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vendredi 20 mars 2026

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DARK VEKTOR, LA FORCE RUSSE

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(BiotechFinances n°978 lundi 7 mars 2022) Vektor. Le nom semble tout droit sorti de Jurassic Park ou de Star Wars. Pourtant ne cherchez pas le danger dans l’imagination de Michael Crichton ou dans celle de Georges Lucas, il est bien réel et se trouve au nord de la Sibérie, à 20 km environ de la ville de Novosibirsk. Il s’agit en fait de l’un des plus grands laboratoires de biotechnologie noire. L’un des deux seuls centres (authentifié) de recherche au monde à posséder encore des souches de la variole avec le Centers for Disease Control and Prevention (CDS) situé à Atlanta. Officiellement, à la demande de l’OMS, ces souches sont censées avoir été détruites depuis une vingtaine d’années. Reste que les experts de l’OIAC (Organisation mondiale pour l’Interdiction des Armes Chimiques) ne peuvent s’en assurer ayant bien du mal à se rendre dans les locaux de Vektor et pas seulement en raison du climat. Quant aux Etats-Unis, si la réglementation internationale semble appliquée, cela n’a pas empêché la FDA de retrouver en 2014, dans l’un de ses centres à Maryland, un carton contenant quelques fioles oubliées depuis 1950 de ce virus mortel…Et à l’automne dernier c’est dans un congélateur de Merck en Pennsylvanie qu’ont été découverts plusieurs flacons suspects.

Des souches de la variole

Ce sont d’ailleurs les américains, qui ont aidé financièrement la Russie à reconstruire Vektor, ancien centre de développement d’armes biologiques de l’époque soviétique, pour en faire un laboratoire de recherche aux normes internationales et ultrasécurisé. Plus de 5000 personnes y seraient employées, sous le contrôle de l’armée russe omniprésente. Selon la presse locale, « les programmes de recherche prioritaires portent sur les vaccins sous forme de comprimés contre la variole et l’hépatite B, les vaccins contre le VIH, les vaccins comestibles contre le virus de l’hépatite B et le VIH à base de plantes transgéniques, les vaccins antigrippaux, et sur le développement de médicaments anticancéreux et de nouvelles méthodes de détection de la variole et d’autres virus », notamment Ebola.

L’excellence scientifique des chercheurs de Vektor est d’ailleurs mondialement reconnue. Leur travail pour séquencer le code génétique de la variole leur a permis d’élaborer des vaccins et traitements en prévision de potentielles épidémies. Le tout réalisé en étroite collaboration avec les Etats-Unis. Plus récemment, ces mêmes équipes russes ont développé en un temps record un second vaccin contre la COVID-19, EpiVacCorona.

Militarisation des virus

Mais depuis une quinzaine d’années, l’opacité s’intensifie autour des activités de l’Institut. Son ancien dirigeant, ex membre de l’apparatchik communiste, serait recherché depuis 5 ans par Interpol pour avoir détourné des fonds, « 55 000 dollars », rapporte des sites d’informations régionaux. Un ancien responsable des programmes russes de guerre biologique, aujourd’hui réfugié aux Etats-Unis, aurait également alerté les occidentaux sur des projets de militarisation des virus au sein de Vektor. Des soupçons renforcés par l’empoisonnement l’été 2020 de l’opposant au Kremlin Alexeï Navalny. Lequel a été victime, selon les experts de l’OIAC, de l’agent neurotoxique Novitchok conçu à l’époque soviétique. Moscou nie toute implication mais refuse de collaborer à l’enquête de l’organisation internationale.

La biodéfense en alerte

Rien d’étonnant donc que les tensions géopolitiques avec la Russie, aient mis en alerte les laboratoires de biodéfense américains et européens y compris l’IRBA (Institut de Recherche Biomédicale des Armées françaises). Encore aujourd’hui, les experts scientifiques s’accordent à dire que la variole représente le risque le plus élevé de menace d’attaques biologiques, en raison du caractère hautement contagieux de la maladie. Après deux ans de COVID, le système sanitaire mondial n’y résisterait pas. Pour rappel, la vaccination antivariolique, a été abandonnée dans les années 80 dans la plupart des pays après l’éradication de la maladie. Néanmoins Washington assure avoir reconstitué depuis les attentats du 11 septembre un stock suffisant pour vacciner chaque citoyen américain. Certains de ses militaires reçoivent déjà le vaccin avec des rappels tous les 3-5 ans. En parallèle, la FDA a approuvé en 2018 le Tpoxx, un nouveau traitement développé par Siga Technologies en collaboration avec la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA) « au cas où la variole serait utilisée comme arme biologique ». En l’absence de patients, les essais cliniques pour prouver l’efficacité du médicament, ont été réalisés sur des primates et des lapins délibérément infectés par le monkeypox et le rabbitpox – des virus liés à celui de la variole. Pour l’instant, Tpoxx est réservé au Gouvernement américain, qui a déjà constitué un stock. Dans le même contexte, l’agence américaine a autorisé en 2021 un second traitement contre la variole, le Tembexa (brincidofovir) développé cette fois par Chimerix et toujours en collaboration avec la BARDA.

Aujourd’hui la crainte des États porte sur l’utilisation des dernières avancées biotechnologiques dans des programmes offensifs d’armes biologiques (cf encadré). Une manipulation génétique permet de créer des formes résistantes du virus face aux antibiotiques ou au système immunitaire. Elle peut aussi muter avec un autre virus tout aussi dangereux. L’espoir demeure néanmoins puisque ces nouvelles technologies génomiques peuvent, à l’inverse, servir à mettre au point des stratégies de défense très rapidement.


Modifier les gènes, un progrès à double tranchant

Dans un rapport* sur la maîtrise des armements face à la convergence de la biologie et des technologies émergentes, le SIRPI (Stockholm International Peace Research Institute)* alerte sur le fait que les technologies pour modifier les gènes et les organismes, qui progressent à un rythme effréné, facilitent la production d’agents pathogènes dangereux. « Ceux-ci peuvent maintenant être modifiés pour accroître leur virulence, élargir leur gamme d’hôtes, augmenter leur transmissibilité ou améliorer leur résistance aux interventions thérapeutiques » rapporte l’étude. Ces innovations scientifiques ont ainsi permis d’élaborer des armes biologiques nouvelles : « en créant ou en recréant synthétiquement des objets existants, des pathogènes disparus ou entièrement nouveaux mais également en modifiant le système immunitaire, le système nerveux, le génome ou le microbiome ou en militarisant les lecteurs de gènes qui pourraient propager rapidement et à moindre coût des gènes nocifs à travers les populations animales et végétales ».

Ce rapport pointe aussi du doigt que la bio-impression, l’intelligence artificielle ou la robotique « ont en commun la capacité de faciliter les étapes de développement ou production d’armes biologiques et de leurs vecteurs ». Elles permettent « l’automatisation d’opérations spécifiques qui auparavant nécessitaient une manipulation manuelle ou une analyse par un humain ». Le besoin et les coûts d’installations et de personnel d’un laboratoire qualifié est ainsi réduit. « L’IA facilite par exemple l’identification des marqueurs génétiques qui doivent être modifiés ou mutés afin d’agir sur la transmissibilité d’un agent pathogène ».

Des risques supplémentaires qui nécessitent donc « une plus grande sensibilisation à la biosûreté et à la biosécurité », et un renforcement « des mécanismes de surveillance et de riposte aux maladies ». Or les systèmes de contrôle des laboratoires et le cadre actuel de gouvernance international apparaît de manière globale insuffisants. Les progrès de la criminalistique microbienne pourraient selon les auteurs du rapport améliorer la capacité de discerner et attribuer des incidents biologiques. Mais ce n’est qu’une piste parmi tant d’autres.

*Rapport BIO PLUS X publié en mars 2019, “Arms Control and the Convergence of Biology and Emerging Technologies” par Kolja Brockmann, Sibylle Bauer, et Vincent Boulanin chercheurs au SIPRI.


Les biotechs noires françaises… en toute discrétion

Contrairement à la biotechnologie rouge, dite sanitaire, la biotechnologie noire est liée au bioterrorisme et aux guerres biologiques. Elle englobe les recherches sur les micro-organismes pathogènes, virulents et résistants, pour les convertir en armes ou neutraliser leurs effets nocifs. C’est ce que l’on appelle officiellement des contre-mesures médicales. Les données sur cette industrie demeurent, en toute logique, confidentielles, en France comme ailleurs. Tout au plus filtrent aux détours de conversations, quelques noms de start-up travaillant avec la DGA.

Fabentech semble la plus connue. La biotech lyonnaise créée en 2009 produit des anticorps polyclonaux pour traiter les maladies infectieuses émergentes. Elle avait d’ailleurs été mobilisée par l’OMS lors de la première épidémie d’Ebola et se trouvait aux portes du marché, contre le H5N1. La biodéfense représente aujourd’hui l’essentiel de son activité. Elle travaille en étroite collaboration avec la DGA et ont développé ensemble un antidote en cas d’attaque biologique.

D’autres solutions s’inscrivent dans la lutte contre le bioterrorisme comme les bactériophages. Des programmes de phages recombinés permettant de cibler les bactéries nocives sont ainsi développés par plusieurs biotechs françaises sous l’œil attentif de l’armée. Il en est de même pour tout ce qui touche à la virologie, notamment respiratoire à la suite de la COVID, et la possibilité d’identifier des médicaments candidats à large spectre. Dans un domaine proche, Mercate, fondée en 2008, a conçu un purificateur d’air permettant de neutraliser un très large panel de polluants et de microorganismes pathogènes comme des virus tel que le SARS-CoV-2. L’entreprise a travaillé avec la DGA dans le cadre des essais sur microorganismes biologiques.

Pour soutenir financièrement ces innovations, le ministère des Armées et Bpifrance ont lancé en 2017 Definvest, 1er fonds dédié au développement des PME stratégiques pour la défense et doté de 100 M€. Fin 2020, le portefeuille comptait 9 participations pour 18 M€ investis dont Kalray, Unseenlabs, Earthcubeet, Cailabs, SinterMat, Fichou et Fabentech.

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