(BiotechFinances n°993 lundi 4 juillet 2022) Dans un rapport récemment publié, intitulé « State of the Cloud 2022 », le fonds de capital-risque Bessemer Venture Partners (BVP) s’attaque à l’une des vaches sacrées du capital risque, le concept de licorne. Et le fonds de déboulonner la statue devant laquelle tout le monde y allait de sa génuflexion, même les hommes politiques (souvenons-nous d’Emmanuel Macron se glorifiant de la 27e licorne française). Pour ceux qui ne sont pas familiers avec ces concepts : une licorne est une startup non cotée en bourse, ni filiale d’un grand groupe, valorisé à 1 milliard de dollars avec ou sans chiffre d’affaires. Durant les années 2010, être traité de licorne était une preuve de réussite et de reconnaissance par l’industrie du capital-risque, mais aussi de rareté. Toutefois, depuis quelques années, le nombre des licornes s’étant gonflé de manière que d’aucuns pourraient qualifier d’anarchique, BVP s’est posé la question d’une nouvelle métrique qui puisse rendre compte de la création de valeur dans le monde réel économique. En intégrant la notion de chiffre d’affaires récurrent dans les schémas de valorisation appliqués aux sociétés du Cloud, BVP introduit un nouvel animal mythologique cette fois, le centaure. Certes, la mythologie est apparemment présente dans l’imaginaire de nos capital-risqueurs mais le choix du centaure n’est peut-être pas si anodin. En effet, le plus célèbre d’entre eux, Chiron, mi-homme, mi-cheval, était chargé de former les jeunes héros. Immortel, sa sagesse subjugua Achille et autres Jason. Aussi le message subliminal derrière ce choix du centaure marque-t-il plus la durée et la construction d’une identité et d’une continuité bien différentes de la perception de la licorne. Car cet animal légendaire et controversé pour lequel les descriptions et les représentations semblent n’avoir qu’un seul trait commun : l’existence d’une corne unique était plutôt source de mystère et d’ésotérisme. La licorne n’était probablement pas une bonne image pour des startup. De fait, le choix du centaure avec son CA récurrent de 100 millions de dollars s’inscrit parfaitement dans notre nouveau monde post-covid, entaché d’inflation et où l’argent n’est plus aussi « facile ».Cela pourrait indiquer une nouvelle évolution du monde des capitaux risqueurs. L’arrivée de certains fonds de Private Equity pourrait marquer cette évolution. En effet, ces fonds ont certes des poches profondes mais leur culture est très souvent différente de celle des fonds de capital-risque. Au passage, rappelons-nous encore qu’il y a quelques années avaient émergé dans notre zoo, les zèbres, ces entreprises qui combinent modèle commercial durable et impact sociétal positif. Encore un emprunt au monde animal.
LICORNES CONTRE ZEBRES, CONTRE CENTAURES …
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