Après avoir scruté pas moins de 45 millions d’articles et 3,9 millions de brevets, la conclusion de Park, Leahey et Funk, trois chercheurs en sociologie de l’innovation scientifique est que « les articles scientifiques et les brevets deviennent de moins en moins disruptifs ». Ainsi l’article de Nature, qui fait suite à un précédent opus paru en 2021 dans arXiv sous le titre : « The decline of disruptive science and technology », interroge la production scientifique au-delà de l’innovation scientifique, sur la quantité et la qualité des articles. Toujours selon les auteurs, le phénomène semble se dérouler en deux phases avec des baisses importantes jusqu’en 1970 et plus lentes dans les années suivantes. Faut-il y voir l’effet du Bayh-Dole Act qui date de 1980 ? A étudier. Il semble que le nombre de « productions perturbantes » (articles et brevets) demeure constant au fil du temps et ce, malgré une forte augmentation du nombre d’articles publiés. En outre, les auteurs constatent un rétrécissement des champs de recherche et donc de la découverte, sans avoir comme corollaire une vision plus englobante des disciplines. On a d’ailleurs vu se multiplier le nombre de revues scientifiques et leurs thèmes, avec une spécialisation parfois outrancière. Une tendance confortée au sein de la presse scientifique par une transformation de son business model, eu égard aux enjeux importants portés par les opérations de consolidations ou l’arrivée de nouveaux acteurs comme les fonds de private equity. Certains passéistes se lamenteront du bon vieux temps où les chercheurs étaient des « vrais défricheurs de terre vierge », d’autres encore plus pragmatiques regretteront que les moyens mis dans la recherche ne soient plus à la hauteur des enjeux. Le constat est amer car les auteurs signalent aussi que les champs de la découverte se rétrécissent, avec l’explosion d’hypers spécialistes de microdomaines. Mais dans le même temps, une étude publiée sur le JAMA Network Open donne une vision quelque peu paradoxale des tendances observées de l’utilisation du langage promotionnel dans les demandes de subvention retenues par les National Institutes of Health entre 1985 et 2020. Millar, Batalo et Budgell, les auteurs constatent que l’usage de plus en plus étendu d’adjectifs « ronflants » tels que « nouveau, critique, clé », l’augmentation des formulations positives et négatives parfois hyperboliques. Une situation qui ne découlerait que de la raréfaction des fonds alloués à la recherche alors que les équipes en demande ne cessent de croître. Il s’agit pour celles-ci de se démarquer des travaux dont le caractère innovant semble lui aussi s’éloigner. Le propos a de quoi choquer mais ne sommes-nous pas face à un cercle plus du tout vertueux où l’habillage ronflant de certains travaux moins innovants va aller crescendo ?
« LOW HANGING FRUITS » OU LES BRANCHES SONT-ELLES DEVENUES TROP HAUTES ?
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