(BIOTECHFINANCES N°969 Lundi 20 décembre 2021) Le géant américain investit massivement dans l’innovation grâce à une puissante R&D interne et une stratégie partenariale utilisant tous les outils existants : incubateurs de start-up, appels à projets, fonds de capital-risque…
« Pour répondre à des défis d’envergure en santé publique, il est important de mutualiser les efforts, d’avoir des expertises complémentaires », fait valoir Virginie Lasserre, directrice des affaires externes de Janssen France, la branche pharmaceutique de Johnson & Johnson, également présent dans les dispositifs médicaux et dans la santé grand public (médicaments sans ordonnance, produits d’hygiène, cosmétiques…), cette troisième branche étant en cours de scission. Afin de développer de nouvelles solutions thérapeutiques, le groupe s’appuie autant sur ses ressources internes – 14 centres de R&D dans le monde – que sur l’open innovation. Dans le domaine, les investissements s’élèvent à 12 Mds$ par an depuis 2017. Johnson & Johnson s’est doté d’une branche de capital-risque, JJDC, qui a investi 500 M$ l’an dernier. Surtout, il a déployé un réseau international de treize incubateurs, les « JLabs », et de quatre centres d’innovation. L’Europe compte un « JLab » à Beerse (Belgique) et un centre d’innovation à Londres qui, depuis sa création en 2013, a signé 155 collaborations. Malgré l’absence de telles structures en France, les filiales hexagonales sont actives dans la mise en place de partenariats avec les acteurs publics ou privés et les start-up.
Des expertises complémentaires
« Nous cherchons des sociétés qui nous permettent de progresser plus rapidement que si nous étions focalisés seulement sur notre propre R&D », résume Christophe Duhayer, président de J&J Medical Devices France. « Les start-up ont de l’agilité et un savoir-faire technologique. Nous leur apportons des ressources et un accompagnement pour qu’elles puissent appréhender les particularités du marché de la santé (réglementation, structuration) et identifier un modèle d’affaires pérenne », indique Virginie Lasserre. Janssen, qui s’attaque à des « besoins non couverts » en onco-hématologie, immunologie, maladies infectieuses, neurosciences, maladies cardiovasculaires et métaboliques, et hypertension artérielle pulmonaire, s’intéresse particulièrement au numérique. La pharma a notamment passé un partenariat avec Novadiscovery, qui crée des plateformes d’essais cliniques in silico, pour optimiser et accélérer le développement clinique de nouveaux produits. Avec Ad Scientiam, elle mène une étude « preuve de concept » sur un algorithme de détection de marqueurs de réponse ou de non-réponse précoce à un traitement antidépresseur. Elle a également accompagné Nouveal dans la création de la solution Léa santé, pour le télésuivi de patients atteints d’hémopathie.
Développement de l’intelligence artificielle…
La démarche du laboratoire s’inscrit aussi dans le cadre du Contrat stratégique de filière (CSF) Industries et Technologies de santé, dont un des quatre programmes est dédié à l’intelligence artificielle. Ainsi, Janssen est l’un des douze membres fondateurs de l’association « Filière IA et cancer », basée sur un partenariat public-privé initié par l’Institut national du cancer et le Health Data Hub, et visant à découvrir de nouvelles stratégies de diagnostic et de traitement. « L’objectif est de mobiliser des acteurs biotech et medtech pour structurer les données disponibles de la plateforme INCa et les enrichir d’autres types de données (génomiques…) », précise Virginie Lasserre. Un appel à projets vient également d’être lancé pour le programme « Impact – Accélérateur d’innovation en santé mentale » pour pallier les ruptures dans les parcours de soins. Six à huit entreprises lauréates seront hébergées pendant neuf mois au sein de PariSanté Campus, espace de formation, de recherche, d’innovation et d’entrepreneuriat dans la e-santé.
… et de la médecine personnalisée
Le numérique séduit aussi J&J Medical Devices. La division est spécialisée dans la chirurgie du cancer, des maladies cardiovasculaires, de l’obésité, de l’ostéoporose et de l’arthrose, et opère à travers plusieurs filiales : Ethicon, DePuy Synthes, Cerenovus, Mentor et Biosense Webster. « Nous travaillons sur le bloc opératoire du futur. Nous souhaitons que les interventions chirurgicales soient plus intelligentes, moins invasives, plus personnalisées. Pour cela, nous relions ensemble les meilleures technologies : robotique, instrumentation connectée et imagerie avancée, le tout mis en musique par les données, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, les solutions digitales », décrit Christophe Duhayer. J&J Medical Devices a par exemple conclu un accord avec la start-up grenobloise Orthotaxy, conceptrice d’une nouvelle génération de plateforme de chirurgie robotique assistée par ordinateur pour la pose de prothèse de genou. « Le robot a été lancé aux Etats-Unis début 2021 et nous attendons de recevoir le marquage CE rapidement », annonce Christophe Duhayer. Un succès – parmi d’autres – qui récompense une stratégie d’innovation ambitieuse.
Trois partenariats À la loupe
Suivre les malades chroniques avec Wefight
Pour accompagner les personnes souffrant de maladie chronique, Janssen a conclu un partenariat avec Wefight. La start-up montpellieraine a mis au point un robot conversationnel (chatbot), baptisé Vik, qui répond aux questions des patients et de leurs proches dans de nombreuses pathologies : myélome multiple, migraine, dépression, asthme, cancer du sein, cancer du poumon, psoriasis ou encore Mici (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin).
Améliorer les biopsies avec Mauna Kea Technologies
J&J Medical Devices détient 24,2 % de Mauna Kea Technologies à la suite d’une levée de fonds de 12,5 M€ bouclée fin septembre. La medtech française a conçu la plateforme d’endomicroscopie laser Cellvizio, une technique d’imagerie in vivo permettant l’observation cellulaire en temps réel. Son partenariat de recherche avec la Lung Cancer Initiative du groupe américain doit lui permettre d’accélérer la validation de son innovation en tant qu’outil de guidage de la biopsie pendant la navigation bronchoscopique robotisée.
Préparer la chirurgie avec Visible Patient
J&J Medical Devices a conclu un partenariat marketing et commercial exclusif avec Visible Patient. « A partir d’un scanner ou d’une IRM, la société développe des images 3D de l’organe pour que le chirurgien, en amont de l’intervention, visualise l’anatomie particulière et anticipe la technique opératoire à utiliser », explique Christophe Duhayer. La medtech strasbourgeoise a récemment reçu un financement de 3 M€ de Bpifrance et compte conquérir le marché chinois dès 2023.
Des liens forts avec le siÈge amÉricain
La structure d’innovation externe de Johnson & Johnson (« JLabs » et centres d’innovation) se déploie principalement aux Etats-Unis et c’est également au niveau du siège que sont prises les décisions. Dès lors, comment cette politique se décline-t-elle en France ? « Nous n’avons pas d’équipe dédiée au niveau national mais au niveau européen », répond Christophe Duhayer, président de J&J Medical Devices France. « Nos équipes terrain peuvent remonter les besoins et indiquer des noms de sociétés qu’elles ont repérées dans l’écosystème. Nous discutons avec les équipes des JLabs et de J&J Innovation. Le bureau londonien mène les audits nécessaires pour voir si les projets s’accordent avec la stratégie de l’entreprise. Nous travaillons également avec les équipes globales au sein de chaque pathologie », ajoute-t-il. « La réflexion sur l’open innovation est large et permet d’impliquer plusieurs fonctions au niveau français et international, comme les équipes R&D, les équipes institutionnelles, dédiées à l’accompagnement et à la recherche de solutions, et les équipes médicales impliquées dans la génération des données en vie réelle », détaille Virginie Lasserre, directrice des affaires externes de Janssen France. « Récemment, une équipe « IA & Genomics » a été créée en France, comprenant trois personnes dédiées au développement de partenariats dans ce domaine », conclut-elle.
En France au côté de Virginie Lasserre et Christophe Duhayer :
Mohamed-Ramzi Temanni
Directeur scientifique Intelligence artificielle et génomique France
A Londres :
Nerida Scott
Head, J&J Innovation center, EMEA
Elena Fernandez-Kleinlein
Head of JLABS EMEA
A Beerse, en Belgique :
Tom Aelbrecht
Responsable JLABS strategy EMEA et directeur des opérations JLABS Beerse
