( BIOTECHFINANCES N°969 Lundi 20 décembre 2021) C’est un moment clef dans la longue et chaotique histoire de la gestion de la crise Covid-19. Alors que la stratégie « tout vaccinal » montre ses fragilités, Apteeus, jeune biotech lilloise originellement spécialisée dans le repositionnement de médicaments dans les maladies génétiques rares, entend pousser son atout maître, le Clofoctol, dans le traitement de la Covid-19. L’Institut Pasteur de Lille, promoteur de l’essai clinique Thérapide mené pour montrer l’efficacité de cet antibiotique contre les affections de la Covid-19 a, de son côté, jeté l’éponge. Cette déroute amère pèserait essentiellement sur un manque de soutien des administrations françaises en déconnexion profonde avec la dynamique de la pandémie. Elle n’a pas entamé les potentiels du produit lui-même.
Prouver l’efficacité chez l’homme
Quelques datas pertinentes ont quand même été collectées et Apteeus s’en est saisie pour poursuivre le combat. « Pendant l’essai clinique Thérapide, nos équipes, quelques chercheurs de Campus Pasteur et d’autres encore sont restés très actifs » souligne Terence Beghyn, président et fondateur d’Apteeus. « Nous avons mis en évidence le fait que l’activité anti-inflammatoire du Clofoctol liée à son tropisme pulmonaire en faisait un produit de choix pour traiter les pneumonies à bactéries ou à virus. » Toujours mobilisée, la biotech est aujourd’hui à quelques encablures d’une levée de fonds de 40 M€. Elle espère boucler son tour au cours du premier trimestre 2022 et a déjà sécurisé une partie de cette levée. Elle entend rapidement convaincre Bpifrance et la Banque Européenne d’investissement de s’engager dans la bataille du Clofoctol. « C’est un produit dont tous les composants sont européens et qui est utilisé depuis 40 ans dans les infections pulmonaires sans aucun problème. Nous sommes propriétaires du brevet concernant le nouvel usage du Clofoctol contre la Covid-19, » souligne Terence Beghyn qui ajoute « En Allemagne, Atriva Therapeutics, a été soutenue par le gouvernement fédéral à hauteur de 12 M€ et par la BEI à hauteur de 24 M€. C’est un comparable intéressant pour nous et nos investisseurs car cette société travaillait sur un antigrippal avec une activité à la fois antivirale et anti-inflammatoire qu’elle a repositionné dans le covid. »
Commercialisation potentielle en 2023
Apteeus utilisera les fonds pour structurer ses forces – plusieurs recrutements sont en cours – et pour amener directement le Clofoctol sur un essai de phase 3 multicentrique contre placebo en Asie du Sud-Est, en Europe et potentiellement en France. Plusieurs centaines de patients pourraient être enrôlés, vaccinés ou non. L’un des critères principaux de l’étude en cours de design portera sur la réduction du temps de rémission. Le planning est serré. « Nous prévoyons de démarrer l’essai clinique au début du 2nd trimestre 2022 sur une durée de 6 à 9 mois, » indique Terence Beghyn. « Nous devrions disposer des résultats définitifs fin 2022 avec potentiellement une analyse intermédiaire qui pourrait comme pour le Molnupiravir et le Paxlovid nous dire avant la fin de l’étude si le produit est efficace. Le graal serait de passer un accord industriel en vue de supporter cet essai d’envergure et d’engager la commercialisation dès 2023. »





