(BIOTECHFINANCES N°958 Lundi 27 septembre 2021) Effet de mode ou prise de conscience collective, investir dans la recherche de nouveaux médicaments enflamme la sphère financière. Même les géants du private equity, jusqu’ici cantonnés aux LBO et aux opérations à forts leviers de dettes, s’y mettent. Après Backstone rachetant Clarus en 2018 et ICG intégrant les équipes Life sciences de Bridge Valley venture cette année, c’est Eurazeo qui prend cette semaine le contrôle de Kurma Partners. La société d’investissement issue de la galaxie Lazard, va monter à 70,6% du capital assorti d’une option d’achat sur le solde.
Héritage d’Idinvest
L’opération était à prévoir puisqu’en rachetant IDinvest en 2018, Eurazeo a hérité des 40% que le VC détenait dans Kurma Partners. Mais pas seulement, « Idinvest était à la fois actionnaire chez nous, souscripteur de nos fonds et souvent co-investisseur dans les entreprises de notre portefeuille », indique Vanessa Malier, l’une des 5 associés gérants de Kurma Partners. Or Eurazeo n’ayant pas vocation à se cantonner à un rôle d’investisseur de type fonds de fonds via IDinvest, cette situation ne pouvait perdurer. De son côté, Kurma Partners créée en 2009 avait le choix de poursuivre seule sa trajectoire ou de l’accélérer en s’adossant à un sponsor. « Notre ambition de continuer et même d’accélérer notre croissance s’est alignée avec la stratégie d’Eurazeo d’initier une activité dans la santé », explique l’associée. « Dans le contexte très actif et concurrentiel européen, lever plus d’argent et plus vite s’avère déterminant », ajoute-t-elle. A l’arrivée, Kurma Partners devrait conserver, ses locaux et son autonomie de gestion. Quant à l’équipe de management, elle « se projette et souhaite continuer son activité bien au-delà de l’acquisition finale ».
En parallèle de sa prise de contrôle, Eurazeo investira sur les 3-4 ans à venir 100 M€, répartis dans différents fonds de Kurma Partners. Au nombre de 5 actuellement, 3 sont dédiés aux thérapies innovantes, 2 aux solutions de diagnostic et de santé digitale. Jusqu’ici, la société de capital-risque a réalisé 45 investissements dans le early-stage ou venture, de l’amorçage aux séries A et B. Dernier en date : une participation à la série B de 68 M€ d’Amolyt Pharma dont elle avait été co-chef de file du tour A.
Un fonds crossover de 300 M€
A court terme, Kurma Partners compte sur la force de frappe et le réseau d’Eurazeo pour lever son prochain et 6e fonds avec une stratégie plus late stage. Ce véhicule d’investissement cross over devrait atteindre 300 M€ lors du 1er closing, vers la fin d’année. Soit le double du précédent. Les tickets moyens seront également plus conséquents, compris entre 10 et 20 M€. « Nous sommes un partenaire de la création d’entreprises. Pouvoir leur donner la visibilité d’un accompagnement à long terme sera un atout supplémentaire dans notre positionnement », commente Vanessa Malier.
Du côté, les Lp’s de Kurma Partners, les institutionnels français se réjouissent de l’arrivée d’Eurazeo. D’autres regrettent le côté small is beautiful de la boutique… Mais à l’heure où les grands fonds européens life sciences visent des levées d’1 Md€, big is powerful.
(Lire aussi Biotech Finances n°957 du 20 septembre 2021, « AMOLYT PHARMA PLUS VITE QUE PRÉVU ! » et n°898 du 4 mai 2020 « KURMA PARTNERS TRIPLE LA MISE AVEC SON QUATRIEME FONDS »)






