Le pôle d’attractivité de la métropole grenobloise, Grenoble Alpes concentre des acteurs de premier plan dans la santé : medtech, grandes entreprises ainsi que centres de formation et de recherche. Les synergies public/privées ont joué pour donner naissance à plusieurs Medtechs prometteuses.

Une filière d’excellence en « Santé », en forte croissance dans la région Grenoble Alpes. Ce territoire recèle 200 entreprises spécialisées dans le secteur de l’industrie médicale dans la Medtech essentiellement, dont 50 % de start-up, et 61 % d’entreprises à capitaux étrangers. Des leaders internationaux tels Fresenius Kabi, Stryker, GE HealthCare, Roche Diagnostics, Trixell (groupe Thales), BD, Medtronic, bioMérieux et DePuy Synthes y sont implantés. Au sein de l’écosystème grenoblois, les synergies jouent entre recherche, formation et industrie. Pour Mélina Hérenger, présidente de l’Agence Grenoble Alpes, « la région concentre dans un périmètre accessible des acteurs de premier plan : industriels, centres de formation et de recherche, ainsi que cinq grands instituts européens, tels que le Synchrotron Européen de Grenoble. » Ce dernier représente l’une des initiatives les plus innovantes de l’écosystème, avec deux projets emblématiques : le « Human Organ Atlas » offrant la possibilité de faire des images 3D des organes humains complets avec une résolution inégalée, d’une part, et des études sur les origines de la maladie d’Alzheimer, d’autre part, qui bénéficient de collaborations internationales et de financements significatifs. Aussi, le centre de recherche biomédicale Clinatec du CEA-Leti, dédié aux applications des micro-nanotechnologies pour la santé a accompli des avancées dans les pathologies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson, les cancers cérébraux et le handicap moteur d’origine lésionnelle, via notamment son accord exclusif avec le suisse Onward (voir Biotech Finances 1085 du 30 septembre 2024).
Des ponts public/privé
La multidisciplinarité est au cœur de la dynamique grenobloise, intégrant des domaines tels que la physique, la chimie, la biologie, les mathématiques, les micro-nanotechnologies, les matériaux, et les nouvelles technologies digitales comme l’IA. Cette fertilisation croisée public-privée est propice à l’innovation. Sans compter les relations étroites avec le CHU de Grenoble et l’Université Grenoble Alpes (premier pourvoyeur européen de demandes de brevets universitaires).
Entre la santé et l’énergie, des ponts se forment également. La jeune pousse Injectpower a mis au point des micro-batteries puissantes et rechargeables, aussi fines qu’un cheveu capables d’alimenter et de rendre autonomes les dispositifs médicaux implantables.

Après plus de 20 ans de développement de la technologie par le CEA, la société est née début 2020 pour exploiter un portefeuille d’une quarantaine de brevets. « L’efficacité thérapeutique passe, en effet, par la disponibilité de données cliniquement exploitables permettant un vrai monitoring in situ ainsi que par une thérapie localisée. Dans les deux cas, il faut de l’énergie et des batteries. D’où le besoin de solutions nouvelles, » explique Philippe Andreucci, CEO et co-fondateur d’Injectpower.
Ses micro-batteries sont rechargeables par induction, avec une solution tout solide, à grande densité d’énergie et d’une durée de vie d’environ 20 ans. « Ce qui ouvre le champ à de premières applications médicales comme l’alimentation d’un capteur de pression (de moins d’un quart de riz basmati en volume), placée dans l’œil pour un suivi en continu du glaucome », précise le directeur général. D’autres applications sont envisagées pour alimenter les capteurs pour le suivi de maladies neurologiques (AVC par exemple) et cardiologiques (pression artérielle pulmonaire notamment). » Déjà, la société a noué des contrats de développement. L’objectif est d’obtenir la certification FDA mi-2028 pour son capteur de pression pour le glaucome. L’entreprise lève actuellement 55 M€ pour financer son développement et la construction de son usine à Villard-Bonnot, près de Grenoble. Cette unité de 3500 m2 comprendra 1 500 m2 de salles blanches, des locaux techniques et des bureaux.
Un cluster grenoblois dynamique

« Medicalps, cluster des technologies de la santé de l’arc alpin, a pour mission de structurer l’écosystème, de favoriser les rencontres et de soutenir les entreprises dans leur développement depuis 25 ans. Et ce, afin de créer de la valeur et de renforcer notre positionnement à l’international, » détaille Sébastien Weisbuch, directeur exécutif de Medicalps. La centaine de healtechs de l’écosystème santé du bassin Grenoble-Alpes (60 % de medtechs, 30 % de biotechs, 10 % de sous-traitants santé) bénéficie de cette émulation. Depuis 2000, ces start-up locales ont levé 613 M€ en cumulé dont 523,3 M€ depuis 2017. Une de ces entreprises sur six est d’ailleurs issue de la recherche académique (Université Grenoble Alpes, CNRS, INSERM, INRIA).
Plusieurs healthtech sont incubées au sein de Medicalps, à l’instar d’Inovotion, dont la technologie consiste à tester les molécules anticancéreuses et à cultiver les tumeurs humaines dans des œufs de poule embryonnés, sans expérimentation animale. Également incubé, THE ELEMENT Biotechnology développe, de son côté, un premier dispositif médical implantable actif pour assurer une hydrogéno-thérapie chronique de la maladie de Parkinson d’abord, puis d’autres maladies neurodégénératives. Sa technologie utilise les dernières avancées techniques en biomatériaux, en systèmes embarqués et en micro-technologies. Né dans le laboratoire TIMC-IMAG (Université de Grenoble), le projet été maturé, financé et incubé pendant deux ans par la SATT Linksium avant de donner naissance à la start-up fin 2021. « Nous nous attaquons à la mort cellulaire ou apoptose,» souligne

Awatef Ben Tahar, co-fondatrice et CEO de THE ELEMENT Biotechnology. « Implantée au niveau de la clavicule, notre solution permettra de produire in vivo une molécule à effet neuroprotecteur (de l’hydrogène moléculaire produite par le corps lui-même) qui agira comme un anti-oxydant sélectif. Cet hydrogène moléculaire se diffusera via le système sanguin pour atteindre le cerveau. Il viendra freiner voire bloquer les molécules oxydantes, responsables de la perte des neurones dopaminergiques, avec à la clé le ralentissement de l’évolution de la pathologie. » Cette thérapie est efficace aux stades dits précoces de la maladie de Parkinson, avant l’apparition des signes moteurs.
D’ici à trois ans, THE ELEMENT ambitionne de démarrer ses essais cliniques. Actuellement en discussions avec des fonds d’investissement, l’entreprise prévoit de lever une série A au premier semestre 2025, dont elle préfère ne pas dévoiler le montant.
Plusieurs avancées thérapeutiques

Cette recherche du bassin Grenoble-Alpes porte ses fruits. Après l’autorisation du premier pancréas artificiel Diabeloop en 2018, l’interface cerveau-machine de Clinatec ayant permis en 2023 à une personne paraplégique de contrôler sa marche par la pensée, Remedee Labs a obtenu en septembre 2024 le premier marquage CE médical en Europe. Son bracelet anti-douleur soulage, en effet, les symptômes de la fibromalgie, une maladie pour laquelle les besoins sont non satisfaits. « Depuis sa création en décembre 2016 par trois experts dans les domaines des micro-nanotechnologies médicales et de la recherche biomédicale, notre société a levé 27 M€. Il a fallu financer la puce en silicium du dispositif, le premier prototype du bracelet et les essais cliniques pour l’évaluer », décrit Jacques Husser, président Remedee Labs et Président du Cluster Medicalps.
Issu de nombreuses années de recherche scientifique et de solides partenariats (CEA-Leti, ST Microelectronics), cette solution repose sur une technologie unique à ondes millimétriques miniaturisé : le module breveté MEET (Microelectronic Endorphin Trigger). Intégré dans un bracelet et positionné à l’intérieur du poignet, il délivre un signal électronique de très haute fréquence qui va stimuler avec une grande précision les récepteurs sous-cutanés (0,5 mm à l’intérieur de la peau) dans une zone fortement innervée du corps. Le signal va au bout de 20 à 30 minutes permettre de libérer de l’endorphine intracérébrale, ce qui aura un effet systémique sur la douleur. Prochaines étapes : obtenir le remboursement pour la fibromalgie, se développer en Europe et aux Etats-Unis, s’attaquer à l’arthrose après les résultats cliniques positifs dévoilés en 2023 et se financer en levant environ 20 M€ en 2025.
Christine Colmont




