L’« Inflation Reduction Act (IRA) » de l’administration Biden vient-il de sonner la fin de la naïveté européenne ? Nous sommes en droit de nous poser la question quand on voit le président Macron venir interpeller son homologue états-unien jusque sur ses terres ou encore Ursula von der Leyen vouloir clarifier les aides d’état européennes. Il y a bien quelque chose de différent… au Berlaimont. Jusqu’à présent et depuis des lustres, les Commissions Européennes se sont succédé sans parvenir à mettre en place les conditions capables de booster positivement l’industrie européenne au motif d’une non-distorsion de la concurrence dans un monde régi par les accords de la mondialisation. La présidente de la Commission veut sans doute faire bouger les lignes. Elle fait aujourd’hui un pas supplémentaire en direction du financement européen d’une politique industrielle commune et peut-être même « d’un fonds européen de souveraineté pour les projets industriels » dixit le commissaire européen Thierry Breton. L’attitude protectionniste de l’administration américaine a éveillé les consciences. Cependant, elle n’est pas en soi une nouveauté, puisque depuis bien longtemps, nous savions que les USA, chantres d’un libéralisme triomphant hors de leurs frontières, prônaient en interne un accompagnement très actif de leurs entreprises. L’IRA, la crise sanitaire, la Chine empêtrée dans sa politique « zéro COVID », la guerre aux marches de l’Europe, tous ces changements profonds de la « géopolitique économique » rebattent les cartes. L’Europe est une reine nue plus que jamais en panne industriellement, énergétiquement et tirant à hue et à dia sur bien des dossiers. La Commission Européenne enfin consciente de ses potentiels souhaite désormais placer sa voix dans le concert des Nations ? Voilà qui est salutaire. Mais n’est-il pas trop tard ? En toute humilité, le volume des mesures états-uniennes dépasse notre pauvre entendement européen. Le pays du stars and stripes aligne 369 milliards de dollars pour les industries vertes et 64 milliards pour la protection sociale. Cela ne se fait pas sans heurts car des voix s’élèvent déjà pour déplorer la tournure sociale des choix opérés qui, tout en se préoccupant des programmes de santé des plus défavorisés (Medicare et Medicaid) ce qui est louable, accroît la pression tarifaire sur les classes moyennes déjà fortement impactées par ailleurs. La loi a aussi ses effets pervers. Bien des voix dont celle du CEO d’Amgen n’ont pas manqué de la dénoncer comme destructrice d’innovation, peut-être avec raison.
La fin de la naïveté Européenne ?
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