Le laboratoire américain est tourné vers les collaborations, cherchant l’innovation là où elle se trouve, à l’échelle mondiale. Il noue des partenariats dans ses domaines thérapeutiques prioritaires, comme l’oncologie et l’immunologie mais également des projets en Intelligence Artificielle appliquée à la santé et en Datas sciences.
Le territoire français constitue l’une de ses priorités en termes de recherche d’opportunités d’alliances en Europe pour Johnson & Johnson (J&J) Innovation et pour Janssen. Un Road Show a été organisé du 22 au 26 mai dans cinq grandes villes françaises pour séduire les HealthTech prometteuses. « C’est la première fois qu’une équipe aussi large de J&J Innovation se déplace de Londres en régions, en dehors de Paris, se félicite Virginie Lasserre, Directrice des Affaires Externes de Janssen.

Ce qui montre tout l’intérêt que nous portons à l’écosystème d’innovation français et à son expertise dans toutes ses dimensions, qu’elle soit thérapeutique, technologie et numérique. »
Outre une présentation de Johnson & Johnson Innovation à ses partenaires potentiels, le groupe a organisé des rencontres individuelles avec des porteurs de projets. Des académiques, hôpitaux, sociétés HealthTech pouvaient déposer leurs candidatures en ligne pour y participer. « Nous avons reçu plusieurs centaines de dossiers, décrit Siau Baï, directrice stratégie médicale et partenariats de Janssen France. Compte tenu des contraintes de temps, nous avons pu rencontrer que 5 à 10 porteurs de projets dans chaque ville. Mais le Road Show ne constitue que le point de départ de nos interactions avec l’écosystème de santé. Ainsi, nous allons organiser un suivi des dossiers et poursuivre les discussions dans les semaines et mois à venir. »
Le bilan de la semaine est positif. Des contacts intéressants ont été noués, notamment dans les domaines de l’immunologie, les neurosciences, l’oncologie, les Data Sciences, ainsi que dans la MedTech. J&J Innovation et Jansen vont revoir l’ensemble des opportunités de partenariats et poursuivre leur évaluation en interne, en collaboration avec ses collaborateurs scientifiques et experts.
Trois types d’alliances
Quand le courant passe et que les domaines de prédilection sont complémentaires, les partenariats prennent diverses formes. A commencer par une collaboration de recherche avec des académiques et des Healthtechs. « Sur une problématique qui nous intéresse, nous travaillons ensemble pendant quelques années (2 à 3 ans) pour obtenir des résultats sur de nouvelles cibles thérapeutiques ou de nouveaux biomarqueurs par exemple, ou bien pour acquérir une meilleure connaissance d’une indication d’intérêt pour Janssen, et contribuer ainsi à l’identification ultérieurement de nouvelles molécules thérapeutiques », précise Siau Baï.

Autre type d’accord possible : la structure Venture Capital du groupe J&J. Nommée JJDC, elle investit dans le capital de start-ups ou biotechs et Medtechs aussi bien lors de leur création, qu’en seed funding ou via les séries A, B, C et suivantes. Le JJDC peut également investir dans des incubateurs et des accélérateurs.
Troisième grand volet : l’incubation dans un des JLabs. Bras armés de l’open-innovation du groupe, ceux-ci sont au nombre de 13 dans le monde dont la plupart sont situés aux Etats-Unis. Deux se trouvent en dehors du territoire américain : le premier à Shangaï en Chine, le second implanté en Belgique sur le site historique de Janssen.
Le JLbas belge accueille des biotechs et medtechs pas uniquement physiquement mais aussi virtuellement, comme Thabor Therapeutics, biotech francilienne spécialisée dans les maladies inflammatoires chroniques, notamment les MICI (maladies de Crohn et rectocolite hémorragique). Les dirigeants de cette société, incubée à distance depuis fin 2022, ont pu témoigner de l’apport de cet accompagnement sur mesure lors du road show parisien le 22 mai et sur leur partenariat avec l’incubateur. Parallèlement, le JLabs belge vient de signer avec Astraveus, une entreprise parisienne qui fournit une plateforme technologique en micro-fluidiques.
Être incubé présente de nombreux avantages : tout d’abord en termes d’infrastructures (bureaux, laboratoires équipés de matériel d’analyse de pointe…) mais également de multiples services accessibles à distance, en particulier l’accès au réseau de J&J (investisseurs, KOLs, prestataires etc).
Autre atout pour une start-up : être épaulée par un mentor spécialisé (JPal) dans la R&D dans son domaine de prédilection. Le but : obtenir des réponses ciblées (manufacturing, chimie…), bénéficier d’un suivi scientifique et d’une perspective d’industriel. S’appuyer sur un JPal peut donner une porte d’entrée pour se lancer notamment sur le marché américain et y trouver des capitaux-investisseurs américains. Une HealthTech accompagnée aura également la possibilité d’accéder aux contacts de J&J notamment avec la BARDA américaine (Biomedical Advanced Research and Development Authority) et à une meilleure compréhension du marché et des attentes du régulateur américain.
Christine Colmont
Trois piliers :
collaborations, prises de participation et/ou incubation
Depuis 2013, plus de 800 millions de dollars ont été investis par Johnson & Johnson dans 190 collaborations essaimées dans 15 pays de l’EMEA, avec une prédominance pour le Royaume-Uni et une très forte volonté d’investir aujourd’hui en France. Avec le Venture Capital, plus de 700 millions de dollars ont été déboursés pour prendre une participation dans le capital de sociétés pharmaceutiques (67%), d’entreprises de dispositif médical (24%) et de santé grand public (9%), une activité qui sera séparée du groupe J&J cette année.
Le Jlabs belge incube aujourd’hui 43 sociétés (actuelles et Alumni, dont des incubations en distanciel).
Deux HealthTechs incubÉes
S’attaquer aux MICI avec Thabor Therapeutics
Thabor Therapeutics a été créée en juin 2021 par la société de capital-risque d’AdBio Partners. Elle est dédiée aux thérapeutiques des maladies inflammatoires chroniques des muqueuses, notamment de l’intestin (MICI). L’amorçage de cette biotech a également été financé par un apport de fonds d’AFB. Ce sont les travaux de recherche d’Éric Chevet, directeur de recherche au sein de l’unité Inserm 1242 à Rennes, et d’Éric Ogier-Denis, directeur de recherche « Stress cellulaire et maladies inflammatoires de l’intestin » à l’Inserm, qui ont permis l’identification d’une nouvelle cible dont l’inhibition pourrait constituer un nouveau traitement des maladies mucosales inflammatoires. En juillet 2022, Thabor Therapeutics a obtenu 2 millions d’euros d’aides de Bpifrance dans le cadre du Plan Deeptech. Ces fonds sont destinés à accélérer ses programmes de R&D et à consolider les premiers résultats encourageants, en vue du développement industriel de ses anticorps monoclonaux et d’une demande d’IND (Investigational New Drug).
DÉmocratiser les thÉrapies cellulaires et gÉniques avec Astraveus
Fondée par le polytechnicien Jérémie Laurent, lauréat de la bourse X-Grant Silicon Valley, Astraveus développe des outils de production qui exploitent la performance des dernières technologies microfluidiques, qui s’adaptent à tout type de biomédicament et surtout à chaque patient. Ajustable à tout biomédicament et personnalisable pour chaque patient, ce nouvel outil est plus flexible que les autres bioréacteurs puisqu’adaptable à différents types de production et à différents volumes.

