Après une belle progression au premier semestre, la croissance des fonds biotechs cotés a marqué un arrêt au troisième trimestre. Les variations dans les anticipations concernant l’évolution des taux d’intérêt et la proximité des élections présidentielles américaines expliquent cette tendance. Un rebond est attendu après cette échéance électorale majeure.
Après avoir bien progressé au premier semestre, les fonds biotechs cotés ont fait du surplace durant le troisième trimestre 2024. Selon les statistiques de Six Financial Information, sur le trimestre, la performance moyenne des fonds commercialisés en France a été de -0,19 %, portant la performance moyenne sur les neuf premiers mois de l’année à 8,69 %. Ce ralentissement s’explique principalement par des facteurs exogènes au secteur. Les données macroéconomiques publiées cet été ont en effet semé le doute sur les marchés financiers quant au calendrier de la banque centrale américaine (Fed) pour la baisse des taux d’intérêt, ce qui a pesé sur les actifs à risque, notamment sur les valeurs biotechs cotées. De plus, les périodes électorales sont souvent propices à une forte volatilité.
Comme chaque trimestre, il existe des différences importantes entre les fonds. Ainsi, le meilleur de la catégorie, à savoir le fonds de Janus Henderson, a progressé de 3,98 % au troisième trimestre et de 18,34 % sur les neuf premiers mois de l’année 2024. Le deuxième, proposé par Franklin Templeton, annonce des gains de 1,67 % sur l’avant-dernier trimestre de l’année et de 14,89 % sur les trois trimestres. À l’inverse, les fonds de JP Morgan Asset Management Europe, de Pictet, de Polar Capital ou encore d’UBS ont généré une performance négative au troisième trimestre 2024. Ces performances disparates s’expliquent par les paris des gérants sur les secteurs et les valeurs. Janus Henderson, par exemple, mise sur les petites et moyennes capitalisations « qui lancent de nouveaux produits pour répondre à des besoins médicaux non satisfaits ou qui disposent d’un pipeline de produits en phase finale très prometteur », relève Andy Acker, gérant spécialisé chez Janus Henderson. Franklin Templeton a, de son côté, renforcé ses investissements dans les petites capitalisations. « À la marge, nous avons accru notre exposition aux petites capitalisations boursières, car c’est là que nous avons trouvé davantage de titres sous-évalués », confirme Evan McCulloch, gérant spécialisé chez Franklin Templeton.
Un rebond des fusions et acquisitions attendu
Pour la fin de l’année, la performance boursière du secteur devrait, selon les gérants, rebondir, car l’environnement macroéconomique devient plus favorable avec la baisse des taux d’intérêt initiée cette année par la banque centrale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE). « Nous nous attendons à ce que le secteur de la biotechnologie génère de bons rendements, car cette partie du secteur de la santé a tendance à mieux se porter lorsque l’environnement macroéconomique est favorable, avec des taux d’intérêt en baisse et une inflation maîtrisée », indique Jessy Coadou, Sales Manager pour l’Europe francophone de DNB Asset Management (AM). Les données historiques plaident en effet en ce sens. « Depuis 1995, le secteur des biotechnologies a généralement surperformé l’indice S&P 500 de 16 % en moyenne au cours des 12 mois qui ont suivi la première baisse de taux », relève Andy Acker. Outre une capacité de financement améliorée pour les entreprises, la diminution des taux d’intérêt devrait favoriser le retour des fusions et acquisitions (M&A). « Nous avons récemment constaté moins d’acquisitions dans cette partie du secteur que ces dernières années, et nous nous attendons à ce que cette tendance s’améliore. Les grandes sociétés pharmaceutiques internationales ont des bilans solides et ont besoin d’étoffer leurs portefeuilles de produits pour maintenir leur croissance », relève Jessy Coadou. Les équipes de Janus Henderson envisagent également un retour des opérations de M&A aux États-Unis. D’après elles, « pendant les années électorales, les transactions biotechnologiques de premier plan en termes de taille ont tendance à se produire plus fréquemment au quatrième trimestre, peut-être parce que l’incertitude politique s’estompe », précise Andy Acker. L’absence de méga-opérations jusqu’à présent laisse penser au gérant que ce schéma pourrait à nouveau se répéter. Les spécialistes n’ont, par ailleurs, pas une opinion tranchée quant aux résultats des élections sur le secteur. Si le prix des médicaments n’est pas au centre des préoccupations des candidats, le résultat pourrait ne pas être neutre. « En cas de victoire des démocrates, nous craignons qu’il y ait des tentatives de fixer les prix des médicaments après approbation. En cas de victoire républicaine, nous n’avons pas une idée précise de ce que la nouvelle administration pourrait proposer », conclut Evan McCulloch. À suivre donc !
Sandra Sebag
Un nouveau fonds biotech accessible en France
Le gestionnaire d’actifs norvégien DNB Asset Management (AM) a annoncé début juillet le lancement en France, mais aussi en Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Autriche et en Suisse, d’un fonds thématique sur la biotech nommé DNB Fund – Biotechnology. Ce fonds est domicilié au Luxembourg. Il s’agit d’un fonds jumeau de celui lancé en Norvège en mai 2020. Il investit dans des sociétés des secteurs pharmaceutiques, biotechnologiques, du diagnostic, des organismes de recherche clinique et de la production de produits pharmaceutiques. L’équipe cherche à identifier l’innovation médicale de pointe là où il y a un grand besoin médical non satisfait et où la technologie peut changer la pratique médicale de l’industrie, comme l’oncologie, l’immunologie et les maladies orphelines. Le fonds biotechnologique est géré par Benedicte Bakke et Rune Sand-Holm, épaulés par l’analyste Anesa Mulabecirovic Sahnoun. Cette équipe gère également le fonds DNB Fund HealthCare, lancé en 2017. DNB AM a indiqué avoir souhaité lancer ce fonds en France en raison de l’intérêt croissant des investisseurs pour le fonds DNB Fund HealthCare qui couvre également le segment des biotechnologies.
Les g2rants spécialisÉs dans la santé affichent des performances en retrait par rapport aux indices
Selon les statistiques de Six Financial Information, sur les trois premiers trimestres, la progression moyenne des fonds commercialisés en France sur le thème de la santé a été de 9,73 %, et sur le troisième trimestre, de 1,44 %. Les indices affichent toutefois des performances supérieures puisque l’indice MSCI Health Care en dollar a progressé de 14,57 % sur la période, et l’indice MSCI Europe Health Care de 15,8 %. Parmi les titres qui ont soutenu la performance de l’indice figurent notamment les spécialistes des produits anti-obésité, à savoir Lilly Ely & Cie, qui représente près de 9 % de l’indice MSCI Health Care, et Novo Nordisk, qui entre pour 20,56 % de l’indice MSCI Europe Health Care. Or, la société américaine a gagné plus de 55 % depuis le début de l’année au 21 octobre, et la société danoise 15,82 %. Les gérants pourraient donc être sous-exposés à ces titres. Rappelons enfin que, bien que la performance du secteur de la santé ait rattrapé une partie de son retard, flagrant en 2023 par rapport aux actions mondiales, il continue à légèrement sous-performer en 2024.





