La banque d’affaires bostonienne Locust Walk vient de publier un rapport sur l’évolution du marché chinois des licences en biotechnologie. Un rapport qui montre que « l’Empire du Milieu » aurait peut-être retrouvé une position médiane, entre des États-Unis pour l’instant hors de portée – mais pour combien de temps ? – et une Europe pétrie d’indécision.
En effet, le rapport souligne que les accords de partenariats mondiaux en Chine ont progressé de 111 % en cinq ans, entre 2019 et 2024. Une progression faramineuse, qui pousse Locust à affirmer qu’environ 31 % des médicaments innovants homologués par des multinationales en 2024 pourraient provenir de Chine, contre 0 % en 2019.
Par ailleurs, l’essor des accords de licence externes s’est accompagné d’une envolée des enjeux financiers. Ainsi, le total des paiements initiaux versés aux biotechs chinoises à la suite d’accords de licence a dépassé les 2,2 Mds $ en 2023, soit le double de 2022. Rappelons qu’en 2019, ces biotechs n’avaient reçu collectivement que 10 M $ en paiements initiaux.
À la lecture de ces chiffres, on peut penser qu’une fois encore, la Chine s’est éveillée aux technologies de pointe. D’ailleurs, le programme « Mille talents » a permis d’inverser le brain drain et d’attirer plus de 7 000 scientifiques. Le gouvernement chinois, en faisant des biotechnologies l’une de ses priorités, a déployé à la fois stratégies nationales et soutiens financiers publics.
Cette véritable feuille de route a été renforcée par le 14ᵉ plan quinquennal, et concrétisée par des incitations financières ayant permis l’injection de 378 Mds $ sur la période 2012-2017, tandis que le capital-risque privé apportait également sa contribution (15 Mds $ en 2020).
Parmi les programmes structurants, on retrouve « Made in China 2025 », qui comprend un volet dédié aux biotechnologies, et « Healthy China 2030 », une réforme en profondeur de la politique de santé publique chinoise. Autre point stratégique : le volet réglementaire n’a pas été négligé. L’agence chinoise du médicament (sFDA) s’est impliquée en réduisant les délais d’approbation, accélérant les mises sur le marché, comme l’a illustré Tyvyt, l’inhibiteur de PD-1 d’Innovent Biologics, en 2018.
Il n’est donc guère étonnant que la Chine comble son retard initial. Elle ne peut plus être ignorée et doit désormais être considérée comme un partenaire stratégique.
L’une des questions qui découle de tout cela est : saurons-nous, nous Européens, faire de même avant que le monde des biotechs ne se réduise à deux acteurs principaux ?
Exergue / « Le gouvernement chinois, en faisant des biotechnologies l’une de ses priorités, a déployé à la fois stratégies nationales et soutiens financiers publics. »




