment le plus ». Et d’ajouter : « si vous commencez à fumer du cannabis à 16 ans et continuez pendant 10 ans, vous perdez 10 points de QI ».





