Biophytis, société de biotechnologie spécialisée dans les maladies liées à l’âge, vient de franchir un cap stratégique en consolidant à la fois son portefeuille clinique et ses capacités de financement. En l’espace de quelques jours, la société cotée sur Euronext Growth Paris a successivement annoncé la publication des résultats de phase 2 de son étude SARA-INT dans la sarcopénie, la présentation de nouvelles données précliniques dans l’obésité, et la réalisation d’une levée de fonds de 2,6 millions d’euros par placement privé.
Les résultats de SARA-INT, publiés dans le Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle, confirment l’intérêt de BIO101 (20-hydroxyecdysone) dans le traitement de la sarcopénie. Administré à raison de 350 mg deux fois par jour pendant six mois, ce candidat-médicament a permis une amélioration significative de la performance au test de marche de 400 mètres, critère d’évaluation principal de l’étude. Aucune toxicité significative n’a été observée, renforçant le profil de tolérance du produit.
« Le saut scientifique repose sur le mode d’action de BIO101, qui agit sur le système Rénine-Angiotensine et stimule l’anabolisme musculaire, à la fois sur les muscles squelettiques et cardio-respiratoires », explique Stanislas Veillet, Pdg de Biophytis. Cette double action permet de répondre efficacement aux attentes des agences réglementaires en réactivant l’endurance et la mobilité chez des patients âgés. « Ce sont des marcheurs lents, avec des formes sévères de sarcopénie, qui risquent la chute, l’hospitalisation, voire la dépendance. »
D’ores et déjà, la biotech francilienne a obtenu les autorisations pour initier une phase 3 aux États-Unis et en Europe. Mais le lancement reste conditionné à la signature d’un accord de licence. « Nous n’avons pas aujourd’hui les moyens de financer seuls une telle étude, qui représente plusieurs dizaines de millions d’euros. Nous sommes donc en discussion exclusive avec un grand laboratoire chinois intéressé par la sarcopénie », poursuit Stanislas Veillet. « Il s’agirait d’un accord de licence avec co-développement. Nous espérons pouvoir le conclure d’ici l’été pour démarrer la phase 3 dès début 2026. » L’essai, qui concernera plus de 900 patients, sera mené entre l’Europe, la Chine et possiblement d’autres pays asiatiques.
Une combinaison potentiellement gagnante avec GLP-1
Sur le versant métabolique, Biophytis a profité de la 15e conférence ICFSR de Toulouse pour dévoiler des résultats précliniques combinant BIO101 et des agonistes des récepteurs GLP-1. Dans un modèle animal d’obésité, cette association permet non seulement d’améliorer la mobilité et la force de préhension, mais aussi de compenser les effets myotoxiques connus des GLP-1 sur la contractilité musculaire. « Ces traitements font perdre du poids, mais aussi du muscle, et souvent sans gain réel sur la mobilité. C’est là que BIO101 a un rôle à jouer », insiste Stanislas Veillet. Une phase 2 en combinaison GLP-1 est déjà autorisée et pourrait démarrer prochainement sur 160 patients.
Dans ce contexte favorable, Biophytis a levé 2,6 M€ via un placement privé souscrit majoritairement par le fonds américain Armistice. L’opération, réalisée sans prospectus, a permis l’émission de 4,3 millions d’actions nouvelles accompagnées de bons de souscription, ainsi que de 5,7 millions de bons préfinancés. « Cette levée nous permet de prolonger notre visibilité financière jusqu’au troisième trimestre 2025 », commente Stanislas Veillet. « Elle nous donne le temps de concrétiser nos discussions partenariales, en Asie sur la sarcopénie, et au Brésil sur l’obésité, avec notre partenaire Blanver. »
Alors que le besoin médical reste considérable dans ces deux indications — plus de 190 millions de personnes touchées par la sarcopénie et près d’un milliard par l’obésité — Biophytis compte bien renforcer ses positions. Au-delà, la société se dit intéressée par des indications rares, comme la maladie de Charcot. « Nous avons signé un partenariat en Chine avec la principale association de patients atteints de SLA. Ils prennent en charge le développement clinique, nous apportons le produit », conclut Stanislas Veillet. Une série d’avancées concrètes dans l’attente d’un prochain catalyseur de valeur.
JBT




