(BIOTECHFINANCES N°971 Lundi 17 janvier 2022) Pour la seconde année consécutive, la JP Morgan conférence s’est déroulée en virtuel, du 10 au 13 janvier 2022. Nul doute que la banque d’investissement américaine envisageait différemment les 40 ans de cet évènement devenu phare pour tous les acteurs des sciences de la vie. La COVID en a décidé autrement. Conséquence, nombre de laboratoires, biotechs, investisseurs, banquiers, analystes… tous ceux qui constituent l’éco-système biopharma mondial ont non seulement annulé leur déplacement à San Francisco mais assistés sans grand enthousiasme aux visios conférences de la semaine. « Rien d’étonnant, à cela puisqu’au-delà du décalage horaire, à la JP Morgan, les rencontres se déroulent en réalité en dehors de l’évènement lui-même », confie un financier. Les contacts se nouent, dans les couloirs des hôtels avoisinants, dans les salons organisés en parallèle comme Biotech Showcase où une cinquantaine de sociétés et de fonds d’investissement français étaient inscrits cette année, dans les soirées… Une sorte de festival de Cannes de la biotech.
Les traitements Alzheimer au centre des débats
« Généralement les entreprises réservent leurs annonces de résultats cliniques, de partenariats ou d’acquisitions pour cette conférence. C’est d’ailleurs ainsi que l’on sait très vite si l’année sera porteuse en découverte scientifique, en nouvelle technologie et quelle aire thérapeutique sera privilégiée », s’accordent à dire les habitués de San Francisco.
Et si le format virtuel rend moins lisible les perspectives 2022 du secteur, la semaine a néanmoins eu son lot de newsflows, en provenance principalement des Etats-Unis. L’absence d’un megadeal dans le secteur en ce début d’année a été éclipsé par un autre sujet qui a canalisé les débats de la JP Morgan Healthcare : la décision des Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS) de limiter le remboursement du médicament de Biogen contre la maladie d’Alzheimer aux seuls patients inscrits dans des essais cliniques. Pour rappel, le prix d’Aduhelm s’élève à 56 000 $ par an et par patient mais va être ramené à 28 200 $ à la suite des plaintes d’hôpitaux et de parlementaires l’estimant trop couteux pour un résultat incertain. Conséquence : Biogen a plongé en Bourse tandis qu’Eli Lill y et Roche, qui développent des concurrents potentiels à Aduhelm ont également été touchés.
Année charnière pour les thérapies géniques
Sans surprise les thérapies géniques figuraient aussi au centre des préoccupations de l’écosystème biopharma. En 2021, près de 12 Mds$ ont été investis dans ce seul segment, éclipsant les records de 2020 et 2018. Si les perspectives restent prometteuses pour 2022 avec des demandes de mises sur le marché attendus du côté de BioMarin Pharmaceutical ou Bluebird bio, le fait que plusieurs essais cliniques aient été suspendus à la suite d’effets secondaires (Audentes Therapeutics, Pfizer, UniQure, Bluebird bio, Allogene Therapeutics…) a mis en alerte la FDA. L’agence redouble désormais de vigilance sur la sécurité. Par ailleurs, demeure l’épineuse question du prix élevé de ces thérapies et de leur bénéfice risque à long terme.
Dans le domaine annexe de l’édition du génome, la semaine a également été marquée par deux annonces. En nouant un partenariat record de 300 M$ avec Beam Therapeutics, Pfizer a relancé la compétition. D’autant qu’en parallèle Bayer investissait 40 M$ et plus d’1 Md$ en étapes potentielles dans une collaboration avec la biotech américaine Mammoth Biosciences. L’accord porte sur 5 candidats avec un focus sur les maladies rares du foie. Pour sa part, Beam Therapeutics utilise une technologie d’édition de base pour fabriquer des médicaments, notamment contre la drépanocytose. Il s’agit d’une maladie du sang rare pour laquelle justement les biotechs pionnières dans l’édition de gènes Editas, Intellia et CRISPR Therapeutics développent aussi des traitements. La bataille semble engagée.





