(BiotechFinances n°961 18/10/2021) NH THeraguix, Acticor, Maat Pharma… les biotechs françaises prétendantes à la bourse subissent de plein fouet ces dernières semaines les effets du dégonflement de la bulle biotech. Est-ce un véritable mal ou une opportunité qu’il faut exploiter en modifiant son angle d’approche ? Juliette Audet, Partner chez Forbion(*), a accepté de nous livrer une analyse globale et rapide de la situation en Europe.
BiotechFinances : Les marchés se referment, est-ce l’explosion de la bulle biotech ?
Juliette Audet : Pour l’instant, on observe un dégonflement plutôt qu’une explosion. D’un certain côté, je suis tout de même assez rassurée par ce retour au réalisme parce que, pendant la pandémie et jusqu’à cet été, un nombre tout à fait incroyable de sociétés s’est présenté sur les marchés avec des positionnements extrêmement early stage et des valorisations impressionnantes. Même si ces technologies sont très prometteuses, comment tenir un montant de cotation élevé dans la durée avec des compagnies qui, sans parler de commercialisation, sont tellement loin des essais cliniques ? C’est une vraie question. Cette correction du marché était attendue.
BF : Que conseillez-vous aux candidats à la cotation ?
Juliette Audet : Je fais l’éloge d’une entrée en bourse raisonnée. Je ne suis pas convaincue que ce soit une bonne chose pour une biotech d’aller trop tôt et trop rapidement en bourse. En « devenant publique » on s’adresse tout de même au « grand public » et donc à des porteurs qui n’ont pas forcément tous une expertise particulière sur un secteur aussi spécialisé que celui des biotechs. En entrant trop rapidement, on accentue la difficulté car il va falloir alimenter les newsflow dans le temps – surtout quand on est early – il n’y a pas forcément que de bonnes nouvelles. Il faut pouvoir les justifier auprès de son actionnariat public. De surcroît, il faut considérer aussi la compétition avec les compagnies qui opèrent dans la même sphère thérapeutique. Leurs nouvelles peuvent impacter directement ou indirectement à la hausse ou à la baisse sur le cours de leur compétiteur. Pour un nouvel arrivant très early stage les secousses baissières collatérales peuvent être rudement ressenties.
BF : Si la fenêtre boursière s’étrécit où trouver l’argent ?
Juliette Audet : Il y a beaucoup de capital disponible et de plus en plus de fonds US qui sont prêts à se déployer en Europe. En termes de science et d’innovation, nous faisons jeu égal avec les Etats-Unis quand nous ne les dépassons pas. En revanche, les biotechs européennes n’atteignent pas encore les niveaux de valorisation de leurs homologues à Boston, San Diego ou San Francisco. L’Europe est donc une opportunité pour les Américains comme pour nous-mêmes fonds européens. Et ce, d’autant que les big pharma lors d’une acquisition ne font aucune différence entre le fait qu’elles achètent une société européenne ou américaine. Leur prix est basé sur la technologie, l’innovation et les capacités de développement. Donc si la valorisation de la compagnie ainsi que ses coûts opérationnels sont plus bas qu’aux Etats-Unis, vous obtenez un avantage certain.
Propos recueillis par Jacques-Bernard Taste
Forbion en clair
Forbion dispose de 1,7 Md€ sous gestion et a bouclé en 2021 son fonds growth à 360 M€ et Forbion V à 460 M€. Ce VC balaie l’ensemble de la vie des biotechs thérapeutiques et compte parmi ses investissements : Argenx, Uniqure ainsi que des entreprises au stade clinique comme Promedior (acquise par Roche pour 1,4 md€), Dezima Pharma (acquise par Amgen pour 1,55 Md€). Voir aussi en p8 du n° 961 la participation de Forbion au tour A de Rectify Pharmaceutical.




