(BiotechFinances n°991 lundi 20 juin 2022) C’est une levée d’un montant record depuis le début de l’année en France pour une biotech à indication thérapeutique. La Marseillaise ImCheck Therapeutics a annoncé, lundi 13 juin, la levée de 96 M€ dans un tour de table mené par Andera Partners et Earlybird, rejoints par Invus et la Leukemia and Lymphoma Society. Dans le même temps, d’autres partenaires déjà présents au capital de l’entreprise (le Growth Opportunity Fund de Kurma Partners, Eurazeo, Gimv, Pfizer Ventures, Bpifrance, Wellington Partners, Pureos Bioventures, Agent Capital et Alexandria Venture), ont remis au pot, ce qui porte à 158 M€ -dont 3,5 M€ non dilutifs- la somme rassemblée par le laboratoire depuis sa création en 2015.
Pour être plus précis, 16 M sur les 96 M€ levés correspondent au dernier milestone du tour de série B de 48 M€ mené fin 2019 par l’entreprise. “Avec une situation de trésorerie aujourd’hui très confortable, qui la sécurise jusqu’à la fin de l’année 2026, la société renforce son leadership dans le domaine des lymphocytes T gamma-delta« , affirme ainsi Pierre d’Epenoux, président d’ImCheck Therapeutics.
Sur le plan clinique, c’est en effet sur ce volet first-in-class que le laboratoire marseillais (41 collaborateurs dont un aux Etats-Unis) entend se distinguer dans un traitement immuno-oncologique grâce à son anticorps ICT01. Son but : “Contourner les mécanismes de résistance de la tumeur au système immunitaire en modulant l’action d’une toute nouvelle superfamille de points de contrôle immunitaire : les butyrophilines (BTN). En retour, les BTN mobilisent à leur tour un large éventail de cellules immunitaires, notamment les lymphocytes T gamma-delta, rassemblant ainsi les réponses immunitaires innées et adaptatives”, affirme la société.
Utilisé seul ou en combinaison pembrolizumab (nom commercial : Keytruda) distribué par Merck, ICT01 afficherait des résultats cliniques probants. “Nous avons observé, et notamment en combinaison avec le pembrolizumab, une réponse dite partielle, c’est à dire une réduction tumorale au-delà de 30% par rapport à l’entrée en étude clinique. Mieux, chez une patiente atteinte d’un mélanome chez qui on avait repéré une métastase cérébrale, on a constaté une disparition de cette métastase au bout d’une vingtaine de semaines« , précise Pierre d’Epenoux.
Née en 2011, ImCheck Therapeutics a été cofondée par le Pr Daniel Olive, patron de l’équipe immunité et cancer au Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille (CRCM). Présent dès la création de la société, le fonds Kurma Partners, désormais détenu à 70% par Eurazeo, se voit conforté par sa stratégie. « Nous avons cru au potentiel d’ImCheck alors qu’il n’y avait que des molécules sur une paillasse. C’est d’ailleurs le cas de 30% de nos investissements. Nous nous voyons comme un pont entre le monde académique et celui de la biotech. Nous allons à la rencontre des chercheurs pour étudier avec eux ce qu’ils ont dans leur tiroir ou sur leur paillasse pour tenter de transformer cela en entreprise« , précise Rémi Droller, Manging partner chez Kurma.
A ce jour, une centaine de patients, la plupart européens, ont participé à la phase d’escalade de dose, permettant de vérifier la non-toxicité de l’ICT01. Une phase de test d’efficacité en monotraitement devrait prochainement démarrer grâce aux 96 M€ levés aujourd’hui. Une éventuelle étude de phase 3 pourrait démarrer d’ici à la « fin de l’année 2024« . Dans l’attente, ImCheck étudie toute possibilité de lever des nouveaux fonds. Si le marché n’est actuellement pas favorable à une IPO, une introduction au Nasdaq pourrait être étudiée si le marché montrait de nouveau de l’appétit.
Guillaume Mollaret
Journaliste Pôle Economie BiotechFinances

