(BiotechFinances n°993 lundi 4 juillet 2022) Le troisième laboratoire français acquiert pour 234 M€ la biotech américaine Epizyme et confirme ses positions contre le cancer. Un rachat qui s’intègre dans un plan global en vue de reprendre l’initiative face à l’érosion des ventes de certains produits comme la Somatuline.
Ipsen conforte sa stratégie de croissance externe avec le rachat de molécule éprouvée. Lundi 27 juin, le troisième laboratoire pharmaceutique français annonce l’acquisition de la biotech américaine Epizyme pour un montant de 234 M€. Spécialisée dans les traitements contre le cancer, cette entreprise a notamment développé le Tazverik, un médicament (voie orale) prescrit pour traiter certains lymphomes qui a obtenu l’approbation des autorités américaines voilà deux ans.
« Nous disposons d’une solide expérience dans les tumeurs solides. Aussi, nous avons décidé d’étendre notre champ de compétences dans l’hématologie », explique Philippe Lopes-Fernandes, chief business officer (CBO) d’Ipsen, chargé de mettre en place une stratégie d’acquisition d’un montant global de 3,5 Mds€ d’ici la fin de l’année 2024 (Lire en pages 6 et 7 notre grand angle sur la stratégie du groupe Ipsen).
En ce sens, le rachat d’Epizyme -qui se concentre sur l’épigénétique- constitue un achat d’une taille relative puisqu’Ipsen travaille sur des enveloppes pouvant monter jusqu’à 800 M€ dans des sociétés ayant déjà obtenu des autorisations de mise sur le marché (first-in-class ou best-in-class), ou bien au stade de développement clinique. Le laboratoire français n’a pas encore statué sur la conservation ou la revente des molécules d’Epizyme actuellement en développement. En revanche, à terme, il a indiqué vouloir intégrer un maximum des équipes de la pharma américaine (200 personnes) à ses équipes de R&D.
« Les Etats-Unis sont le plus important marché pharmaceutique dans le Monde mais nous étudions toutes les opportunités de croissance externe où qu’elles se trouvent et notamment en France », précise Philippe Lopes-Fernandes.
Équilibrer le portefeuille
Si Ipsen s’intéresse aux médicaments anticancer qui représentent plus de 60% de ses revenus, le laboratoire se sait trop dépendant de la Somatuline, une solution injectable pour lutter, notamment, contre des tumeurs carcinoïdes et neuroendocrines. Elle représente à elle seule 42% de son chiffre d’affaires. C’est la raison pour laquelle la pharma hexagonale entend également faire des emplettes dans le secteur des maladies rares et les neurosciences.
« Nous cherchons à équilibrer, au moins un peu, notre portefeuille entre différentes maladies. Cependant, nous ne prendrons pas de décision par souci d’équilibre », tempère le CBO.
Sur le plan financier, l’OPA d’Ipsen sur Epizyme, une société cotée au Nasdaq, offrira aux actionnaires une prime de 144% par rapport au cours moyen d’Epizyme par rapport aux 30 journées boursières précédant l’annonce d’acquisition (55% par rapport au dernier cours). A Paris, les marchés ont fraichement reçu le projet d’acquisition. Estiment-ils la biotech trop chère payée ? Bien que cet achat permette de facto à Ipsen de renforcer ses positions Outre-Atlantique, l’action a affiché lundi un repli de 2,8%… la plus forte baisse du SBF 120 avant de retrouver quelques couleurs le lendemain (+0,47%) à 85,95 euros.
Guillaume Mollaret,
Journaliste Pôle Économie BiotechFinances

