C’est un tour à 104 M€ qui marquera les mémoires. Née à Paris, Noema Pharma, tout juste 4 ans, cumule quelque 154 M€ de levées de fonds entre sa série A de 50 M€ en 2020 et son round B cette semaine, non compris le tour d’amorçage d’environ 5 M€ de 2019. L’entreprise qui cible les maladies graves du système nerveux central est, dans cette nouvelle opération, fortement soutenue par deux co-leads, Jeito Capital et Forbion, qui ont été rejoints par University of Pittsburgh Medical Center Entreprise (UPMC) et un investisseur non dévoilé. A l’exception de BioMed Partners, présent lors du tour A, les historiques Sofinnova Partners, Polaris Partners, Gilde Healthcare et Invus ont tous suivi.
Un scénario rôdé
Prendre des candidats médicaments sur les étagères de Roche et ajouter une équipe best in class qui booste sa propulsion. La recette concoctée à l’origine par Sofinnova Partners qui a fonctionné récemment avec Cincor, cédée pour 1,8 Md€ à AstraZeneca, s’est déroulée quasiment à l’identique avec Neoma. Les similitudes sont flagrantes. Les deux entreprises ont acquis leurs candidats chez la big pharma helvète en 2019. Et les Dg, Marc de Garidel pour Cincor et Luigi Costa Dg pour Noema Pharma ont connu plusieurs succès en relation avec le VC du boulevard Haussmann. Les deux entreprises ont aussi réalisé un tour A de 50 M€ et une série B de 130 M€ (ndr. 134 M€ pour Cincor). En l’état, les comparaisons s’arrêtent là. Il reste donc à Noema Pharma à construire la suite de l’histoire jusqu’à un deal potentiel dépassant le milliard, voire bien plus, pour calquer son chemin sur ceux de Corvidia, de Cincor ou d’Actelion. « Avec Noema, nous n’avons pas inventé un nouveau business modèle mais appliqué ce qui fait le succès de Sofinnova depuis toujours, » nous a confié Antoine Papiernik, président et managing partner de Sofinnova Partner. « C’est d’ailleurs le 4ème spin-off que Sofinnova Partners réalise avec Roche. Le premier a donné naissance à Actelion revendue en 2017 à Johnson & Johnson pour 30 Md$. En tant qu’investisseur de démarrage, nous avons créé une entreprise sur la base d’une science exceptionnelle et d’entrepreneurs dont nous connaissions le talent. Notre volonté a toujours été d’accompagner Noema le plus loin possible ».
Jeito à la timonerie
Jeito Capital qui, avec Forbion, a pris le leadership de ce tour B chez Noema veut aller, lui aussi, vite loin. « Nous sommes au cœur de notre thèse d’investissement, » nous a dit Rafaèle Tordjman, fondatrice et présidente de Jeito Capital.

« Nous intervenons pour la croissance et l’accélération de la société au stade clinique avec un portefeuille de produits dans un domaine où nous n’avons mené qu’un seul investissement avec NMD Pharma qui est dans le système nerveux périphérique alors qu’ici, nous sommes dans le système nerveux central. Au-delà, nous sommes parfaitement en ligne avec notre volonté de développer l’écosystème européen et français qui engage aussi des aspects de souveraineté importants. » À ce jour, Noema Pharma mène plusieurs essais cliniques en phase 2b contre des affections du système nerveux central, notamment les convulsions dans la sclérose tubéreuse complexe, les douleurs intenses liées à la névralgie du trijumeau ainsi que les troubles de la fluidité de la parole chez l’enfant. L’entreprise a récemment finalisé un essai clinique de phase 2a chez des patients adultes atteints du syndrome de Gilles de la Tourette en cours d’extension chez l’adolescent. Dans le cadre de son plan de développement clinique et afin de faire bénéficier plus de patients du potentiel de ses produits, la société prévoit de lancer des essais cliniques pour le traitement de la dépression atypique et les troubles de compulsion alimentaire. Ce financement de 104 millions d’euros devrait lui assurer une visibilité d’environ 2 à 3 ans.
Jacques-Bernard Taste




