Créée en 2020, Lauxera Capital Partners annonce déjà le lancement de son deuxième fonds d’innovation de croissance en healthtech avec un premier closing de 300 M€, trois fois supérieur au montant initial de son premier fonds.
Avec toujours un coup d’avance, la jeune société de gestion healthtech dévoile le premier closing de 300 M€ de son deuxième fonds, qui visera un montant final de 400 M€, d’ici juin 2025. « C’est une dotation supérieure à notre premier fonds, lui-même bouclé à hauteur de 260 M€ après un closing initial de 100 M€ en janvier 2021 : c’est donc un signal très positif dans un marché actuellement compliqué », se félicite l’un des trois cofondateurs de Lauxera Capital Partners, Samuel Levy.
Plus de 40 % de croissance du portefeuille
Malgré des conditions de lancement fortement perturbées par la crise du Covid – avec l’annonce du confinement en France le jour même du lancement de son premier fonds ! –, les encours de Lauxera Growth I avaient en effet déjà largement dépassé les objectifs de ses trois cofondateurs, en faisant plus que doubler en moins d’un an. Un succès soutenu par des performances au diapason. « Les 12 participations qui composent le portefeuille de notre fonds 1 (voir encadré pages 6 et 7, Ndlr) ont réalisé une croissance moyenne de plus de 40 % de leur chiffre d’affaires à mi-2024, par rapport à l’année précédente », souligne Samuel Levy.
Une dynamique que le gérant d’actifs basé à Paris et San Francisco entend bien reproduire avec son deuxième fonds, en conservant la recette du premier. « Nous visons entre 12 et 15 participations comme sur le fonds 1, mais avec des tickets plus élevés, compris entre 20 et 50 M€, précise Pierre Moustial, membre du trio fondateur. Nous continuerons à ne cibler que des entreprises de l’univers des healthtechs européennes de croissance, qui génèrent donc déjà du chiffre d’affaires, ne présentent pas de risque clinique ou réglementaire, et disposent d’un fort potentiel de développement commercial, en particulier sur le marché américain. »
Modèle transatlantique
Renforcé par le succès de Lauxera Growth I, Lauxera n’entend ainsi pas dévier de sa thèse consistant à créer des champions mondiaux grâce à l’implantation de ses pépites aux États-Unis, le premier marché mondial de la santé. Une stratégie éprouvée par Pierre Moustial en tant que CEO d’Urgo et de Fournier Pharma, et partagée par ses deux associés américains Samuel Levy et Alex Slack. « La bonne performance de notre portefeuille, dont 60 % du chiffre d’affaires est réalisé aux États-Unis, confirme le bien-fondé de notre modèle transatlantique appliqué au secteur extrêmement dynamique de l’innovation européenne dans les technologies médicales, martèle l’ancien dirigeant. En effet, alors qu’il y a en Europe trois fois plus d’innovation en technologies médicales qu’aux États-Unis, les entreprises européennes disposent de neuf fois moins de financement qu’aux USA. Il y a donc une opportunité très importante pour elles, entre le venture capital et le LBO. »
Pour réussir ce « scale-up commercial » décisif, Lauxera dispose d’un solide réseau lui permettant de mettre en place des équipes « world-class », à l’image des recrutements, l’année dernière, d’un management complet de premier plan – CFO, supply-chain, R&D, réglementaire – pour le spécialiste anglais de la transplantation d’organes OrganOx, par exemple.
Tout début 2025, la première participation de Lauxera Growth II concernera cette fois une medtech allemande spécialisée dans la chirurgie en forte croissance, qui souhaite imposer sa technologie sur le sol américain. D’autres annonces, au rythme de 2 à 3 investissements par an, devraient suivre dans les mois qui viennent avec des sociétés françaises ou scandinaves.
Pierre Havez
Lauxera Capital Partners : Équipe insights
La société de gestion franco-américaine trace sa voie grâce à son positionnement unique et au solide équilibre entre les profils financiers et opérationnels de ses cinq associés. Une alchimie à la fois humaine et entrepreneuriale.
Pierre Moustial, l’entrepreneur aux multiples vies

L’aîné des associés de la jeune société de gestion a déjà connu plusieurs vies industrielles avant de créer Lauxera Capital Partners avec ses associés américains Samuel Levy et Alex Slack. Entrepreneur, mais surtout développeur, il fait croître Fournier Pharma aux États-Unis avant de piloter sa cession à Solvay pour 1,3 Md€, puis transforme Urgo en un géant du traitement des plaies, démultipliant son chiffre d’affaires de 30 à 700 M€ grâce notamment à 25 acquisitions externes en dix ans. « Alors que dans la plupart des fonds, des financiers mobilisent des “operating partners”, nos équipes font intervenir un duo composé des deux dimensions, financière et opérationnelle, lors de chaque deal », met en avant le dirigeant.
Convaincu que l’avenir de la filière appartient aux acteurs spécialisés, l’ancien patron d’Urgo cultive les singularités – développement transatlantique et cibles de croissance – de Lauxera. « Je suis très fier du développement d’une société comme Verdot, qui vend désormais ses équipements de bioproduction conçus dans le Puy-de-Dôme à tous les grands groupes pharma américains, sourit l’Auvergnat d’origine. Mais je suis aussi très touché par les succès de pépites comme Natural Cycles, dans la santé des femmes, ou OrganOx, pour les transplantations d’organes, qui apportent des bénéfices concrets pour les patients et sauvent des vies. » La tête déjà tournée vers le troisième fonds de Lauxera, le cofondateur espère ainsi bâtir « un fonds de qualité mondial dans la healthtech ». Quitte, un jour, à s’attaquer à de nouvelles zones géographiques.
Victor Decrion, la caution financière

Recruté il y a un an et demi, le dernier arrivé parmi les partners de l’équipe n’a pas hésité à quitter la branche dédiée au private equity du géant Rothschild & Co, dont il a contribué à faire passer les actifs sous gestion de 200 M€ à 22 Md€ en 15 ans, pour rejoindre l’ambitieux petit Poucet de l’investissement en healthtech. Spécialisé en santé depuis 2012 au sein de Five Arrows – dont les fonds ont investi dans les pharmacies Lafayette, Menix, Prospitalia ou The Binding Site – il apporte en particulier à l’équipe de Lauxera sa solide expertise financière. « Pour réussir le scale-up commercial indispensable aux succès de nos ETI européennes, je crois en la spécialisation des fonds thématiques comme Lauxera, en termes de sourcing, de compréhension de l’activité et de vision stratégique », explique-t-il.
Pour réussir cette croissance, Victor Decrion se concentre sur le « product market fit » (adéquation produit-marché) de ses cibles, dans des domaines aussi variés que les logiciels pour transport sanitaire (comme Synovo Group cette année) ou les réactifs pour les thérapies cellulaires contre Parkinson ou le diabète (BioLamina, en 2023). « Je regarde les questions de prix et de financement de l’innovation au travers de mon expérience des problématiques d’efficacité des systèmes de santé et des réseaux de soins », résume-t-il. Une approche analytique de dérisking qu’il applique aussi à de nouveaux secteurs, comme les dispositifs médicaux ou la pharmatech (logiciels et IA en R&D, en pharmacovigilance ou dans les essais cliniques).
Edoardo Fracchia, le pharmacien contrarié

Italien d’origine, Edoardo Fracchia débute ses études de pharmacie à Turin avant de bifurquer, par manque de perspectives en recherche dans son pays, vers l’investissement chez IdInvest, BlackFin Capital, puis Eurazeo. Toujours passionné par le secteur de la santé, il se spécialise pourtant d’abord dans les services financiers et les logiciels. « C’est seulement chez Eurazeo que j’ai commencé à investir dans le secteur de la santé. Mais au sein des fonds spécialisés sur les deals de grande taille, comme chez Eurazeo, beaucoup de cibles healthtech s’avéraient trop petites et devaient être laissées de côté, malgré leurs promesses… », regrette-t-il. Approché par les trois cofondateurs de Lauxera, ce spécialiste du capital-investissement européen rejoint alors l’aventure, séduit par l’opportunité de renouer avec son domaine de prédilection.
En plein Covid, sans bureaux physiques et par visios interposées, il participe aux premiers pas de la nouvelle société de gestion, apportant à l’équipe ses compétences en capital-développement et en structuration, ainsi que sa connaissance du secteur des logiciels (6 opérations sur 12 dans le premier fonds de Lauxera). « J’ai contribué aux participations dans Ospi (logiciels pour les hôpitaux) ou encore dans l’Auvergnat Verdot (bioprocessing). Mais je m’intéresse aussi aux domaines de la génomique, de l’ophtalmologie ou de la médecine personnalisée », ajoute cet insatiable curieux, qui finalise actuellement le premier investissement du deuxième fonds de Lauxera, « notre plus gros chèque en equity ! », dans un spécialiste allemand des dispositifs médicaux.
Samuel Levy, l’entrepreneur franco-américain

Diplômé de biochimie et de biophysique à Yale, puis passé par l’Institut Pasteur en France, Samuel Levy rêvait de devenir oncologue en intégrant Harvard. Mais c’était sans compter sur son esprit d’entreprendre : au cours de sa deuxième année de médecine, il crée sa propre entreprise de dispositifs médicaux d’aide à la perte de poids, Allurion Technologies, qui sera cotée au Nasdaq et valorisée jusqu’à 500 M$. C’est au début des années 2010 qu’il s’installe en France pour développer son entreprise, se marie avec une Française, prend la double nationalité et rencontre Pierre Moustial avec qui il rédige un Livre Blanc sur la compétitivité des champions de la Tech en France, pour Bpifrance. Cette expérience fait entrevoir au duo des lacunes de financement dans le segment des entreprises de croissance (Growth). « C’est pour combler ce manque que nous avons créé Lauxera avec Alex et Pierre », résume l’associé-fondateur. « Nous pensons que l’avenir de l’industrie du private equity appartient aux spécialistes, capables de connaître leurs sous-secteurs pour dégager suffisamment d’opportunités et de convictions d’investissement, contrairement aux généralistes. »
Avec son expérience d’entrepreneur, Samuel Levy s’intéresse particulièrement au secteur des dispositifs médicaux (produits et logiciels), à l’image de sa participation minoritaire récente (55 M$) dans le Suédois Natural Cycles, dont le logiciel de suivi de la fertilité et de la contraception sur abonnement génère déjà plus de 60 M€ de revenus récurrents annuels auprès de 500 000 clientes. « Mais nous nous intéressons beaucoup aux réactifs et aux consommables qui interviennent dans la fabrication de produits pharmaceutiques et biologiques, ainsi qu’aux logiciels (R&D, réglementaire, etc.) qui servent l’industrie pharma », ajoute-t-il.
Alex Slack, le chaînon américain

Basé à San Francisco, Alex Slack est un maillon essentiel dans la stratégie de Lauxera, qui vise à développer les biotechs européennes en accélérant leur implantation commerciale sur le marché américain. C’est chez McKinsey, au début de sa carrière, que ce diplômé d’Harvard se lie avec Samuel Levy, qui l’approchera dix ans plus tard pour cofonder Lauxera Capital Partners. « C’était une opportunité unique de travailler avec Samuel et Pierre, et, en tant qu’investisseur, de devenir entrepreneur à mon tour », sourit-il.
Après une décennie à investir dans la santé, d’abord chez Maverick Capital, puis chez Jackson Square Partners, l’Américain apporte sa fine connaissance des besoins des grands groupes pharmaceutiques et sa vision panoramique « pioches et piolets » du marché. « Je me concentre beaucoup sur les outils et services qui favorisent la recherche et la fabrication de nouveaux médicaments, à l’image de notre investissement de 17 M€, mi-2023, dans le Suédois BioLamina, dont les réactifs permettent de produire des cellules souches utilisées dans les thérapies cellulaires contre Parkinson ou le diabète, illustre-t-il. Dans tous les cas, il faut que les innovations répondent à des besoins cliniques cohérents, solides et visibles sur le long terme. » Outre ce poste de vigie, Alex Slack assure également, depuis San Francisco, un rôle majeur de coordination (partenariats, recrutements, etc.) avec l’écosystème américain.
Pierre Havez




