20 mois ! C’est la durée moyenne observée pour les crises historiques qui ont secoué le monde de la healthtech. Le marché boursier, côté biotech, étant en baisse depuis 13 mois, c’est donc à l’approche de l’été 2023 que devrait sonner l’heure du redémarrage. En attendant, dans son « Healthcare Update » qui scrute les comportements boursiers, la banque d’affaires Bryan, Garnier & Co. distribue les bonnes et mauvaises notes pour les trois mois de l’été passé. « Grâce à des fondamentaux solides dans un contexte compliqué, les biotechs et la consommation discrétionnaire ont véritablement tiré leur épingle du jeu au cours de ce troisième trimestre 2022, » nous a confié Khalid Deojee, analyste « Biotechnology & Medical Technology » chez Bryan, Garnier & Co. « L’indice biotech a notamment surperformé de 3,6% loin devant la medtech en recul de -1,8% et la pharma de -5,9% ». La mauvaise passe des medtechs est un contrecoup de la pénurie des semi-conducteurs et des matières premières, de l’augmentation des coûts liée à l’inflation générale et des commandes signées pour du matériel qui n’arrive pas. Celle des pharmas vient de l’incertitude qui pèse sur leurs bénéfices à venir et de l’impact de la législation américaine sur le prix des médicaments.
Une brève période d’euphorie
A l’international, la performance des biotechs a été notamment tirée par les entreprises à capitalisation moyenne et en phase de commercialisation, cibles privilégiées des pharmas et aussi par quelques résultats cliniques positifs significatifs. Eisai et Biogen ont annoncé que le critère d’évaluation principal de leur candidat médicament Lecanemab avait été atteint dans l’étude clinique Clarity AD en phase 3. Akero, a fait largement part des résultats positifs de son étude de phase 2b dans la NASH. Le titre a gagné 137% en un jour. « Le XBI qui était à son plus bas en juin à 60 $ a connu un fort rebond en août à 95 $ avant de se replier aux alentours des 78 $ », note Khalid Deojee. « Ce rebond a été bref mais il a permis à plusieurs sociétés de saisir l’opportunité de se refinancer (3). »
Approbation, deals, IPO, M&A sans surprise
Entre janvier et septembre 2022, la FDA a approuvé 26 nouveaux médicaments contre 50 au total sur l’ensemble de l’année 2021. Mais 7 l’ont été sur le seul mois de septembre ce qui constitue une première depuis 8 ans. Un nouveau cap de tarification a, par ailleurs, été franchi en thérapie génique avec Zynteglo et Skysona, deux traitements proposés par Bluebirdbio et respectivement commercialisés à hauteur de 2,8 M$ et 3 M$.
Concernant les deals sur le marché primaire, la tendance est à la baisse en Europe avec 32 opérations au Q3 contre 40 le trimestre précédent et s’affiche en hausse aux Etats-Unis avec 98 transactions pour les trois mois de l’été contre 73 les trois mois du printemps. « Il est tout de même intéressant de noter que, malgré tout, la valeur totale des deals a doublé de 4 Mds$ à 9 Mds$ sur la période de référence », souligne Khalid Deojee. L’électrocardiogramme des IPO reste cependant résolument plat et celui des M&A sans grande suprise à l’exception de la prise de contrôle de Pfizer sur GBT à hauteur de 5 Mds$ et d’Amgen sur ChemoCentrix pour 3,6 Mds$.
En Europe, un cash runway très bas
« Côté européen, l’indice Next Biotech a suivi la même tendance que le XBI à la hausse en août et à la baisse en septembre. Quelques biotechs françaises ont profité pour lever de l’argent, » reprend Khalid Deojee qui ajoute : « Ce sont les biotechs suédoises qui ont le plus contribué à la dynamique de l’indice européen devant le Royaume-Uni, la France, la Suisse et l’Allemagne ». Mais les nuages sont encore loin d’être dissipés. « A la fin du troisième trimestre, le niveau de trésorerie des biotechs en Europe est proche de leurs « plus bas » historiques », indique Khalid Deojee. « 53% d’entre-elles sont sur des réserves de moins de 12 mois dont 28% qui sont à moins de 6 mois et 16% à moins de 3 mois ». Une tendance alarmante qui pourrait s’atténuer au dernier trimestre avec quelques grandes nouvelles attendues du côté des résultats d’essais cliniques. Chacun retient son souflle.
Jacques-Bernard Taste


