Avec un paiement initial de 1,65 Md$ à Zealand Pharma, Roche poursuit une entrée déjà remarquée dans le domaine des traitements contre l’obésité. Avec cette somme, le laboratoire suisse s’assure le droit de co-développer et de co-commercialiser le petrelintide, sujet de toutes les attentions depuis septembre dernier. Mais Roche était prêt à faire monter les enchères, ce qu’il a fait, puisque Zealand recevra 1,2 Md$ au démarrage de l’essai de phase III et jusqu’à 2,4 Mds$ en paiements basés sur les ventes.Nous sommes bien loin des 2,7 Mds$ engagés par Roche pour l’acquisition de Carmot Therapeutics, de ses agonistes injectables des récepteurs GLP-1/GIP et de son médicament oral à base de GLP-1. Même AbbVie est dépassée avec son offre de 2,2 Mds$ (350 M$ d’upfront + 1,87 Md$ en milestones) pour acquérir le GUBamy ou GUB014295 de la firme danoise Gubra. Là encore, il s’agit d’un analogue de l’amyline à action prolongée, administré une fois par semaine.Ces chiffres donnent le vertige, mais l’engouement pour ces anorexigènes ou autres coupe-faims est mondial et justifie de tels montants. L’industrie pharmaceutique a certes été surprise par le succès des molécules de Novo Nordisk, mais si Eli Lilly fut la première à réagir et à menacer le monopole de la firme danoise, aujourd’hui, tout le monde veut sa place sur ce marché.La stratégie de Roche pour rattraper son « retard » apparaît pertinente. Tout d’abord, une approche plus «traditionnelle», avec les produits rachetés chez Carmot, concurrençant directement les Wegovy et autres Mounjaro, sans pour autant se positionner comme un «best-in-class». Ensuite, une innovation suffisamment différenciée pour combler un certain nombre de besoins médicaux du domaine.En effet, les agonistes GLP-1RA sont souvent associés à des effets secondaires gastro-intestinaux (constipation, nausées, vomissements…), et les taux d’observance varient considérablement : 30 % des patients abandonnent le traitement dans le mois, et jusqu’à 70 % dans l’année. C’est pourquoi le petrelintide de Zealand Pharma pourrait bien apporter une solution à ces problèmes. Cet analogue de l’amyline acylé (conçu pour prolonger son action) induit une perte de poids moyenne conséquente (de 15 % à 20 % avec préservation de la masse maigre), réduit la prise alimentaire par un mécanisme non incrétine qui augmente la satiété et rétablit la sensibilité à la leptine, avec une tolérance gastro-intestinale nettement améliorée.Enfin, voici le petrelintide paré de toutes ses qualités pour venir concurrencer, sur les terres de Novo Nordisk et Eli Lilly, respectivement l’amycrétine et le rétatrutide, la prochaine génération de traitements contre l’obésité aux données encore un peu «décevantes».Avec un marché mondial estimé à 50 Mds$ en 2024 et potentiellement 200 Mds$ en 2031, on comprend que les ambitions soient aiguisées.





