Investir en santé, que ce soit dans les grands laboratoires pharmaceutiques ou dans les petites startups, est décidément un sport de combat pour les investisseurs français. Nous en voulons pour preuve les difficultés que rencontre Sanofi à vendre sa filiale santé grand public Opella (5,2 milliards d’euros de CA en 2023) avec sa marque phare Doliprane.
Certes, la petite boîte jaune cristallise toutes les velléités de souveraineté ou de reconquête sanitaire, selon la position sur l’échiquier politique. Mais pour autant, elle ne suscite pas un enthousiasme communicatif en Europe, puisque c’est un fonds new-yorkais, Clayton, Dubilier & Rice, qui tient la corde pour le rachat. La carte française est jouée par PAI Partners, qui, avec des partenaires émiratis et singapouriens, introduit une belle épine dans le concept de souveraineté, certes confortée par la présence de ces fonds souverains. De plus, Bpifrance, qui devrait aussi être de la partie, portera le murmure de la France. Cependant, certaines récentes opérations, dont la presse s’est faite l’écho (vente/rachat de Biogaran, vente du centre de recherches de Pierre Fabre à Saint-Julien-en-Genevois), éclairent en creux une sorte de désintérêt de la part de « l’investisseur français », qui, indépendant et désapprobateur, marque ses distances face à l’absence de politique industrielle. États d’âme que ne peut se permettre l’industrie pharmaceutique indienne, qui, particulièrement intéressée, est prête à s’installer en Haute-Savoie. Ainsi, après le groupe luxembourgeois Fareva, c’est le groupe indien Jubilant Pharmova qui s’est positionné pour reprendre le centre d’immunologie de Pierre Fabre (identification d’anticorps monoclonaux, production de protéines recombinantes…). Les laboratoires pharmaceutiques indiens verraient donc quelque chose dans l’industrie pharmaceutique française qui semble nous échapper. 14e mondial en valeur, mais 4e en volume, la pharmacie indienne veut renforcer son positionnement et sa cote en explorant de nouveaux marchés et en intégrant des innovations. Espérons que les nouveaux locataires des ministères de l’Industrie, de la Recherche et de la Santé auront à cœur d’entendre et d’écouter ce qui se passe aujourd’hui dans la pharmacie française, voire européenne, qui est devenue une zone d’enjeux pour des pays extra-européens. Certes, nous sommes sources d’innovations, souvent financées par des fonds US avant d’être commercialisées outre-Atlantique, mais pour combien de temps ? En revanche, pour les maladies chroniques, la dépendance aux pays asiatiques s’accroît aussi bien pour les princeps anciens que pour les biosimilaires, induisant une tension toujours plus forte sur les approvisionnements, surtout quand ceux-ci n’obéissent pas aux règles communautaires. Par ailleurs, ce n’est pas en la sanctionnant par des amendes que l’industrie pharmaceutique se réconciliera avec l’assurance maladie française.

