DBV a annoncé in extremis un financement lui permettant de tenir jusqu’en juin 2026, soit jusqu’au lancement commercial de son produit phare Viaskin Peanut. Reste à passer sous les fourches caudines de la FDA.
Alors qu’il ne lui restait qu’un petit mois de visibilité financière, la société cotée en Bourse a annoncé jeudi 27 mars en clôture de séance un financement lui permettant de tenir jusqu’en juin 2026, soit après le lancement commercial de Viaskin Peanut, son produit phare contre les allergies à l’arachide, à condition que la FDA l’approuve. Ce financement, mené par MPM BioImpact, Adage Capital Management LP, Janus Henderson Investors, Vivo Capital, Octagon Capital, Surveyor Capital (a Citadel company), Bpifrance Participations, Yiheng Capital, ainsi que par plusieurs « fonds d’investissements majeurs dédiés aux sciences de la vie« , comprend une augmentation de capital et des émissions de bons de souscription (BS) pour un montant pouvant atteindre 306 M$ (284,5 M€). Ce nouvel apport d’argent entraîne une dilution immédiate de 22,4 % et une dilution maximale de quelque 73,7 % des actionnaires existants si tous les BS sont exercés, mais à très court terme, la nouvelle a surexcité les investisseurs : l’action DBV a grimpé de 38,28 % à la clôture du lendemain, passant de 0,75 à 1,08 euro (bien loin de ses plus hauts historiques de 2017, à plus de 80 € l’action), sortant ainsi du statut de penny stock qui lui collait à la peau depuis le printemps 2024.
BBV Techno, un “brûleur de cash”
Il faut dire que DBV était vraiment en position sensible. Lors de la publication de ses résultats financiers du 3e trimestre en octobre dernier, la biotech prévenait déjà : “La trésorerie et les équivalents de trésorerie disponibles de la société ne seront pas suffisants pour soutenir son plan d’exploitation pendant au moins les 12 prochains mois. En conséquence, cette situation engendre une incertitude significative sur la continuité d’exploitation de la société”. A fin septembre 2024,elle ne disposait alors plus que de 46,4 M$ de trésorerie, contre 141,4 M$ à fin décembre 2023 et 66,3 M$ au 30 juin 2024. Une situation qui se dégradait encore au 4e trimestre. Lors de la publication de ses résultats annuels la société annonçait que sa position de trésorerie n’était plus que de 32,55 M$ à fin décembre 2024. De quoi tenir “jusqu’en avril 2025”.
“DBV Techno brûle énormément de cash”, suggère Clément Bassat, analyste financier chez Portzamparc. “Dans ses années fastes de 2016-2018, son cash burn atteignait 200 M€ par an et aujourd’hui, il avoisine encore les 100 M€ annuels ! En 2023, la R&D coûtait 72 M€, tandis que les frais généraux se sont chiffrés à 30 M€. C’est vraiment beaucoup… C’est même plus que la valorisation de l’entreprise”. Entre 2019 et 2022, la biotech a ainsi été financée à hauteur de 550 M€ (200 M€ en 2022, 150 M€ en 2020 et 200 M€ en 2019), et il n’en restait presque plus rien dès la fin 2024.
Des avancées cliniques et réglementaires salvatrices
Mais on n’est jamais à l’abri d’une belle surprise dans le secteur des biotechs, et DBV Techno vient de le prouver ! “DBV dispose d’une technologie vraiment prometteuse et elle a de gros investisseurs derrière elle, comme Baker Bros ou Venrock”, commente Clément Bassat. Mise à part l’urgence financière de DBV, la société a bien aussi progressé sur le front clinique et réglementaire. Fin décembre, l’entreprise annonçait “des avancées sur son dialogue avec la FDA sur le processus d’approbation accéléré (BLA, Ndlr) de Viaksin Peanut chez les enfants de 1 à 3 ans” et misait alors sur une demande de licence biologique “courant T2 2026”. Début janvier, son essai EPITOPE Ole de phase III(toujours sur les 1-3 ans) montrait une meilleure efficacité de ses patchs ronds sur 36 mois, contre 12 mois initialement, sur tous les paramètres, ainsi qu’une efficacité à 75% pour un port du patch de plus de 20 heures (contre 47% si moins de 20 heures). Tandis que fin mars, la FDA estimait que les données d’innocuité de l’étude de phase 3 VITESSE pour le patch Viaskin Peanut chez les enfants de 4 à 7 ans étaient suffisantes pour soutenir un dépôt du BLA pour cette tranche d’âge. Une annonce qui a annulé, de fait, la nécessité de conduire une étude complémentaire de sécurité, comme demandé par la FDA précédemment, et qui lui a permis d’envisager le dépôt du BLA “pour le premier semestre de 2026”, accélérant d’environ un an la commercialisation du produit.
Jeu, patch et match ?
Il semble donc que les relations de DBV Techno avec la FDA aient pris une tournure plus positive. “C’est probablement la raison pour laquelle elle est parvenue à se refinancer”, analyse Clément Bassat. Pour rappel, le patch de DBV, qui avait fait l’objet d’une étude pilote dès 2013, a en effet été retoqué à plusieurs reprises par la FDA. En 2020, l’agence américaine, déjà refroidie par les résultats insuffisamment significatifs de son étude PEPITE sur les 4-11 ans en 2017, a notamment envoyé une complete response letter à DBV Techno, exprimant ses doutes quant à l’adhésion de son patch. Initialement carré, il avait tendance à rebiquer sur les côtés. DBV est donc passé à un patch rond pour la tranche d’âge 4-11 ans, mais pas pour la tranche 1-3 ans.
En outre, en 2022, la société a essuyé un clinical hold partiel alors qu’elle avait démarré son essai clinique VITESSE de phase III, cette fois-ci la tranche réduite 4-7 ans, avant même que tous les détails ne soient bien réglés entre eux. A l’époque, “La FDA n’a pas du tout apprécié”, se souvient Clément Bassat. Si bien que DBV Techno s’est fait rattraper par la concurrence : par exemple, Roche a obtenu en février 2024 une AMM pour une biothérapie visant non pas une seule mais plusieurs allergies alimentaires (les arachides, le lait et l’œuf) et ciblant des patients allant de 1 à 55 ans. Mais le match n’est pas terminé. Le patch de DBV reste en jeu. Une belle demonstration de résilience et de pugnacité.
Marine Rabreau
DBV Technologies rebondit !
DBV a annoncé in extremis un financement lui permettant de tenir jusqu’en juin 2026, soit jusqu’au lancement commercial de son produit phare Viaskin Peanut. Reste à passer sous les fourches caudines de la FDA.
Alors qu’il ne lui restait qu’un petit mois de visibilité financière, la société cotée en Bourse a annoncé jeudi 27 mars en clôture de séance un financement lui permettant de tenir jusqu’en juin 2026, soit après le lancement commercial de Viaskin Peanut, son produit phare contre les allergies à l’arachide, à condition que la FDA l’approuve. Ce financement, mené par MPM BioImpact, Adage Capital Management LP, Janus Henderson Investors, Vivo Capital, Octagon Capital, Surveyor Capital (a Citadel company), Bpifrance Participations, Yiheng Capital, ainsi que par plusieurs « fonds d’investissements majeurs dédiés aux sciences de la vie« , comprend une augmentation de capital et des émissions de bons de souscription (BS) pour un montant pouvant atteindre 306 M$ (284,5 M€). Ce nouvel apport d’argent entraîne une dilution immédiate de 22,4 % et une dilution maximale de quelque 73,7 % des actionnaires existants si tous les BS sont exercés, mais à très court terme, la nouvelle a surexcité les investisseurs : l’action DBV a grimpé de 38,28 % à la clôture du lendemain, passant de 0,75 à 1,08 euro (bien loin de ses plus hauts historiques de 2017, à plus de 80 € l’action), sortant ainsi du statut de penny stock qui lui collait à la peau depuis le printemps 2024.
BBV Techno, un “brûleur de cash”
Il faut dire que DBV était vraiment en position sensible. Lors de la publication de ses résultats financiers du 3e trimestre en octobre dernier, la biotech prévenait déjà : “La trésorerie et les équivalents de trésorerie disponibles de la société ne seront pas suffisants pour soutenir son plan d’exploitation pendant au moins les 12 prochains mois. En conséquence, cette situation engendre une incertitude significative sur la continuité d’exploitation de la société”. A fin septembre 2024,elle ne disposait alors plus que de 46,4 M$ de trésorerie, contre 141,4 M$ à fin décembre 2023 et 66,3 M$ au 30 juin 2024. Une situation qui se dégradait encore au 4e trimestre. Lors de la publication de ses résultats annuels la société annonçait que sa position de trésorerie n’était plus que de 32,55 M$ à fin décembre 2024. De quoi tenir “jusqu’en avril 2025”.
“DBV Techno brûle énormément de cash”, suggère Clément Bassat, analyste financier chez Portzamparc. “Dans ses années fastes de 2016-2018, son cash burn atteignait 200 M€ par an et aujourd’hui, il avoisine encore les 100 M€ annuels ! En 2023, la R&D coûtait 72 M€, tandis que les frais généraux se sont chiffrés à 30 M€. C’est vraiment beaucoup… C’est même plus que la valorisation de l’entreprise”. Entre 2019 et 2022, la biotech a ainsi été financée à hauteur de 550 M€ (200 M€ en 2022, 150 M€ en 2020 et 200 M€ en 2019), et il n’en restait presque plus rien dès la fin 2024.
Des avancées cliniques et réglementaires salvatrices
Mais on n’est jamais à l’abri d’une belle surprise dans le secteur des biotechs, et DBV Techno vient de le prouver ! “DBV dispose d’une technologie vraiment prometteuse et elle a de gros investisseurs derrière elle, comme Baker Bros ou Venrock”, commente Clément Bassat. Mise à part l’urgence financière de DBV, la société a bien aussi progressé sur le front clinique et réglementaire. Fin décembre, l’entreprise annonçait “des avancées sur son dialogue avec la FDA sur le processus d’approbation accéléré (BLA, Ndlr) de Viaksin Peanut chez les enfants de 1 à 3 ans” et misait alors sur une demande de licence biologique “courant T2 2026”. Début janvier, son essai EPITOPE Ole de phase III(toujours sur les 1-3 ans) montrait une meilleure efficacité de ses patchs ronds sur 36 mois, contre 12 mois initialement, sur tous les paramètres, ainsi qu’une efficacité à 75% pour un port du patch de plus de 20 heures (contre 47% si moins de 20 heures). Tandis que fin mars, la FDA estimait que les données d’innocuité de l’étude de phase 3 VITESSE pour le patch Viaskin Peanut chez les enfants de 4 à 7 ans étaient suffisantes pour soutenir un dépôt du BLA pour cette tranche d’âge. Une annonce qui a annulé, de fait, la nécessité de conduire une étude complémentaire de sécurité, comme demandé par la FDA précédemment, et qui lui a permis d’envisager le dépôt du BLA “pour le premier semestre de 2026”, accélérant d’environ un an la commercialisation du produit.
Jeu, patch et match ?
Il semble donc que les relations de DBV Techno avec la FDA aient pris une tournure plus positive. “C’est probablement la raison pour laquelle elle est parvenue à se refinancer”, analyse Clément Bassat. Pour rappel, le patch de DBV, qui avait fait l’objet d’une étude pilote dès 2013, a en effet été retoqué à plusieurs reprises par la FDA. En 2020, l’agence américaine, déjà refroidie par les résultats insuffisamment significatifs de son étude PEPITE sur les 4-11 ans en 2017, a notamment envoyé une complete response letter à DBV Techno, exprimant ses doutes quant à l’adhésion de son patch. Initialement carré, il avait tendance à rebiquer sur les côtés. DBV est donc passé à un patch rond pour la tranche d’âge 4-11 ans, mais pas pour la tranche 1-3 ans.
En outre, en 2022, la société a essuyé un clinical hold partiel alors qu’elle avait démarré son essai clinique VITESSE de phase III, cette fois-ci la tranche réduite 4-7 ans, avant même que tous les détails ne soient bien réglés entre eux. A l’époque, “La FDA n’a pas du tout apprécié”, se souvient Clément Bassat. Si bien que DBV Techno s’est fait rattraper par la concurrence : par exemple, Roche a obtenu en février 2024 une AMM pour une biothérapie visant non pas une seule mais plusieurs allergies alimentaires (les arachides, le lait et l’œuf) et ciblant des patients allant de 1 à 55 ans. Mais le match n’est pas terminé. Le patch de DBV reste en jeu. Une belle démonstratation de résilience et de pugnacité.
Marine Rabreau
Exergue : Clément Bassat, analyste financier chez Portzamparc “Les relations de DBV Techno avec la FDA ont pris une tournure plus positive.C’est probablement la raison pour laquelle elle est parvenue à se refinancer”





