Fort de résultats précliniques encourageants sur son vaccin contre l’allergie aux chats, Angany prépare une levée de fonds de « plusieurs dizaines de millions d’euros » en vue de développer sa technologie. Avant de la répliquer à d’autres pathologies, comme le cancer.
Angany s’apprête à changer de dimension. Préparation de plusieurs essais cliniques simultanés, levée de fonds, nouveaux champs thérapeutiques : les défis sont multiples avec à la barre de cette biotech franco-canadienne, Christine Guillen (ex-Elsalys), recrutée le 2 novembre dernier. Le biologique de nouvelle classe d’Angany pourrait, en effet, bien révolutionner le traitement des allergies. Son candidat vaccin ANG-101 est déjà à l’essai, en phase 0, sur une vingtaine de patients à Londres, et la phase 1 devrait se dérouler à Strasbourg, début 2024. « Les données de sécurité et les premiers signaux d’efficacité collectés sur une quarantaine de patients devront permettre d’apporter la première preuve de concept de notre technologie dans l’allergie », précise Christine Guillen. « L’étude 2a pourrait avoir lieu, fin 2024, avant la phase d’enregistrement en Europe et aux USA, pour une mise sur le marché d’ici 3 ou 4 ans. Mais contrairement aux études classiques de désensibilisation qui se déroulent sur plusieurs années, les effets de notre vaccin seront visibles en quelques mois seulement, dès les premiers patients. »
Une seule dose chez les plus jeunes
Au-delà des antihistaminiques ou des corticoïdes prescrits pour masquer les symptômes allergiques, la seule façon de modifier le cours de la maladie allergique passe, à l’heure actuelle, par la désensibilisation avec des dosages quotidiens, hebdomadaires ou mensuels, répétés sur plusieurs années. « Depuis 112 ans, d’une façon ou d’une autre, on ne fait que de la désensibilisation à partir de l’allergène lui-même, ce qui peut causer des réactions allergiques chez les asthmatiques en particulier et suscite finalement une réponse immunitaire relativement modeste. Nous ne touchons toujours qu’une toute petite minorité des personnes affectées. Or, nos résultats précliniques laissent entrevoir une efficacité 1 000 fois supérieure à l’approche actuelle », pointe le co-fondateur d’Angany, le Dr Guy Tropper. « Notre approche innovante est basée sur une bioparticule biosynthétique, une structure 3D qui ressemble à un virus et qui porte à sa surface des milliers de copies de l’allergène cible, soit la protéine Fel d 1 pour le chat. L’objectif étant de susciter une réponse de protection face à elle. » Ce nouveau traitement pourrait ainsi potentiellement être curatif en une seule administration chez les plus jeunes patients. Pour les autres, des doses annuelles de rappel seront probablement requises.
Allergies aux chats, aux arachides, cancer…
Une étape décisive pour Angany, car, une fois validée, sa technologie pourra être appliquée à d’autres allergènes, à commencer par celui de l’arachide, dont les attentes sont là aussi très importantes au niveau mondial. « Nous y travaillons déjà, au stade préclinique, en sélectionnant le candidat clinique en interne, avant de lancer une étude clinique de phase 1 en parallèle de notre phase 2 pour l’allergie aux chats », indique Christine Guillen. « Mais nos bioparticules pourront aussi viser des marqueurs cellulaires spécifiques du cancer du pancréas, par exemple, pour lequel nous préparons des vaccins thérapeutiques personnalisés qui pourront être produits en quelques semaines seulement. »
Afin de mener ces différentes études en allergie, en immuno-oncologie, mais aussi dans le domaine vétérinaire, Angany prépare une levée de fonds de « plusieurs dizaines de millions d’euros » qu’elle espère boucler au 3e trimestre 2024. « Nous ciblons des fonds avec un rayonnement international qui pourront nous suivre sur plusieurs tours », souligne Christine Guillen. La biotech qui emploie actuellement une vingtaine de personnes réparties entre son laboratoire de R&D de Val-de-Reuil, à côté de Rouen et son site de production de Lévis au Québec, entend ainsi recruter une dizaine de nouveaux collaborateurs dans les 2 années à venir. « Ces fonds vont servir à financer nos essais cliniques, renforcer notre pôle règlementaire-CMC, étoffer nos équipes R&D, et accroître la capacité de notre site de production pour pouvoir produire nos lots cliniques puis commerciaux. », précise Christine Guillen.
Le marché mondial de l’allergie représente actuellement un potentiel de plusieurs milliards de dollars par an, dont près de 40% aux USA, et près de 10% en France. Mais les perspectives sont encore plus vastes pour Angany. « Alors qu’on a vu émerger de nouvelles technologies de vaccins, notamment contre le coronavirus, notre procédé de fabrication, basé sur des bioparticules ou des anticorps monoclonaux est unique, que ce soit contre les maladies infectieuses, inflammatoires ou le cancer », assure Guy Tropper.
Pierre Havez






