Après 2 années en berne, les opérations de fusions-acquisitions dans la santé reprennent. La chute des valorisations boursières créent des opportunités pour les industriels comme pour les investisseurs financiers. On l’a vu la semaine dernière avec l’OPA à 1,2 Md$ lancée au Nasdaq par le fonds ArchiMed sur la medtech américaine Natus Medical. Lundi c’est un deal à 44,5 M$ que signait Erytech Pharma en vendant son usine de bioproduction aux Etats-Unis à Catalent. Malgré le contexte géopolitique incertain, la dynamique demeure. L’activité de la banque d’affaires Bryan Garnier qui a participé à 6 transactions* dans la Healthtech au 1er trimestre pour lever 315 M€, le confirme. Son associé, Hervé Ronin nous livre sa vision du marché.
BiotechFinances : L’année démarre fort pour Bryan Garnier dans la Healthtech, comment expliquez-vous tous ces deals ?
Hervé Ronin : D’abord les investisseurs dans la santé regorgent de liquidités, notamment les fonds de private equity et les VC. Chez Bryan Garnier, nous avons actuellement une douzaine d’opérations en préparation pour des entreprises heatlhtech. Les besoins financiers pour la recherche médicale assurent un trend constant de transactions au secteur qu’elle que soit la conjoncture économique ou géo-politique. Ensuite, la digitalisation et l’usage de l’intelligence artificielle dans l’imagerie et les technologies médicales révolutionnent les process de santé publique, notamment hospitaliers. Ceci est source d’amélioration pour le patient et de productivité pour le système.
BF : 10 à 20% des biotechs sur Euronext sont moins bien valorisées que leur trésorerie, représentent-elles des opportunités d’acquisitions ?
Hervé Ronin : La majorité sont des petites entreprises qui se traitent effectivement sous leur niveau de trésorerie. Sauf qu’il ne s’agit pas de cash disponible qui pourrait revenir aux actionnaires mais de fonds qui vont être rapidement brulés par la R&D. Leur niveau de valorisation reflète juste les difficultés que ces entreprises vont connaître pour se refinancer à très court terme et qu’anticipe le marché. Dans ce contexte effectivement elles peuvent être poussées vers une cession.
BF : Vous venez de réaliser l’introduction d’Aelis, comment trouver des actionnaires en pleine correction boursière ?
Hervé Ronin : Avec de bons dossiers ! L’appétit pour le risque des investisseurs est actuellement limité voire inexistant. Ils préfèrent se concentrer sur des valeurs qu’ils connaissent plutôt que de s’aventurer sur des biotechs et medtechs. Du coup cela prend plus de temps et nécessite davantage de travail mais on parvient tout de même à trouver une audience en sollicitant des investisseurs spécialisés quand les projets en valent la peine. Il est vrai néanmoins que les mauvaises conditions de marché ont retardé nombre d’opérations ce semestre.
BF : Quelles sont les perspectives pour le reste de l’année ?
Hervé Ronin : Le marché espère et table sur une résolution du conflit ukrainien avant l’été. Raison pour laquelle les indices boursiers se sont stabilisés et ont effacé leurs pertes revenant aux niveaux précédents les hostilités. Les séances restent bien sûr volatiles et l’incertitude demeure. Nous avons espéré qu’une fenêtre boursière s’ouvrirait avant l’été mais désormais les opérations en préparation dans la healthtech commencent à regarder aussi la rentrée. Encore une fois sous réserve de la résolution du conflit en Ukraine. Ensuite, pour ce secteur moins exposé à la croissance du PIB que d’autres, le risque inflationniste et la remontée des taux seront moins impactants, ce qui pourrait raviver l’intérêt des investisseurs.
*IPO de 25M€ d’Aelis Pharma ; partenariat de BiosanaPharma avec Alvotech ; vente d’AKLIA à Hoppen ; levée de 80 M€ de Pandoa ; investissement de MBO&Co dans Centre de Médecine Nucléaire (CMN) ; placement privé de 40 M€ de Wandercraft.




