Après une première partie d’année durant laquelle ils avaient engrangé des performances très négatives, ils ont réussi à bénéficier de la reprise du secteur. Celle-ci devrait, selon les spécialistes, se confirmer en 2023.
Après un premier semestre 2022 particulièrement difficile, les fonds biotechs investis sur des valeurs cotées ont limité leurs pertes en seconde partie d’année. Au premier semestre 2022, l’indice représentatif de ces valeurs, à savoir l’indice américain Nasdaq Biotechnology, avait en effet corrigé de 13% sur les 6 premiers mois de l’année. Les pertes étant encore plus importantes sur les fonds accessibles à la commercialisation en France. Selon le fournisseur de données Six Financial Information, ces derniers avaient délivré une performance moyenne négative de -18,04% sur la période. Ils ont pourtant fini l’année avec une performance moyenne, certes négative, mais de seulement -5% (cf. tableau Fonds Biotechs) -. Les trois meilleurs fonds de la catégorie sont même parvenus à générer une performance positive en 2022. Elle ressort par exemple à 4,61% pour le premier d’entre eux à savoir le fonds biotechnologie de Candriam. Mais le rétablissement des performances est flagrant pour l’ensemble des fonds de la catégorie. « Notre fonds biotech a délivré une performance de 14% au deuxième semestre contre 2% sur la période pour l’indice actions monde à savoir le MSCI World », se félicite Hervé Thiard, directeur général de Pictet Asset Management France. De son côté, le Nasdaq Biotechnology a fortement rebondi depuis le deuxième semestre 2022. Sur 6 mois (au 25 janvier 2023), la progression de l’indice est de 12,25% ! Et elle est de 3,63% depuis le début de l’année.
Un effet technique
Les explications de cette reprise sont à rechercher d’abord du côté technique. Les valeurs biotechs sont en effet associées aux valeurs technologiques au sens large qui ont subi de fortes corrections liées à la hausse des taux d’intérêt. « Les valeurs technologiques et plus généralement les valeurs de croissance s’estiment en actualisant des flux de profits et de trésorerie futurs et en tenant compte des niveaux des taux d’intérêts. A cela s’ajoute, dans le cas des biotechnologies, un pari sur les résultats d’essais cliniques et d’autorisations de mise sur le marché. Lorsque les taux d’intérêt et les coûts de financement augmentent, ces valeurs perdent mécaniquement de leur attrait », explique Hervé Thiard.

Dans la seconde partie d’année, les politiques mises en place par les Banques centrales aux Etats-Unis et en Europe ont été considérées comme crédibles par les marchés financiers pour vaincre l’inflation. De ce fait, les opérateurs ont commencé à anticiper la fin des hausses de taux d’intérêt. « Un consensus de marché s’est mis en place en fin d’année considérant que le pivot, c’est-à-dire le moment où les taux d’intérêt se retourneront, devrait être atteint durant l’été 2023 », relate Hervé Thiard. Dès lors, les valeurs de croissance dont plus spécifiquement les biotechs seront plus faciles à valoriser et pourraient donc redevenir durablement attractives.
Et cela d’autant plus que celles-ci pourraient bénéficier d’autres facteurs de soutien comme les valorisations. Avec les baisses enregistrées ces derniers mois, ces entreprises sont en effet devenues moins chères. « Les valeurs biotechnologiques ont connu plusieurs années difficiles. Paradoxalement, elles n’ont pas été encouragées lors du covid car les traitements des autres maladies ont été ralenties et les efforts des Etats et des grands groupes pharmaceutiques ont porté sur la recherche de solutions contre cette infection », rappelle Hervé Thiard. Certaines estimations étaient ainsi d’après les spécialistes aberrantes au premier semestre 2022.

Andy Acker, gérant de portefeuille spécialisé dans la santé de Janus Henderson, indique dans une note publiée au mois d’aout 2022 que ses équipes avaient identifié plus de 200 entreprises de biotechnologies qui se négociaient en dessous de la valeur de la trésorerie dans leur bilan ! « Nous avons également identifié beaucoup plus d’entreprises dont la valeur de leur pipeline de médicaments était estimée à zéro, voire était négative », avait-il poursuivi. Ce type de situation n’a pas vocation à durer.
Des tests positifs
Ensuite, les bonnes nouvelles devraient se multiplier. Les essais cliniques ont en effet été ralentis, ainsi que par association, les autorisations de mise sur le marché depuis le covid, mais cela pourrait changer. La FDA (autorité américaine) a délivré seulement 37 autorisations en 2022, mais le rythme devrait augmenter et retrouver son niveau d’avant covid, c’est-à-dire autour d’une cinquantaine d’approbations par an. De même, de nombreuses sociétés ont rencontré récemment des succès cliniques de phase III. « Moderna associée à Merck a obtenu des succès très prometteurs dans le mélanome, Madrigal a publié des tests positifs sur la cirrhose du foie et Biomarin sur la thérapie générique de l’hémophilie », énumère par exemple Hervé Thiard.
Enfin, aux Etats-Unis la loi Inflation Reduction Act (IRA) modifie la tarification des médicaments. Pour Andy Acker, « elle élimine une vraie source d’incertitudes qui pénalisait le secteur de la santé depuis plus de six ans. D’après nous, ce texte de loi est meilleur que prévu, avec par exemple une réduction du reste à charge pour les seniors et une renégociation des prix des médicaments uniquement après une période prolongée sur le marché », explique-t-il. Ce texte devrait ainsi profiter plus largement au secteur de la santé.
Toutes ces évolutions positives devraient se traduire selon les spécialistes par un regain dans les fusions et acquisitions qui devraient aussi soutenir les cours du secteur des biotechnologies, pour peu qu’en parallèle, le flux de nouvelles positives s’intensifie.
Sandra Sebag






