Depuis plusieurs mois, les grands laboratoires pharmaceutiques sont entrés dans un rallye pour racheter à grands coups de millions, parfois de milliards, des opportunités dans les maladies rares. Parmi les opérations emblématiques, citons pêle-mêle le raid d’Amgen sur Horizon pour 28,3 Mds$ qui coiffa au poteau Sanofi, J&J, ou encore l’acquisition de Biohaven Pharmaceuticals par Pfizer pour la modique somme de 11,6 Mds$. Un peu plus tôt dans l’année Amgen et Pfizer, encore eux, avaient fait leurs courses en s’offrant respectivement ChemoCentryx (3,7 Mds$) et Global Blood Therapeutics (5,4 Mds$). Un intérêt pour les pathologies rares qui touche aussi les laboratoires européens puisque Novo Nordisk s’est porté acquéreur de Forma Therapeutics, Chiesi a intégré Amryt Pharma, ou encore Ipsen, qui après avoir absorbé Clementia Pharmaceutical, a racheté Albireo. Il semble donc que les maladies rares soient bien au programme de développement des grands laboratoires qui poursuivent leur bascule du blockbuster au nichebuster. Tout cela est bien compréhensible car malgré le nombre restreint de patients, les espérances de gain sont bien souvent importantes, grâce notamment aux statuts dérogatoires liés à ces médicaments dit « orphelins », qui permettent une inflation des prix demandés et souvent obtenus. Le triptyque : soutien public, découvertes scientifiques/startups, spéculation, est bien à l’origine de ce prochain vecteur de croissance du marché pharmaceutique. D’ailleurs, en s’appuyant sur le principe du « value-based pricing », l’industrie pharmaceutique surfe sur l’absence des thérapies, souvent issue de choix stratégiques des années 90 et sur l’apport d’innovations aux valeurs thérapeutiques essentielles parfois à la survie des patients et donc inestimables. Cette stratégie de tarification, en fonction de la valeur perçue ou estimée, fait certes le bonheur des actionnaires mais terrorise les systèmes de santé à travers le monde, les poussant même à réclamer une abrogation du statut de médicament orphelin. N’a-t-on pas vu des thérapies géniques dépassant le million d’euros ? Est-ce un nouvel avatar de cette même financiarisation des big pharmas qui les avait conduites au début des années 2000, à se focaliser sur le marketing au détriment de la recherche avec le soutien des actionnaires qui avaient et, semble-t-il, ont toujours le regard fixé sur la ligne bleue du dividende. Peut-être y gagnerons-nous une certaine forme de transparence dans la constitution du prix des médicaments entre coûts exorbitants de R&D et négociations au plus haut niveau. Cette formation du prix oublie trop souvent l’apport de la puissance publique (laboratoires publics à l’origine de la recherche, financement public des startups assurant le développement initial et précoce, statut dérogatoire…), ce qui permet dans la majorité des cas d’augmenter le profit et permettra de racheter de nouvelles sociétés avec de brillantes idées et/ou des produits innovants.
MALADIES RARES : ET TOURNE LE CYCLE PHARMACEUTICO-BIOTECHNOLOGIQUE
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