Cette année, la JP Morgan Healthcare Conference 2025 devrait être particulièrement intéressante, car nous assistons à une transformation en profondeur des biotechnologies. Nous en voulons pour preuve l’offre non sollicitée de 2 milliards d’euros d’Halozyme Therapeutics sur Evotec. Ayant bâti sa renommée sur sa technologie d’administration sous-cutanée de médicaments, Enhanze, notamment pour le Darzalex de Johnson & Johnson, la société californienne était à la recherche d’une diversification : et quoi de mieux, après les auto-injecteurs d’Antares Pharma, qu’Evotec avec son double modèle d’innovateur et de pourvoyeur de services.
Certes, la société allemande a vécu en 2024 une « Annus Horribilis » : baisse des activités de R&D (activité historique), dégradation du résultat d’exploitation, licenciements massifs (-400 emplois), fermetures de sites (thérapie génique, chimie, production d’API). Certaines de ces mesures doivent réduire le poids des coûts fixes dans le P&L et sur une trésorerie mise à mal par la baisse d’activité. Mais Halozyme Therapeutics s’est rétractée à la suite des tergiversations des actionnaires d’Evotec, qui, du coup, la remet sur le marché des acquisitions.
Faut-il y voir l’influence du nouvel actionnaire de référence de la société hambourgeoise, le fonds Triton Partners, qui a porté sa participation à près de 10 %, tout en se posant des questions sur l’avenir de la société ? Ou est-ce le modèle de CRO diversifié d’Evotec, qui, au tournant des années 2000, avait tant fait rêver les investisseurs, qui a peut-être vécu ?
Toutefois, ce modèle initial d’un CRO aux multiples champs d’action, qui avait présidé à la création de la société en 1993, a depuis bien évolué, surtout après la vente de la division « Tools & Services » à Perkin Elmer, marquant la véritable entrée d’Evotec dans le monde du « Drug Discovery & Development » pour son compte propre. Depuis, la société a multiplié les accords et les collaborations, parmi lesquels on peut citer Owkin (immunologie et inflammation), Crohn’s & Colitis Foundation (maladies inflammatoires de l’intestin), Variant Bio (fibrose), Bayer (cardiologie de précision), CHDI (maladie de Huntington), Inserm, le CHU de Lille et Inserm Transfert (obésité et maladies métaboliques).
Malgré les progrès des collaborations stratégiques avec BMS (+70 millions de dollars en trois versements), Evotec se trouve aujourd’hui être l’enjeu de tractations qui pourraient, en fonction du type d’acheteur, transfigurer le modèle actuel de la société, et aussi induire de nouvelles relations avec ses partenaires. Mais une nouvelle fois, le comportement des actionnaires, au sein desquels se trouvent le fonds T. Rowe Price, Novo Holdings ou encore Mubadala, le fonds souverain d’Abu Dhabi, et bien entendu Triton Partners, devra être scruté.




