Pionnière dans les tests moléculaires rapides par LAMP-PCR pour animaux, la biotech industrielle basée à Genopole, qui a levé 15 M€ en juin 2024, compte sur un financement de France 2030 pour accélérer son industrialisation « au premier semestre 2026 ».
Depuis sa création fin 2015, Enalees est devenue un acteur incontournable dans le domaine du diagnostic moléculaire rapide pour la santé animale en France et en Europe. Installée à Genopole d’Évry-Courcouronnes (Essonne), premier biocluster de France, elle fournit aux vétérinaires des tests isothermes PCR (LAMP : Loop-mediated isothermal AMPlification) rapides pour animaux afin de détecter une vingtaine de maladies infectieuses, principalement respiratoires ou transmises par les tiques, comme la grippe équine ou la maladie de Lyme. « 90 % des 250 cliniques équines en France utilisent nos tests. Et concernant les chiens et les chats, marchés que nous avons lancés plus récemment, nous observons un décollage depuis la fin de 2024, aussi bien en France qu’en Angleterre et en Allemagne, où nous avons ouvert des filiales en 2023 », décrit Laurent Thiery, président d’Enalees. Il faut dire que la solution proposée est particulièrement simple et efficace : « Les vétérinaires peuvent utiliser nos tests LAMP-PCR directement en clinique ou sur le terrain et observer les résultats immédiatement en consultation, en seulement 30 minutes, contre un délai de 2 à 4 jours lorsqu’il faut envoyer les échantillons dans des laboratoires spécialisés », ajoute le fondateur. Cela leur permet donc de traiter l’animal plus rapidement ou de l’isoler si nécessaire. Un atout précieux en cas d’épidémie.
15 M€ pour s’industrialiser et produire en interne
Depuis sa création, la biotech a déjà collecté quelque 21 M€, répartis en cinq levées de fonds. Et depuis avril 2023, elle dispose d’un laboratoire R&D de 160 m², dans le but d’internaliser la production des composants de ses tests, qu’elle importait jusqu’ici depuis la Chine ou des pays « hors d’Europe ». Un investissement de 1,2 M€, « subventionné à hauteur de 500 K€ dans le cadre du Plan d’investissement d’avenir France 2030, alloué en octobre 2022 par la Région Île-de-France ». Sur ce budget, Enalees a dédié « environ 300 K€ à du matériel de pointe pour le laboratoire ». Des travaux d’aménagement ont été réalisés « pour un budget de 105 K€, financés en partie par la SEM Genopole ». Dans la foulée, les fondateurs d’Enalees ont enclenché un roadshow en vue de lever 15 M€, à la fois pour industrialiser leur production et « répondre à la demande croissante pour nos produits », mais aussi pour poursuivre leurs innovations en « développant des tests pour le bétail ovin, caprin, porcin et aviaire, un marché trois fois plus grand que celui des animaux de compagnie », ainsi que pour s’internationaliser, notamment aux États-Unis. Une opération en Série A qui s’est bouclée un an plus tard, en juin 2024, emmenée par le fonds SPI 2 (Société de Projets Industriels 2) de Bpifrance et soutenue « par plusieurs de nos investisseurs historiques, qui sont tous Français ».
« Une partie significative de ces fonds est dédiée à la construction d’une nouvelle usine, toujours en Essonne, qui nous permettra de multiplier par quatre notre capacité de production, c’est-à-dire de produire environ quatre millions de tubes par an », détaille Laurent Thiery. Et de préciser : « Nous avons fait l’acquisition d’un bâtiment courant 2024, à 4 km de Genopole, pour lequel nous avons fait une demande de financement dans le cadre de France 2030. Nous attendons la réponse d’ici quelques semaines ». L’entreprise de 38 salariés compte lancer ces nouvelles chaînes de production « au premier semestre 2026 », le temps de « réaliser les travaux et de s’approvisionner en équipements : il s’agit de machines industrielles pour lesquelles les délais sont particulièrement longs », souligne Éric Germain, directeur général adjoint d’Enalees, tout en précisant qu’elles « proviendront d’Europe ». Dans cette usine, Enalees fabriquera en interne, de A à Z, y compris la majorité de ses propres matières premières.
Une croissance à deux chiffres
Outre les enjeux importants de relocalisation industrielle et de souveraineté sanitaire que cela implique, « cela nous permettra de réduire les coûts de production de nos tests », aujourd’hui vendus entre 15 et 25 euros, assurent Laurent Thiery et Éric Germain. Quant à son expansion Outre-Atlantique, Enalees est actuellement en phase de recrutement pour y ouvrir un site dès « cette année ». Il s’agit d’un marché gigantesque, le plus grand du monde, qui « constitue une opportunité stratégique majeure pour nous ».
Enalees se fixe des objectifs de croissance de chiffre d’affaires « à deux chiffres sur les cinq prochaines années ». « En neuf années, nous avons réussi à bâtir une expertise qui est très recherchée. Nous sommes perçus comme une référence dans notre domaine, alors que nos tests sont très simples d’utilisation, ergonomiques et intuitifs, et qu’ils proposent une large gamme de dépistages, éprouvés et validés », estime Laurent Thiery, qui considère ainsi « avoir neuf ans d’avance sur la concurrence » et qui n’exclut pas, à terme, de vendre ses réactifs PCR à des laboratoires de biologie humaine.
Marine Rabreau





