Lors de son lancement en 2016, Ibionext avait collecté 90 M€. Cinq ans et neuf investissements plus tard, le start-up studio fondé par Bernard Gilly, récidive. Pour son 2e fonds, Ibionext Growth Fund 2, le fondateur de Gensight et de nombreuses autres biotechs s’apprête à lever entre 120 et 150 M€. En parallèle, plusieurs entreprises du portefeuille entament aussi des tours de financements, ou avancent sur des projets de cotation. Revue détaillée du newsflow.
visionnaire, et serial entrepreneur dans les biotechnologies et technologies médicales, Bernard Gilly (1) se prépare à une année 2022 chargée. Son modèle de start-up studio, créé en 2016 pour « faire bouger les lignes du private equity et recréer des conditions favorables à la croisssance des sociétés healthtech en France » est un succès. La preuve, un 2e fonds, Ibionext Growth Fund 2, est en cours de collecte. « Notre objectif est de lever entre 120 et 150 M€ d’ici la fin de l’année, pour être opérationnal en 2022 », confie-t-il. Le ticket moyen qui se situait jusque-là à 10-15 M€ pourrait alors grimper autour de 15-20 M€. Pour ce prochain fonds, plusieurs investissements ont déjà été identifiés, dans des domaines thérapeutiques aussi variés que la maladie d’Alzheimer, l’ostéoporose ou le stress.
Gensight :1ère thérapie génique sur le marché
En attendant, les 9 sociétés healthtech du réseau Ibionext, toutes hébergées dans le start-up studio près de la Bastille à Paris, regorgent d’actualités. A commencer par Gensight Biologics, fondée et dirigée par Bernard Gilly la biotech devrait lancer sur le marché l’année prochaine, son 1er produit. Une thérapie génique pour traiter la neuropathie optique héréditaire de Leber (Lire Biotech Finances n° 938 du 5 avril 2021, « GENSIGHT DERNIER TOUR A PARIS »). Lumevoq fait déjà l’objet de traitement compassionnel depuis 2019. « Nous avons déposé le dossier de demande de mise sur le marché auprès de l’EMA en septembre 2020. La crise sanitaire et notamment le développement de la production de vaccins ARN a entraîné des retards importants dans la bioproduction d’autres produits biologiques, notre dossier, comme d’autres, a été décalé et la décision est maintenant attendue au 1er semestre 2022 », explique Bernard Gilly. « Nous sommes prêts, la structure commerciale en Europe est en cours de développement, les directions commerciales en Allemagne, Royaume-Uni et France sont déjà en place », ajoute-t-il. Lumevoq devrait donc être vendu dès la fin de l’année prochaine, au prix de 700 000 €. Une consécration pour tout dirigeant de biotech ! Ensuite, la gestion du chiffre d’affaires, du fond de roulement… c’est un autre job, moins amusant sans doute et dont certains managers ont fait leur spécialité. Raison pour laquelle Bernard Gilly pourrait à l’avenir prendre un peu de champ dans l’exécutif tout en conservant un œil affuté sur la stratégie de Gensight.
Le rêve américain de Pixium
Son implication chez Pixium dont il préside le conseil d’administration devrait aussi tendre à diminuer. Cette medtech a développé une technologie de vision bionique issue de la recherche académique. Son implant sous rétinien miniaturisé et sans fil, Prima permet aux patients qui ont perdu la vue à la suite d’une forme sèche de dégénérescence maculaire liée à l’âge, de la retrouver partiellement. Le marquage CE est attendu fin 2023-début 2024. Mais une étude de phase pivot doit préalablement confirmer les résultats cliniques. Se pose alors la question du financement de cette dernière étape. L’échec de la fusion avec l’américain SecondSight cette année et de l’augmentation de capital de 25 M$ au Nasdaq qui en découlait, a mis Pixium sous haute tension financière. (Lire Biotech Finances n°941 du 26 avril 2021, « PIXIUM VISION DANS LE FLOU »). La medtech française s’est rapprochée, à l’occasion de ce deal raté des gérants actions américains aux poches profondes, va-t-elle tenter l’aventure du double listing comme 9 autres biotechs/medtechs françaises l’ont fait avant elle ? Rien n’est décidé…
Tour B en vue pour Brainever et T-Heart
Le président d’Ibionext a pratiquement co-fondées toutes les entreprises du portefeuille. Il dirige ainsi Brainever au côté du Pr Alain Prochiantz qui est à l’origine du travail de recherche sur les homéoprotéines. Lesquelles gouvernent beaucoup de nos fonctions cérébrales et permettent de protéger et de régénérer les neurones. La molécule développée par la biotech, Engrailed « s’est avérée, dans différents modèles animaux de Parkinson, capable de protéger les neurones dopaminergiques survivants de la mort tout en augmentant leur activité physiologique », indique l’entreprise. Elle est aussi évaluée dans des modèles précliniques de la SLA (sclérose latérale amyotrophique). Un essai sur l’homme devrait démarrer fin 2022. Pour financer ces développements, la start-up est en train de lever un tour B d’environ 30 M€. Le précédent avait été mené en 2017 par Ibionext, avec les actionnaires historiques InnoBio (Bpifrance) et Turenne Capital.
Dernière née du réseau : T-Heart. Créée en 2018 et repérée par Alexia Perouse, directrice générale d’Ibionext, cette start-up développe des valves cardiaques destinées à fournir un traitement de la régurgitation tricuspide sévère chez les patients souffrant de problèmes cardiaques. Son 1er prototyppe répond aux défis anatomiques spécifiques aux tricuspides, gérant la charge ventriculaire droite à l’aide d’une valve de taille physiologique et devrait entrer en clinique l’année prochaine. Une série B de financement se profile aussi pour le second semestre 2022.
Prophesee et Grai Matter Labs : de la science à l’industrie
Bénéficiant d’une technologie développée à l’origine pour Pixium, Prophese a créé des capteurs d’images qui fonctionnent comme la rétine. Commercialisés depuis 2020, ces capteurs associés à un algorithme d’IA permettent une détection et un traitement de la vision basée sur les événements. Ils intéressent particulièrement les industriels comme Sony et Intel présents au tour de table. Le dernier round remonte au mois de juillet, avec l’entrée au capital du chinois Sinovation Ventures. A cette occasion, Prophesee a également annoncé le soutien d’un nouvel investisseur commercial Xiaomi, l’un des trois principaux fournisseurs d’appareils mobiles au monde, et d’Inno-Chip, une société d’investissement soutenue par Will Semiconductor, propriétaire d’OmniVision. La prochaine étape de développement pour Prophesee devrait selon toute vraisemblance se dérouler sur le segment des smartphones.
GrAI Matter Labs a été fondée sur la base de travaux de recherche relatifs aux neurosciences computationnelles du laboratoire du Pr Ryad Benosman. « La start-up conçoit une puce d’intelligence artificielle pourvue d’une organisation neuronale, inspirée du fonctionnement du cerveau pour traiter en parallèle toutes les données qui lui parviennent » schématise Bernard Gilly. « GrAI-VIP la première puce développée (SoC pour System on Chip) est optimisée pour une latence ultra faible et un traitement à très petite consommation d’énergie. Cette puce est destinée à équiper en intelligence artificielle tous les objets autonomes qui nécessitent une réactivité très élevée », précise-t-il. La première application, a été réalisée dans la santé avec une chirurgie par voie orale pour guider en temps réel un robot, mais la technologie est destinée à l’industrie. Le 1er tour de financement de 10 M$ remonte à fin 2017 avec Ibionext en chef de file au côté de 360 Capital Partners, 3T Finance et Celeste Management. Un second tour est en préparation pour cet automne.
Chronolife, Tilak et Tissium autonomes
Les maturités des entreprises du réseau Ibionext varient et certaines ont déjà pris leur envol. Chronolife, par exemple, a développé depuis 2012, date où le projet prend vie au sein de l’Institut de la vision, un T-shirt connecté qui permet de suivre les variables physiologiques des patients. Notamment ceux souffrant d’insuffisance cardiaque et d’épilepsie. La start-up de e-santé vend le t-shirt et le traitement de la data. Ce dispositif permet de suivre et de prédire l’état de santé des patients. Parmi les clients de Chronolife figurent des laboratoires pharmaceutiques, des hôpitaux mais également l’armée américaine. L’entreprise a en effet annoncé cette semaine un partenariat stratégique avec Mission1st, principal intégrateur du département de la Défense et du service de santé des armées. Les compagnies d’assurances sont également intéressées par le dispositif. Côté finance, après un 1er tour en 2018 porté par Ibionext, la start-up espère boucler une série B avant la fin de l’année.
D’autres comme Tissium se trouvent aux portes du marché. Dirigée par Christophe Bancel, la medtech vient de boucler une série C de 50 M€. L’objectif de ce tour est d’aller jusqu’à la commercialisation de ses premiers polymères biomorphiques dédiés à la reconstruction de tissus humains (Lire Biotech Finances n°955 du 6 septembre 2021, « TISSIUM : C COMME CINQUANTE MILLIONS ! »).
Enfin, dans la e-santé, Tilak Healthcare conçoit des jeux médicaux utilisés pour suivre l’évolution des personnes atteintes de maladies chroniques. Son 1er jeu Odysight est commercialisé en Europe et aux Etats-Unis par Novartis dans le cadre d’un partenariat. Il permet de surveiller la dégénérescence maculaire des patients et d’envoyer des alertes aux ophtalmologues. Actuellement 3 000 patients jouent chaque jour avec Odysight. Une première levée de 2,5 M€ s’est déroulée en 2017 avec Ibionext, un second tour de financement vient d’être bouclé et sera prochainement annoncé.
