La crise budgétaire que nous vivons actuellement est, aux dires des économistes, l’une des plus sérieuses de la Ve République. Pour certains, nous serions face à une crise des recettes, consécutive probablement à une accélération des faillites, une croissance moindre et une capacité exsangue à lever l’impôt. Souvenons-nous que nous sommes parmi les pays les plus imposés au monde. Pour d’autres, le blâme serait à mettre au débit des dépenses publiques, qui, depuis le « quoi qu’il en coûte », salutaire certes lors de l’épisode Covid-19, n’ont fait que s’accroître. Aussi, pour notre nouveau gouvernement, si l’on en croit les déclarations des ministres et surtout du premier d’entre eux, pour résoudre la crise il faudrait prioritairement miser sur une réduction des dépenses et minoritairement sur une augmentation de certaines tranches d’imposition. Les solutions sont posées, mais quelles dépenses réduire ? D’un bout à l’autre de l’échiquier politique, les uns tergiversent, les autres affirment, mais une sorte d’unanimité se fait « sur le dos » du CIR, ou Crédit d’Impôt Recherche, et ce n’est pas Sanofi, empêtré dans la cession d’Opella, qui en redorera le blason. Depuis plusieurs années, cette niche fiscale attire toutes les suspicions, les fantasmes, en plus d’être l’une des plus fortes dépenses publiques. Il faut dire que la recherche parle peu à nos concitoyens, et que, lorsque vient l’instant fatidique de la décision, ils se retrouvent sur le mot de De Gaulle : « Je n’ai pas besoin de chercheurs, mais de trouveurs ». Autre temps, autres mœurs. L’attaque fut si virulente que Clara Chappaz, la nouvelle secrétaire d’État chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, faisant preuve d’une véritable pugnacité, ne put que sacrifier sur l’autel du Budget le CII (Crédit d’Impôt Innovation), qui s’adressait presque exclusivement aux PME, tout comme le volet social de la JEI (Jeune Entreprise Innovante). Ouvrant la porte à une possible fin des exonérations de charges sociales patronales, la French Tech entrait en ébullition, visualisant un asséchement généralisé des trésoreries, véritable peine de mort pour nos startups déjà perfusées, pour nombre d’entre elles. Décidément, il y a loin du désir à la volonté. Ainsi, le CIR aurait sauvé sa peau, peut-être parce que parmi ses bénéficiaires, 36 % sont des entreprises de plus de 5 000 personnes et 46 % sont des entreprises se percevant comme grandes, qui ont les moyens de faire un lobbying efficace. Selon France Stratégie, cette institution autonome placée auprès du Premier ministre, 50 grands groupes français capteraient près de la moitié de la créance totale. Quand on évoque l’efficacité des politiques publiques… Ainsi, pour beaucoup, il vaudrait mieux supprimer cette mesure que tous nous envient, plutôt que de la recentrer sur ceux qui en ont vraiment besoin : les PME et les ETI. Une attitude qui perdure, quelle que soit l’assemblée qui sort des urnes.





