À quelques encablures de la journée internationale de la Femme, le 8 mars, pour apprécier les évolutions de la parité, nous avons souhaité recueillir l’avis de deux spécialistes des ressources humaines : Edith Howard et Anne Mascarelli respectivement Managing Partner et Senior Consultant HR & Partner chez Healthcare Technology International (HTI). Un éclairage qui vient s’ajouter à l’enquête nourrie signée par notre journaliste Marie Albessard en pages 5 à 7 de ce numéro.
BiotechFinances : Vous êtes engagées depuis une vingtaine d’années avec HTI Bioquest dans le recrutement à haut niveau tant en France qu’à l’international. Quel est votre ressenti sur l’accession des femmes aux fonctions de décision les plus élevées dans la healthtech en général ?
Edith Howard : Malgré les politiques volontaristes conduites dans les entreprises depuis des années et les incitations législatives, les inégalités perdurent en matière de rémunération comme d’accès aux responsabilités pour les femmes cadres. Depuis 20 ans, les choses bougent bien sûr. Les femmes prennent des postes clefs de direction ou de vice-présidence. Mais en majorité, elles s’orientent vers des fonctions RH, marketing et communication. Elles interviennent également dans les domaines cliniques, Affaires Réglementaires/Assurance Qualité où une certaine parité s’est installée.
Anne Mascarelli : Les portes s’ouvrent. Mais le contraste persiste entre les groupes pharma ou du secteur médical d’une certaine taille et le monde de la start-up. Audrey Derveloy Sanofi France, Laurence Comte Arasus à la tête de Medtronic France ou encore Christiane Wijsen présidente de Boehringer Ingelheim France ont la confiance de leur groupe pour gérer des milliers de personnes. Au-delà, dès que vous passez en mode start-up, les femmes se raréfient dans les comités de direction ou exécutifs. C’est plus particulièrement vrai dans la medtech et dans la tech.
BiotechFinances : Comment analysez-vous cette inversion de dynamique ?
Edith Howard : Il existe encore un plafond de verre que je relie à l’éducation au sens très large et à l’exemplarité. Les femmes ne prennent pas assez de fonctions visibles.
Anne Mascarelli : Y compris au sein des grands groupes, beaucoup d’opportunités restent à conquérir qui font écho à ce que l’on observe dans la medtech et la tech. Dès que vous basculez vers des aspects d’industrialisation, manufacturing, supply chain ou direction d’usine, par exemple, il n’est pas courant de trouver une femme aux commandes. C’est encore un monde majoritairement masculin. C’est sans doute lié à un manque d’attraction ou de connaissance de ces fonctions au moment de l’orientation. Certaines filières d’ingénieurs qui pourraient nourrir le courant de candidatures ne sont pas encore assez féminisées.
BiotechFinances : Quels curseurs sont de nature à accélérer le changement ?
Edith Howard : L’exemplarité des femmes qui montent leur start-up et prennent des postes de CEO est un redoutable stimulus. Ces femmes tracent la voie et sont en train de prouver que, confrontées aux mêmes problèmes que les hommes, levées de fonds, management d’équipes, recrutements, elles réussissent très bien à la tête de leurs entreprises. Elles montrent qu’elles sont capables de gérer des boîtes et de mettre un produit sur le marché. Plus il y aura d’exemples, plus les gens diront « ça fonctionne avec les femmes ».
Anne Mascarelli : La propension des femmes à apprendre de leurs erreurs, à s’inscrire dans un doute positif, à se remettre en question, alimente le changement. Elles portent intrinsèquement ces qualités qui sont aussi de puissants accélérateurs au sein des sociétés dans lesquelles elles sont en responsabilité ou dans les start-up qu’elles créent. Ces capacités irriguent en un sens leur montée en puissance, toutes fonctions et tous secteurs confondus.

Propos recueillis par Jacques-Bernard Taste





