Emmanuel Macron a dévoilé cette semaine son ambitieux plan innovation santé. Un budget de 7 Mds€ va être débloqué pour « faire de la France la 1ère nation européenne souveraine en santé ». Franck Mouthon, le président de France Biotech et fondateur de Theranexus, salue cette initiative et souligne les points clés.
BiotechFinances – 7 Mds€ est-ce suffisant pour redevenir leader de la santé en Europe ?
Franck Mouthon : Il s’agit d’un montant très significatif et jamais vu. Si nous parvenons à agir collectivement, c’est un formidable levier pour la filière santé. Ce plan va favoriser l’émergence de l’innovation avec tout d’abord un terreau à travers les clusters, les infrastructures, les centres d’excellence et le soutien des projets de recherches spécifiques. Avec ensuite les dispositifs optimisés pour développer ces innovations et les apporter le plus vite possible aux patients. Enfin, le dernier maillon consiste à faciliter et encourager l’accès au marché. Que demander de plus ? À nous à présent d’être à la hauteur de cette ambition.
BF : Le Csis parle de cloisonnement entre les acteurs de l’éco système, l’exception française peut-elle évoluer ?
Franck Mouthon : Il ne faut pas perdre un seul euro de cette enveloppe et s’assurer que l’organisation soit fluide. Dans les stratégies d’accélérations qui sont proposées il faudra faire les bons choix et favoriser les organisations qui jouent plus collectives, l’interdisciplinarité. Il y a un grand chantier de mise en œuvre des mesures et de pilotage de la performance, d’où la création de l’agence d’innovation en santé.
BF : France Biotech a été pionnière sur ce sujet, comment voyez-vous la mission et le fonctionnement de l’agence ?
Franck Mouthon : Tout d’abord c’est une idée collective. Nous comprenons des pouvoirs publics que l’agence coordonnera la mise en musique des ambitions de ce plan notamment en fluidifiant les dispositifs, en levant tous les obstacles administratifs et en favorisant les synergies pour faciliter l’émergence, le développement et le déploiement des innovations médicales.
BP : Ou sera-t-elle logée et quel sera son statut ?
Franck Mouthon : J’espère que cet interlocuteur aura le soutien politique suffisant afin que tout le monde soit aligné dans la même direction. Qu’elles que soient les modalités, il faut trouver un lieu pour que l’agence et les sujets qu’elle traitera soient une priorité dans l’agenda des trois ministres, Santé, Budget et Recherche. Autrement elle risque de devenir une strate supplémentaire dans le système et non une solution aux problèmes.
BF : Peut-on rêver d’un BARDA à la française ?
Franck Mouthon : Pour bénéficier de la puissance suffisante, il est préférable d’établir un HERA (Health Emergency Response Authority) fort au niveau européen. En revanche, l’agence d’innovation en santé devra jouer un rôle clé dans les orientations de l’HERA.
BF : Emmanuel Macron a-t-il raison de vouloir dupliquer le modèle allemand pour la fixation du prix des médicaments ?
Franck Mouthon : Ce modèle présente un avantage en termes de rapidité et d’efficience transactionnelle. Il semble en tout cas parvenir à résoudre un certain nombre de situations. Il comporte une sanction pour les industriels qui ne sont pas parvenus à s’accorder avec les autorités sur un prix au bout de 150 jours. À ce moment-là le médicament peut être retiré du marché. Après la réforme de l’accès précoce, s’inspirer du modèle allemand réaffirme cette véritable volonté de faire bénéficier plus tôt aux patients de traitements innovants.
Lire notre decryptage du Plan Innovation Santé 2030, pages 6-7 et 8





