(BiotechFinances n°961 18/10/2021) Les fonds de capital-risque n’ont jamais été aussi riches et pourtant les investissements dans nos start-up françaises healthtech ne décollent pas : +26% seulement au 1er semestre et des tickets moyens toujours sous les 10 M€. Le manque de maturité des projets et l’absence d’investisseurs internationaux aux tours de table sont mis en avant. Retour sur la dynamique de notre écosystème et celle de nos voisins européens avec le cabinet d’audit EY qui nous livre en exclusivité les données lifesciences de son baromètre du capital-risque. L’effet COVID boostant l’afflux d’argent vers l’innovation santé est-il déjà tari ? En France, en tout cas, les financements privés destinés aux entreprises des sciences de la vie ont représenté au 1er semestre à peine 11% du total contre 17% en 2020, selon le baromètre du capital-risque EY.
564 M€ levés en France

Les sommes recueillies par les biotechs, medtechs et autres entreprises françaises de la e-santé, totalisent ainsi 564 M€. « Un montant qui progresse certes de 26% par rapport à l’an dernier mais qu’il faut ramener dans le contexte d’une hausse globale de 90% des fonds levés en capital-risque tous secteurs confondus », indique Franck Sebag, associé du cabinet EY et en charge de ce baromètre. « A titre comparatif, les sociétés de service internet concentrent plus de 47 % des montants collectés avec 2,4 Mds€ (contre 717 M€ au 1er semestre 2020) et la Fintech continue sa percée avec une croissance de 256 % (1 085 M€ contre 204 M€ en 2020) », précise-t-il.
Au final, on dénombre 67 opérations dans les sciences de la vie, contre 52 un an plus tôt. Parmi celles-ci quelques belles opérations sortent du lot, comme le tour growth à 100 M€ de la medtech Ecential Robotics ou la série A à 75 M€ de la biotech Mnemo Therapeutics. Mais globalement, le ticket moyen des investissements demeure identique d’une année sur l’autre, autour de 9 M€. Le développement encore précoce des entreprise françaises justifieraient les faibles montants en jeu…
+ 300% d’investissements au RU
Une problématique que semble ignorer le Royaume-Uni. Locomotive de la Healthtech en Europe, les sommes investies en capital-risque ont atteint sur la période 3,3 Mds€, s’envolant de 300% par rapport à 2020. Le tour D de la medtech CMR Chirugical pèse à lui seul 545 M€, suivi par celui à 477 M€ d’Exscientia au carrefour de l’IA et de la biologie moléculaire. In fine, les cinq plus grosses opérations dépassent toutes 200 M€ et totalisent 1,7 Md€ (cf tableau page 6). Plus globalement le ticket moyen s’établit outre-Manche à 24 M€.
En Allemagne, les fonds levés atteignent 588 M€. « Un montant difficilement comparable avec celui du 1er semestre 2020 en raison des opérations records de Curevac et BionNTech qui avaient totalisé plus de 500 M€ », note Franck Sebag. En l’absence cette année de ces deux poids lourds des vaccins, seul 8% du total des investissements en capital-risque sont alloués aux sciences de la vie contre 18% un an plus tôt. Aucune opération n’atteint 100 M€ outre-Rhin, et le ticket moyen se situe autour de 13 M€.
Par ailleurs, sur ce segment spécifique des sciences de la vie d’autres pays d’Europe se démarquent. La Suisse par exemple, voit les financements privés des entreprises croître de 30% à 587 M€. Deux tours C supérieurs à 100 M€ se distinguent : CeQur dans les dispositifs médicaux pour le diabète et Numab dans les thérapies à base d’anticorps.
Même dynamique observée dans les pays nordiques ou la Suède (451 M€), le Danemark (338 M€) et la Finlande (115 M€) cumulent 904 M€ de fonds levés. Enfin en Belgique, les investissements se montent à 300 M€.
15 deals européens supérieurs à 100 M€
Du coup, l’Europe compte déjà une quinzaine d’opérations de financements supérieures à 100 M€. Cumulé cela représente 3 Mds€ de fonds levés. Un record ! En tête de ce palmarès européen (cf tableau page 5) figurent trois séries D, celles de CMR Chirugical et Exscentia, et de la plateforme suédoise de télémédecine Kry. Viennent ensuite une majorité de deals britanniques et un seul français. « Dans les tours de table au Royaume-Uni, on observe la présence de poids lourds internationaux. Comme on a pu le constater dans l’univers tech, ces investisseurs américains, chinois représentent l’élément accélérateur du financement. Or, en France, la majorité des opérations restent inférieures à 50 M€ avec principalement des investisseurs institutionnels locaux. C’est une question de maturité de l’eco-système », commente Franck Sebag.
3,3 Mds€ d’IPO
« La bonne surprise en 2021, pour les start-up du secteur c’est la reprise des introductions en Bourse en Europe », ajoute l’associé d’EY. Sur les six premiers mois de l’année en effet, on en dénombre 22 (cf tableau page 7) dont 6 en Suède, 5 en Angleterre et 3 en France. Hormis l’opération record de 930 M$ de la pharma CDMO* suisse PolyPeptide Group, la moyenne des montants levés à l’occasion de ces entrées en bourse se situe autour de 26 M$ (22 M€). En France, cette moyenne chute à 13 M€. Et les opérations de plus grandes envergure, supérieure à 30 M€, se heurtent actuellement à des conditions de marchés difficiles. (Lire Biotech Finances n°960 du 13 octobre 2021, « LE QUITTE OU DOUBLE DES INTROS EN BOURSE »). A l’arrivée, le montant global collecté sur les bourses européennes, au 1er semestre atteint 1,27 Md€.
Rien de comparable avec les sommes en jeux de l’autre côté de l’Atlantique. Un paramètre qui incite de plus en plus les biotechs/medtechs européennes à aller se faire coter au Nasdaq. Ainsi au 1er semestre, 14 d’entre elles ont réalisé une IPO (cf tableau page 6) sur le marché américain, récoltant en cumulé 2 mds€. La moyenne des fonds levés s’élève à 185 M$, mais l’écart est important entre les 406 M$ obtenus par la biotech CRO* suédoise Olink ou les 380 M$ par Centessa (Lire Biotech Finances n°932 du 22 février 2021, « CENTESSA PHARMACEUTICALS : DIX BIOTECHS EN UNE ! ») et les 20 M$ recueillis par la biotech française Biophyris. A mi-chemin, on trouve néanmoins une licorne française : Valneva qui a collecté en mai 108 M$. Dans son sillage, une autre de nos pépites, Dynacure se préparait aussi à rejoindre le Nasdaq mais elle a préféré en juillet reporter son IPO. Malgré des conditions de marché moins favorables qu’il y a quelques mois, la bourse américaine devrait cette année encore enregistrer un nouveau record d’opérations dans les life sciences. Sur les neufs premiers mois, 81 biotechs s’y sont cotées levant 12,2 Mds$. C’est déjà presqu’autant que sur l’ensemble de 2020, ou 76 biotechs avaient collecté 12,7 Mds$.
24 MDs$ DE FINANCEMENTS EN CAPITAL-RISQUE AUX ETATS-UNIS
(BiotechFinances n°961 18/10/2021) La croissance vertueuse de l’éco-système américain perdure. Selon Evaluate Pharma, les VC ont investi au 1er semestre 15 Mds$ dans des biotechs, principalement américaines. Et à ce jour, les levées totalisent 24 Mds$, dépassant le record établi sur l’ensemble de 2020. Ces derniers mois, attestent néanmoins d’un changement de tendance avec moins de tours et des montants plus importants. Est-ce que cette concentration de la richesse entre les mains d’un nombre plus limité d’entreprises aidera ou nuira à la productivité de la R&D ? En attendant les 5 plus grosses opérations du 3e trimestre, totalisent 1,6 Md€. Et la plus importante d’entre elles concernent une biotech chinoise spécialisée dans les vaccins ARN-Messager, Abogen Biosciences.
