mercredi 17 juillet 2024
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LA DYNAMIQUE DES FONDS RÉGIONAUX : HAUTS DE FRANCE

Biotech Finances entame un tour de France des fonds régionaux. Le but : comprendre les dynamiques qui se jouent sur les territoires et les stratégies d’investissement qui en découlent. Après la région Grand-Est, focus sur les Hauts de France.

INTERVIEW

Alexandre Demailly, analyste d’investissement au sein du fonds Captech Santé Nutrition de Finorpa, dans les Hauts-de-France.

BiotechFinances : Pouvez-vous présenter Finorpa et son fonds Captech ?

 Alexandre Demailly : Finorpa est une société de gestion de bientôt 40 ans, lancée dans le Nord-Pas-de-Calais en soutien économique à la région lorsque l’activité minière s’est arrêtée. Le fonds Captech santé nutrition a été créé en 2021, sous l’impulsion d’Eurasanté (groupement d’intérêt économique dédié à la santé dans les Hauts-de-France). Il a répondu à un besoin en fonds leader ayant une expertise d’analyse des dossiers, notamment d’un point de vue scientifique, car une grande partie des projets présentés étaient dans la santé.

BiotechFinances : Qu’est-ce qui caractérise l’écosystème santé de la région ?

 Alexandre Demailly : Nous avons des acteurs en santé assez dynamiques, avec le CHU de Lille et des projets académiques de qualité avec l’Université de Lille. Eurasanté a un impact très positif dans les liens créés entre les organismes de recherche académique et les partenaires privés mais également dans la structuration précoce des aventures entrepreneuriales, avec son incubateur. Au sud du département, il y a d’autres entités académiques qui créent des projets intéressants : l’UTC de Compiègne ou UniLaSalle (Institut polytechnique, NDLR) à Beauvais. Nous souhaitons explorer davantage le sud de la région, afin que les investissements ne soient pas concentrés qu’à Lille. Parmi les points positifs de l’écosystème biotech, on peut souligner la présence de fonds régionaux pour financer le début d’entreprises : peu de régions ont un volume de fonds de capital-risque dédié à l’innovation aussi important. On peut aussi pointer la proximité géographique avec plusieurs écosystèmes européens et l’implantation de sièges et de sites de production de grandes entreprises pharmaceutiques (Bayer, GSK).

BiotechFinances : Le fonds Captech investit en seed et série A. Quelles sont vos ambitions ?

 Alexandre Demailly : Nous sommes actuellement autour de 30 M€ et nous sommes toujours en période de souscription, avec un objectif final (d’ici 2028) d’environ 40 M€. Nos souscripteurs sont souvent issus du privé : des mutuelles, des entreprises industrielles de la région, des biotechs, des entrepreneurs qui ont fait un exit… Cette particularité nous permet d’avoir des personnes du monde de la santé qui interviennent assez directement dans le processus de décision d’investissement. Elles sont impliquées dans le comité d’engagement et peuvent être mobilisées par les entrepreneurs. Ceux-ci ne veulent plus seulement un chèque, mais aussi un écosystème, des conseils et un soutien.

Nous avons déjà réalisé huit investissements et ambitionnons d’en réaliser une vingtaine sur l’enveloppe de 30M€. Enfin, si notre fonds est dédié aux Hauts-de-France, nous avons ouvert une enveloppe de 20% qui peut être utilisée pour des projets dans toute la France, cela a été le cas avec Bon vivant (biotech dans la nutrition basée à Lyon, NDLR).

BiotechFinances : Comment jugez-vous la qualité des dossiers que vous recevez ?

 Alexandre Demailly : Nous avons beaucoup de dossiers de qualité mais de manière assez unanime – et cela même hors de l’écosystème des Hauts-de-France – il y a une baisse de qualité du deal flow. Et puis, compte tenu du contexte des dernières années avec le covid, beaucoup de personnes ne se sont finalement pas lancées pour créer une entreprise, ce qui expliquerait la diminution du volume de dossiers constatée par les VC.

BiotechFinances : Captech intervient sur les nouvelles molécules thérapeutiques, les dispositifs médicaux, la santé numérique et la nutrition humaine ou animale… Qu’est-ce qui aiguise votre intérêt ?

 Alexandre Demailly : Au-delà de ces quatre verticales, nous pouvons intervenir dans des molécules chimiques comme dans des biotechs pures et nous recevons beaucoup de projets d’oncologie. Le préalable pour nous, c’est d’avoir envie de travailler avec l’équipe. Nous analysons ensuite la propriété intellectuelle, la concurrence, la taille du marché… Nous portons un intérêt croissant à la stratégie d’accès au marché, élément fondamental pour un bon design des études cliniques (notamment pour les dispositifs médicaux qui concernent des populations de patients différentes) et dans le cadre de projets de e-santé, qui doivent démontrer leur impact sur le système de santé. Ce sont des points importants pour nous, en plus des aspects financiers classiques.

Propos recueillis par Marie Albessard

GLIOBLASTOME

Hemerion therapeutics accélère vers la clinique

L’entreprise créée en 2020 développe une technologie pour traiter le glioblastome, cancer du cerveau le plus courant et le plus agressif.

Chaque année en France, 3 500 à 4 000 patients sont atteints d’un glioblastome, un cancer agressif du cerveau : plus de la moitié des patients récidive à six mois et le taux de survie à cinq ans est de 5%. « Le traitement classique a peu évolué depuis 2005 : chimiothérapie, radiothérapie, puis chimiothérapie seule et une chirurgie dans 75% des cas, expose Maximilien Vermandel, cofondateur et président d’Hemerion therapeutics. Notre technologie repose sur l’association d’un médicament et d’un dispositif utilisable pendant la chirurgie. Le médicament ne se fixe que sur les cellules tumorales et est photosensible. Le neurochirurgien illumine ensuite la cavité opératoire en fin de chirurgie pour éliminer les cellules tumorales résiduelles qui sont le siège de la récidive ».

Une mise sur le marché à l’horizon 2027

Ce dispositif, qui s’intègre à l’opération, ajoute 30 minutes au bloc opératoire. Les deux premiers essais cliniques qui ont eu lieu sur 22 patients s’avèrent encourageants, avec « une récidive qui intervient au-delà de 17 mois et un pourcentage de 40% de longs survivants à 5 ans », précise encore Maximilien Vermandel. La FDA a donné son accord pour une étude clinique de faisabilité et de non toxicité et Hemerion a en ligne de mire une mise sur le marché européen et US à l’horizon 2027-2028. C’est d’ailleurs pour piloter la stratégie médicale et clinique que le Dr Marie-Edith Bonneterre a été nommée CMO fin septembre. L’entreprise – qui a levé plus de 7 M€ – se lance dans une levée dont le closing est prévu en 2024. Hemerion therapeutics étudie, par ailleurs, l’application de son dispositif à d’autres formes de cancers, tête et cou ou pulmonaires, par exemple.

RECONSTRUCTION MAMMAIRE

Lattice medical envoie son « Mattisse » en essai clinique

L’entreprise spécialisée en ingénierie tissulaire et en biomatériaux a développé des implants pour la chirurgie reconstructrice du sein et de la peau.

« Nous développons une technologie de reconstruction mammaire, en proposant une prothèse imprimée en 3D et résorbable », expose le CEO Julien Payen. L’entreprise créée en 2017 travaille depuis plusieurs années à développer « Mattisse » pour les femmes ayant subi une mastectomie suite à un cancer du sein. « L’implant comporte un socle et un dôme qui donne le volume et la forme au sein. Le chirurgien prélève un morceau de tissu qu’il place dedans et en 6 mois le tissu colonise l’intérieur de la prothèse », ajoute le CEO. La technologie pourrait éviter la reconstruction par implant en silicone et les techniques autologues, plus invasives. Après un essai clinique en cours en Géorgie, l’entreprise en a démarré un en France. Au total, 50 patientes participeront à ces essais. « Nous souhaitons améliorer la qualité de vie durant le parcours de reconstruction et après, l’idée étant qu’il n’y ait plus de ressenti de la présence d’implants ni de complications liées », ajoute Julien Payen.

Une solution de reconstruction de la peau

Avec la même technologie, Lattice medical travaille sur « Rodin » pour réparer l’hypoderme de la peau de brûlures aux 3e et 4e degrés, suite à un accident de voiture ou à une blessure par balle. L’armée a investi environ 1 M€ pour soutenir son développement. Depuis sa création, Lattice medical a levé 12 M€ en equity et non dilutif. Un tour de table – qui pourrait être bouclé fin 2024 – permettra le marquage CE et la commercialisation de Mattisse en zone Euro, le lancement de l’essai clinique aux USA et une augmentation de la capacité industrielle, l’entreprise disposant de son propre outil de production de 16 imprimantes 3D dans la région lilloise.

DOULEUR

M Doloris a diffusé 6 000 moniteurs de mesure de la douleur dans le monde

Mesurer l’activité du système nerveux autonome dans la réponse à la douleur : c’est la technologie développée par M Doloris et commercialisée dans 70 pays. Leurs moniteurs – qui se connectent sur le patient via des électrodes sur le thorax – sont utilisés par l’anesthésiste réanimateur pour mesurer la douleur ressentie par le patient et adapter la quantité d’anti-douleurs. « Cette personnalisation permet une plus grande stabilité durant l’opération chirurgicale, une utilisation moindre d’anti-douleurs, une diminution des vomissements et moitié moins de douleurs en post-opératoire », énumère le CEO Fabien Pagniez. Les 6 000 moniteurs en utilisation se destinent à trois types de patients : à partir de deux ans, aux nouveau-nés et aux animaux. Six grandes sociétés qui fournissent des moniteurs de paramètres vitaux dans les blocs ont intégré la technologie de M Doloris. L’entreprise développe actuellement un bracelet connecté (mise sur le marché prévue en 2024) destiné à mesurer le confort du patient en fin de vie. « 80% des patients perdent leur faculté à s’exprimer dans leurs dernières semaines. Cela s’adresse aussi aux personnes autistes, polyhandicapées, qui ont des troubles cognitifs graves », ajoute le CEO. Enfin, pour compléter son dispositif initial, M Doloris travaille sur « le premier système de délivrance automatique de drogues antidouleurs au monde ». Depuis sa création en 2010, M Doloris (26 salariés) a déjà investi 26 M€.

 

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