(BIOTECHFINANCES N°974 Lundi 7 février 2022) La recherche de technologie innovante auprès de biotechs, de laboratoires académiques, de centres universitaires… fait partie de l’ADN de la big Pharma américaine. Laquelle a noué plus de 300 partenariats actifs à ce jour, dont plus d’une dizaine de nouvelles collaborations public/privé depuis début 2020.
« L’innovation qu’elle soit interne ou externe constitue l’une des composantes clés de notre mission », assure Giovanni Caforio, Pdg de Bristol Myers Squibb. Ainsi 12 des 20 blockbusters du laboratoire américain sont issus de collaborations et 60 % de son portefeuille en développement provient de source externe. Pour accélérer sa recherche, le laboratoire américain combine à l’extérieur science et technologies innovantes, et en interne, son expertise et ses capacités de production. Dans ce cadre, les partenariats avec les biotechs, les centres de recherche académiques, les centres hospitalo-universitaires, ou de lutte contre le cancer… sont essentiels.
La recherche française attractive
Spécialisée en oncologie, hématologie, cardiologie et dans les maladies auto-immunes, BMS participe à la convention BIO, Bio Europe et à la JP Morgan Healthcare Conference…. En dehors de ces évènements, la big pharma donne la possibilité aux biotechs d’entamer les discussions avec ses équipes en les contactant directement sur son site internet monde. Chaque membre du pôle Business Development, dirigé par Elisabeth Mily, vice president strategy et business development, y est présenté avec ses fonctions. Cette équipe qui regroupe 19 managers est structurée par domaine thérapeutique et par technologies pour identifier, évaluer et traiter les meilleures opportunités.
« Au sein des affaires médicales monde, mon département travaille en proximité avec le Business Development et l’Alliance Management sur des collaborations stratégiques de Bristol Myers Squibb, avec un focus sur les partenariats académiques, » souligne Luigi Ravagnan, executive director, worldwide strategic collaborations, global medical affairs. La France est attractive avec ses chercheurs de haut niveau, son infrastructure de qualité et sa recherche clinique active. BMS y a conclu des partenariats en oncologie avec l’Institut Curie, Gustave Roussy, le Centre Léon Bérard, l’Institut Universitaire du Cancer de Toulouse et l’Institut Paoli-Calmettes. « Nous intervenons principalement dans le domaine de la R&D et notre équipe en France se concentre sur l’identification d’opportunités de partenariats de différentes manières, à travers des investissements et des licences, entre autres collaborations », précise-t-il. A titre d’exemple, BMS a réalisé l’an dernier un investissement dans le fonds Innobio2 de Bpifrance, dont le montant n’a pas été dévoilé. Luigi Ravagnan est ainsi entré comme représentant de la Big Pharma dans le comité stratégique d’InnoBio2.
Différents types d’alliances
Le laboratoire noue également en direct des liens avec des biotechs françaises à l’instar de TreeFrog Therapeutics, Enterome, Innate Pharma et par le passé Oncodesign. Les structures de ces accords sont flexibles. Ils peuvent prendre la forme d’investissements direct en capital comme dans TreeFrog Therapeutics, spécialisée dans le développement et la bioproduction de thérapies cellulaires issues de cellules souches.
Parallèlement, BMS noue des collaborations de recherche plus classiques, avec le versement d’upfronts et des paiements d’étapes au fur et à mesure des progrès de la recherche. C’est le cas du partenariat noué le 10 janvier 2022 avec l’américaine Century Therapeutics pour développer des thérapies cellulaires de nouvelle génération dans les cancers hématologiques et les tumeurs solides. C’est aussi le deal conclu avec Enterome pour le développement d’un vaccin thérapeutique combiné à son immunothérapie nivolumab. Parmi les exemples nombreux d’accord de licence, notons celui portant sur lirilumab avec Innate Pharma. Cette dernière avait perçu en 2017 un paiement d’étape de 15 M$. Ou bien la collaboration nouée avec Oncodesign en 2016 en vue de générer de nouveaux composés reposant sur la plateforme Nanocyclix pour des cibles d’intérêt de BMS. A l’époque, Oncodesign avait reçu un paiement initial de 3 M$ ainsi qu’un montant maximum de 80 M$ par cible en fonction de franchissement d’étapes. Dans les faits, cette collaboration n’est plus d’actualité. Fin 2018, Oncodesign a arrêté le programme pour des raisons de toxicité lié à la cible. La propriété intellectuelle concernant les molécules lui a été rendue. La biotech est aujourd’hui libre de les exploiter.
A un horizon de moyen-long terme, Bristol Myers Squibb ambitionne de continuer à travailler de manière étroite avec des partenaires extérieurs pour créer de la valeur des deux côtés. « L’entreprise prévoit d’être un investisseur actif en 2022 et au-delà, avec une certaine flexibilité dans l’évaluation de la taille et de la portée des investissements en fonction de l’opportunité » conclut Daniel O’Connell, Executive Director, Venture Capital and Equity Portfolio de BMS.
Trois partenariats au crible
Les thérapies cellulaires avec TreeFrog Therapeutics
Ce spécialiste du développement et la bioproduction de thérapies cellulaires issues de cellules souches, a mis au point une technologie exclusive en 3D. C-Stem permet, en effet, de produire des lots de plusieurs milliards de cellules thérapeutiques à coût réduit, avec un haut niveau de qualité génomique, et dans un format « microtissu » qui facilite la transplantation et l’intégration des cellules chez l’hôte.
En septembre 2021, TreeFrog Therapeutics a levé 64 M€ avec le soutien de Bpifrance et d’investisseurs internationaux comme Bristol Myers Squibb. Après un premier tour de table de 6,5 M€, cette deuxième levée de fonds est destinée à financer le déploiement de sa technologie, à s’implanter aux Etats-Unis et au Japon, et à étendre son portefeuille de thérapies cellulaires avec l’objectif de lancer les premiers essais cliniques dès 2024. (Lire Biotech Finances n°956 du 13 septembre 2021, « TREEFROG LA RAINETTE QUI VEUT ETRE REINE DES IPSC »)
Les cellules souches avec Century Therapeutics
Mi-janvier, un important partenariat a été noué avec la biotech américaine cotée au Nasdaq. Century Therapeutics exploite le pouvoir des cellules souches adultes pour développer des thérapies cellulaires curatives contre le cancer. La collaboration réunit la plate-forme de thérapie cellulaire allogénique dérivée de l’iPSC de Century Therapeutics avec l’expertise de BMS en thérapie cellulaire et en anti-cancéreux. Les deux premières collaborations concerneront des traitements de la leucémie myéloïde aiguë et du myélome multiple. Century Therapeutics a reçu 150 M$ en paiement initial avec un potentiel de paiements supplémentaires de 3 Mds$ et des redevances sur les ventes.
Un vaccin thérapeutique combiné avec Enterome
Depuis 2016, BMS a initié sa collaboration avec la biotech qui décode les interactions moléculaires entre le microbiome intestinal et le système immunitaire du corps humain. Le candidat médicament le plus avancé en immuno-oncologie d’Enterome, EO2401, est un vaccin thérapeutique basé sur une combinaison de son EO2401 et du nivolumab de BMS. Cette combinaison est actuellement en phase 2 dans deux études menées parallèlement (glioblastome et tumeur surrénale). Les résultats intérimaires de ces essais sont attendus au premier semestre 2022.
Des prises de participation pour cibler les mÉdicaments de demain
Les équipes dédiées du Business Development évaluent constamment les opportunités. « Nous avons été très actifs à la JP Morgan Healthcare Conference avec de nombreuses réunions organisées toute la semaine. Bristol Myers Squibb cherchait avant tout à rencontrer des entreprises dans nos principaux domaines thérapeutiques, à savoir l’oncologie, hématologie (dont la thérapie cellulaire), les maladies cardiovasculaires et l’immunologie ainsi que celles des domaines technologiques émergents » précise Daniel O’Connell, qui dirige l’équipe d’equity investment, chargée des relations avec les fonds de capital-risque ainsi que les investissements directs. En prenant des participations, BMS ne s’intéresse pas seulement aux très jeunes entreprises mais également à celles dont les candidats sont en phase clinique dans ses indications de prédilection et à celles présentes dans des domaines adjacents. Les participations se concentrent sur des actifs qui pourraient être les médicaments de demain, suivant une vision de long terme différente des traitements prioritaires d’aujourd’hui. A titre d’exemple, BMS compte aujourd’hui deux thérapies cellulaires dans son portefeuille alors qu’il y a cinq ans, il n’en avait aucune.
