La publication du rapport sur l’avenir de la compétitivité européenne, « Le futur de la compétitivité européenne : une stratégie de compétitivité pour l’Europe », a, le 9 septembre dernier, secoué le Berlaymont, bien plus sûrement qu’un tremblement de terre. Paru dans la foulée du rapport d’Enrico Letta sur l’avenir du marché unique, ce qui allait devenir le Rapport Draghi, arrivait à point nommé pour être l’un des éléments, voire la stratégie de la nouvelle commission von der Leyen. Le constat sans complaisance de Mario Draghi sur la situation économique de l’Union Européenne a, dans un premier temps, été salué par l’ensemble des pays membres comme la mise à plat du « défi existentiel auquel est confronté » le continent européen entre les États-Unis et la Chine. Mais l’ensemble de ces mesures ambitieuses préconisées par l’ancien président de la BCE a tout de même un peu de mal à passer. Enfin quoi ! Surtout qu’on y parle de « l’absence d’une stratégie industrielle équivalente à celle des autres grandes puissances », donc d’un déficit stratégique à l’échelle de l’Union, voire au niveau national (cf. la France). Ensuite, les moyens nécessaires pour faire fonctionner cette politique sont évoqués avec la stigmatisation des écarts existants entre les investissements nécessaires et les mécanismes de financement proposés (emprunt) en complément des moyens budgétaires traditionnels. Deux propositions qui se heurtent frontalement aux désirs de nos populations européennes ainsi qu’à un certain nombre de nos gouvernants qui ont fait le choix de moins d’Europe et de formes de replis nationaux. Un troisième point est mis en exergue : il s’agit de la réduction des règles et des normes, voire d’un moratoire au niveau de la Commission. Avec cet argument, l’ancien banquier de Goldman Sachs, biberonné au libéralisme d’Outre-Atlantique, cherche à s’affranchir de ce qui a déjà été réalisé, notamment pour la transition écologique, ce qui n’est pas la moindre de ses contradictions. En outre, Monsieur Draghi milite pour un marché unique de capitaux, une réflexion qui avait été menée en son temps par un certain nombre d’acteurs financiers des pays membres avec l’appui de la Commission. D’ailleurs, on ne compte plus les initiatives privées de groupes de startups technologiques ou de lobbies les regroupant pour l’émergence d’un marché unique des technologies, qui aurait le mérite d’unifier non seulement les pratiques d’investissement (entrée et sortie), mais aussi les normes et un socle commun. Les startups ont, semble-t-il, des raisons d’espérer, car depuis juillet dernier, l’ancienne Commission a souhaité créer un statut commun, dit « 28e régime », pour aider les jeunes entreprises innovantes à se développer sur le continent. Faut-il espérer que les rapports Letta et Draghi conduiront la nouvelle Commission à accélérer les choses ? Car aujourd’hui, le temps presse.





