La « Start-up Nation » est en panne. En effet, depuis plusieurs mois, c’est une véritable avalanche de procédures qui touche les sociétés technologiques. Le paysage de la French Tech est en pleine désolation avec pas moins de 5,6 % des pépites françaises qui ont mis la clé sous la porte. D’ailleurs, la Banque de France s’est suffisamment émue de la situation pour produire un rapport en juillet 2024. Celui-ci, motivé par une accélération de la sinistralité de ces sociétés, comptabilisait 76 arrêts d’activité pour la seule année 2023, complétés par 53 procédures pour le seul premier semestre 2024. La Banque de France note que deux tiers de ces start-ups entrent dans une procédure judiciaire (redressement ou liquidation). Tous ces comas entrepreneuriaux trouvent leurs principales causes dans l’absence de fonds propres, la présence de lourdes pertes, et la faiblesse de leur trésorerie. Des critères très souvent endémiques pour les sociétés des sciences du vivant, ce qui permet d’expliquer pourquoi le secteur de la santé paye un lourd tribut, puisqu’une défaillance sur cinq le touche de plein fouet. D’ailleurs, on ne compte plus les sociétés emblématiques du secteur qui ont eu à souffrir comme H4D (pionnière de la santé connectée), Pharnext, Metabolic Explorer, Genomic Vision, Acticor, Lysogene… Des situations qui n’ont pas non plus épargné nos voisins, puisque, en Belgique, Mithra a cessé son activité, de même qu’Imcyse ou encore Cellaïon. Même les États-Unis ont connu leur crise, lorsqu’en 2023, annus horribilis, 28 faillites de biotechs ont eu lieu, après la vingtaine déjà actée en 2022, sans commune mesure avec les neuf défaillances de 2021, déflagrant un marché porté à l’optimisme, malgré l’insécurité financière motivée par la politique de taux élevés pratiquée par la Fed. Cependant, il y a eu quelques raisons de se réjouir comme le sauvetage de BioSerenity par Jolt Capital pour pas moins de 23 millions d’euros, ou encore la réinjection de 0,5 million d’euros dans Quantum Genomics par Akkadian Partners. Alors que le millésime 2023 s’apparentait à une terrible piquette, 2024 pourrait être sauvé par quelques beaux partenariats (294 millions d’euros versés au cours du S1 2024 pour 4 sociétés cotées : Cellectis, OSE Immunotherapeutics, Genfit, Medincell) ou des ventes prestigieuses (Mablink/Eli Lilly). Mais, pour France Biotech, ces opérations, même si elles apportent de l’air au secteur, ne permettent pas d’envisager sereinement le futur de l’industrie en France, puisque l’association professionnelle a choisi de sonner l’alerte en soulignant « la situation financière fragile » des entreprises de la HealthTech en présentant, le 12 septembre dernier, les résultats d’une consultation de ses adhérents, qui, à 88 %, stigmatisent une dégradation préoccupante de leur situation de trésorerie dans un contexte politico-économique pour le moins anxiogène.





