(BiotechFinances n°1029) La start up britannique a bouclé un tour de série A de 117,5 M$ qui s’ajoutent au 15 M$ de financement d’amorçage de 2022. Son objectif : résorber le goulot d’étranglement en matière de capacités de production des thérapies géniques et cellulaires qui asphyxie financièrement les biotechs.
Un nouvel acteur de la fabrication de biomédicaments en phase d’accélération. Mardi dernier, Ascend Gene & Cell Therapies est désormais en pleine accélération après avoir obtenu un financement de 117,5 M$ dans un tour de série A mené par Abingworth et Petrichor, avec la participation de DCVC Bio, 4BIO Capital, Cathay Health, Deerfield Management, Digitalis Ventures et Ajinomoto. La biotech britannique, qui a été amorcée début 2022 par la société de capital-risque Monograph Capital à hauteur de 15 M$, est un CDMO (Contract Development and Manufacturing Organization) spécialisé dans la fabrication de thérapies géniques et cellulaires basées sur les VAA (Virus adéno-associés), ces vecteurs de gènes aujourd’hui reconnus comme les plus performants, et qui concentrent désormais environ 60 % du secteur.
Ascend entend répondre à une problématique majeure : débloquer les capacités de production de biomédicaments. “Le marché fait face à un goulot d’étranglement en matière de capacités de production de biomédicaments, ce qui ralentit l’acheminement des traitements vers les patients et asphyxie financièrement les biotechs du secteur”, explique Eric de la Fortelle, managing partner de Cathay Health, un fonds dédié à la santé lancé il y a un an par la société d’investissements Cathay Capital (lire aussi notre interview en page 7). “Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où les start-ups des sciences du vivant doivent attendre 12 à 18 mois pour que leur biomédicament entre effectivement en fabrication. Il y a un véritable déséquilibre entre l’offre et la demande”, abonde-t-il.
Racheter les unités de fabrication des biotechs
Les conditions de financement ont en effet terriblement changé ces dernières années. Après l’euphorie dans le secteur des biotechs en 2020 et 2021, le marché s’est fortement replié. En témoigne l’indice S&P XBI des petites entreprises de biotechnologie qui a décroché de 50% depuis son pic de février 2021. Le ralentissement de l’économie mondiale, plombée par une inflation forte et persistante dans les pays développés, a stoppé net le temps de l’abondance. Si bien que désormais, “une partie des biotechs en thérapie génique, qui avaient obtenu des dizaines de millions d’euros pour investir dans leur propre unité de fabrication, se retrouvent à devoir faire le choix de la revendre pour pouvoir poursuivre le développement de leur portefeuille de médicaments”, poursuit Eric de la Fortelle, qui ajoute que les biotechs ayant internalisé la fabrication se heurtent à des difficultés techniques majeures pour être en capacité effective de produire à l’échelle.
Ascend se positionne précisément sur ce nouveau créneau : racheter les unités de fabrication de biomédicaments de biotechs performantes mais à court d’argent. C’est d’ailleurs ce qu’elle vient de faire, en acquérant l’unité de fabrication de thérapies géniques, basée dans la banlieue de Munich, de la biotech britannique Freeline Therapeutics. “Freeline a préféré que son activité de fabrication devienne un coût variable, en faisant un contrat avec Ascend”, précise Eric de la Fortelle. Ascend vise ainsi d’autres sites de fabrication qui, comme Freeline, “ont prouvé leur efficacité via la publication de bons résultats et disposent de talents expérimentés, qui vont continuer de fournir leurs services à la biotech vendeuse, tout en les étendant à d’autres biotechs, pour d’autres applications”.
Réduire les coûts pour démocratiser les thérapies géniques
Grâce à cette acquisition, Ascend a plus que doublé ses effectifs, passant de 50 à 120 personnes et étendu son spectre géographique à l’Allemagne, alors qu’elle dispose déjà d’une usine de fabrication GMP à Potters Bar, dans le fameux “triangle d’or” des sciences de la vie, entre Oxford, Cambridge et Londres. Un site qu’elle compte développer avec deux autres bâtiments d’une capacité de production commerciale de 26 000 m². Ils devraient être entièrement opérationnels d’ici deux ans et demi, selon le PDG d’Ascend Mike Stella, qui était directeur commercial de Cognate BioServices, une entreprise spécialisée dans la fabrication de thérapies cellulaires et géniques et rachetée en 2021 par Charles River Laboratories pour 875 M$.
D’ores et déjà, Ascend promet à ses clients d’être en capacité de démarrer la fabrication de leurs biomédicaments dans un délai de 3 à 6 mois. “Pour les biotechs, il est primordial de pouvoir enclencher un essai clinique rapidement, pour ensuite obtenir un tour d’investissement et continuer de se développer. Grâce à Ascend, elles gagneront entre 6 et 12 mois. Ce qui représente une économie d’argent spectaculaire, quand on sait qu’il faut entre 500 000 € et 1 M€ par mois pour développer un biomédicament”, se félicite Eric de la Fortelle.
En plus de gagner du temps, Ascend aspire à réduire les coûts des biomédicaments, qui sont encore faramineux à ce stade : en moyenne 1 million de dollars, et qui sont largement liés à leur coût de fabrication. Ce prix peut sembler acceptable pour des maladies rares et très handicapantes. Mais ces dernières années, les thérapies géniques ont prouvé que leurs champs d’application pouvait s’étendre à des maladies dont la prévalence est plus importante, comme les cancers (qui concernent 65% des essais cliniques en thérapie génique), les maladies infectieuses, cardiovasculaires, neurologiques ou ophtalmologiques. “Il est extrêmement important d’optimiser les coûts et les rendements de la fabrication”, assure Eric de la Fortelle. « Si nous pouvons fournir dans un avenir proche des améliorations quintuplées ou décuplées, cela changera vraiment la donne pour les développeurs thérapeutiques« , a déclaré Freddie Dear, vice-président du développement d’entreprise chez Ascend.
La différenciation par l’adaptabilité / Cap sur les US
Grâce à sa levée de fonds, Ascend vise d’autres acquisitions et/ou fusions, notamment en Asie, mais d’abord aux Etats-Unis, alors que la société dispose déjà d’un pôle R&D à Alameda en Californie, dans la région de la baie de San Francisco, spécialisé dans l’optimisation des vecteurs viraux. Pour Mike Stella, la stratégie d’Ascend de racheter des sites existants et performants, avec des effectifs compétents et opérationnels lui “permettra d’accélérer beaucoup plus vite que la concurrence”.
“Il y a seulement une dizaine d’acteurs dans le monde qui sont capables de fabriquer à l’échelle ce type de médicaments, dont le biochimiste suisse Lonza par exemple. Mais à ce stade, ces fabricants visent principalement les grands laboratoires pharmaceutiques, viables et bons payeurs. Pourtant, le gros du marché se concentre dans les biotechs innovantes. Ce sont ces sociétés que vise Ascend, avec la capacité de comprendre leur rythme de développement, avec la flexibilité nécessaire pour répondre à leurs besoins spécifiques, de financements par exemple, et avec une valeur ajoutée indéniable en matière d’expertise sur le contrôle réglementaire de la qualité des thérapies géniques, de plus en plus exigeant”, explique Eric de la Fortelle. L’enjeu est de taille : le marché de la thérapie génique était estimé à 4,1 milliards de dollars en 2021 et devrait croître à de 25,7% par an pour atteindre 14,8 milliards de dollars en 2027.
Marine Rabreau





