La biotech spécialisée dans la sécurisation des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) prévoit de nouvelles opérations majeures et vise une levée de fonds d’ampleur à la mi-2025.
Claude-Alain Cudennec et Eric Thierry ont eu du nez, il y a un peu plus de deux ans, lorsqu’ils ont cofondé leur biotech, baptisée MITEM Pharma, en référence aux MITM, les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur. Ils ont senti l’extrême fragilité de ces médicaments très spécifiques, passés dans le domaine public, et pour lesquels une interruption de traitement peut mettre en jeu la survie des patients atteints de maladies héréditaires ou rares. “Les grands laboratoires mobilisent toute leur énergie – et leurs financements – sur les innovations à fort potentiel de rentabilité. Ce qui est normal, au vu de l’univers ultra-concurrentiel du secteur pharmaceutique. Le problème, c’est que cette stratégie s’opère au détriment d’autres produits qu’ils ont en portefeuille, qui datent parfois de quelques dizaines d’années et qui sont moins rentables, soit parce qu’ils ne sont plus assez chers, soit parce qu’ils s’adressent à un trop petit marché”, explique Claude-Alain Cudennec, le CEO de MITEM Pharma. Au bout du compte, ces médicaments se retrouvent de plus en plus en rupture de stock, s’ils n’ont pas carrément disparu de la circulation.
“C’est précisément pour sécuriser la prise en charge des patients que nous avons créé MITEM Pharma”, expose Eric Thierry, COO de la biotech basée à Massy dans l’Essonne. “En collaboration avec des médecins partenaires et les associations de malades, on identifie les MITMs délaissés et soit on les revalorise et on les relance, via des acquisitions auprès de grands groupes, soit on en développe de nouveaux« , poursuit-il. Durant ces deux dernières années, MITEM Pharma a obtenu son statut de laboratoire pharmaceutique, a acquis un produit pour traiter le psoriasis, et a développé trois médicaments, dont deux en endocrinologie – un domaine où les maladies sont souvent graves et rares – et un dans la cardiologie d’urgence : le propranolol, très connu mais pourtant quasiment inexistant en Europe, sous forme injectable.
Achat mondial du Desferal de Novartis
Et puis, cette semaine, la biotech a annoncé un rachat d’ampleur : le Desferal, auprès du géant suisse Novartis, qui figure sur la liste des médicaments essentiels publiée par l’OMS. Ce médicament injectable, pour lequel il n’existe pas d’alternatives thérapeutiques avancées sous cette forme, est particulièrement indiqué en cas de surcharge en ions métalliques, notamment à la suite de transfusions sanguines nécessaires au traitement de la bêta-thalassémie, qui touche 10 personnes par million d’habitants, et de la drépanocytose, qui concerne 50 millions de personnes dans le monde, et 310 000 naissances par an.
“Cette acquisition représente un véritable bond en avant pour nous. Alors que nous intervenions déjà dans une quinzaine de pays sur trois continents via nos 4 MITMs en portefeuille, le Desferal, fabriqué en Europe, est commercialisé dans plus de 60 pays, partout dans le monde”, commente Claude-Alain Cudennec qui, dans sa vie d’avant, a notamment fondé le centre d’immunologie Pierre Fabre et participé à la création de France Biotech. “Grâce à cette opération, MITEM va dégager un chiffre d’affaires quasiment doublé, à 25 millions d’euros à la fin de l’année, dont 75 % réalisés à l’international. Notre biotech est ainsi désormais clairement identifiée comme un acteur international majeur dédié aux MITMs”, renchérit Eric Thierry, passé par des fonctions de marketing, de direction des ventes, de direction des opérations et de direction générale de plusieurs pharmas européennes.
50 M€ de financements obtenus, et une nouvelle levée de fonds prévue mi-2025
Côté financements, pour cette acquisition, MITEM Pharma a obtenu le soutien de son partenaire historique TechLife Capital, qui avait d’emblée mobilisé 10 M€ dès la création de la biotech en avril 2022, ainsi que de la MACSF, et des fonds français mezzanine Access Capital Partners et Swen Capital Partners. “Depuis 2022, nous sommes parvenus à mobiliser 50 M€ pour notre développement, dont 30 M€ de la part de TechLife Capital, qui est prêt à doubler la mise dans les années à venir”, confie Claude-Alain Cudennec. “À ce jour, il nous reste une capacité de financement de 20 M€, grâce auxquels nous projetons de réaliser de nouvelles acquisitions majeures. Nous sommes d’ailleurs en discussions avancées pour un achat de médicament auprès d’un groupe international, et un autre auprès d’un acteur européen, dans de nouvelles indications”, complète Eric Thierry. Des annonces sont prévues durant le premier semestre 2025.
“Nous disposons d’une grande profondeur de marché. Rien qu’en France, nous avons déjà identifié 100 MITMs. Notre croissance va désormais être très ambitieuse”, prévient Claude-Alain Cudennec, qui prévoit déjà une nouvelle levée de fonds dès la mi-2025, avec, entre temps, le doublement des effectifs, à 25 personnes, avec des profils spécialistes des affaires réglementaires, de la pharmacovigilance, de la supply chain et des fonctions commerciales. Il faut dire que le timing est parfait pour MITEM Pharma : les ruptures de stocks de médicaments se sont tellement multipliées ces dernières années que les MITMs sont devenus un sujet central en matière de santé publique. Hasard chanceux du calendrier, la veille de son annonce du rachat du Desferal, l’ANSM a lourdement sanctionné 11 labos, pour ne pas avoir constitué un stock de sécurité suffisant de certains MITMs. “Nous allons moins avoir besoin de démarcher les labos. Contraints de s’assurer de l’accessibilité de MITMs dont ils n’ont pas le temps de s’occuper, ce sont eux qui pourront penser à nous, pour négocier leur reprise”, se réjouit d’avance Claude-Alain Cudennec, sensible aux enjeux de souveraineté nationale de pouvoir traiter les patients français et de pouvoir produire sur le territoire national.
Marine Rabreau




