(BiotechFinances n° 995 lundi 25 juillet 2022) Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, dispose du budget conséquent du plan France 2030 : 54 milliards d’euros (34 milliards de nouveaux crédits et 20 milliards du PIA4). 3 milliards sont dédiés à la santé. Alors que l’on attend toujours la nomination du président de la future AIS, Biotech Finances a rencontré l’ancien entrepreneur dans le numérique et la robotique sur sa feuille de route, ses ambitions et sa vision pour le SGPI.
BiotechFinances : 3 milliards sont prévus pour la santé au sein du plan France 2030. Comment et sur quels critères seront-ils dépensés ?
Bruno Bonnell : Il y a deux critères essentiels : l’innovation et l’excellence. France 2030 n’est pas un programme guichet, où il suffit d’être éligible et d’obtenir une subvention, c’est un programme d’excellence. 50% de ce plan est consacré aux acteurs émergents, comme les TPE et PME. La méthodologie c’est le projet avant le budget. On a 42 appels à projets actuellement en ligne, dont une dizaine sur la santé : maladies infectieuses et émergentes, nouveaux dispositifs médicaux, construction de la première usine… On a un grand défi sur la bio production. Nous essayons de trouver un équilibre entre les appels à projets déjà établis comme prioritaires nationalement et ceux originaux, qu’il faut spécifiquement construire et qui ont fait l’objet de concertations avec différents centres de recherche. C’est un travail de co-construction avec des comités de suivi régionaux, qui sont sous l’autorité des préfets de région. Nous en avons déjà installé 5. Ils peuvent faire remonter par les préfectures les sujets intéressants ou encourager les acteurs à participer spontanément aux appels à projets et AMI. Ce sont des relais pour aider à identifier et accompagner les sociétés sur le plan territorial grâce aux services déconcentrés de l’État, les CCI, les pôles de compétitivité… Ils réaliseront aussi une forme de contrôle de la qualité de l’entreprise ou du centre de recherche car on ne peut pas tout savoir depuis Paris.
BiotechFinances : Quelle vision souhaitez-vous impulser ?
Bruno Bonnell : L’idée n’est pas de faire un plan jacobin avec des autorités centrales qui décident des priorités sur lesquelles les gens travaillent mais, au contraire, de stimuler l’innovation et d’encourager à proposer des projets, plutôt que d’attendre qu’on réponde à des appels d’offres ou des commandes trop rigides. France 2030 se veut incitatif. On peut prendre des risques en faisant des choix sur des technologies dont on sait qu’elles ne sont pas stabilisées. On veut essayer de développer un encouragement à tout ce qui est innovation de rupture, pour remettre la France en avance. Et nous ne voulons pas tomber dans le travers qui consisterait à concentrer nos efforts sur des acteurs connus mais bien révéler des acteurs émergents dans les territoires.
BiotechFinances : L’objectif de 20 biomédicaments d’ici 2030 est très ambitieux lorsqu’on sait qu’en 17 ans nous ne sommes parvenus qu’à 2 AMM. Quelle sera votre méthode ?
Bruno Bonnell : Nous avons réalisé des recherches sur l’identification des molécules et des médicaments que l’on voudrait faire. Par conséquent, nous avons un gros travail de concertation professionnelle sur la fabrication et sur la formation de spécialistes en bio production. Si on ouvrait tous les projets d’usines de biomédicaments, il manquerait environ 30 000 personnes en France pour opérer ces sites de production. Donc, on travaille sur la formation, on qualifie les dossiers, on fait la coordination avec les services de santé de l’État pour montrer l’importance d’accélérer les processus d’approbation de ces médicaments. On a été capables de le faire pendant la période du covid, il n’y a aucune raison que l’on ne puisse le faire en se mobilisant. 2030 a l’avantage d’être symbolique : c’est le tournant d’une décennie. Les spécialistes ont convergé vers la faisabilité de cet objectif, qui est certes ambitieux mais qui stimule tout l’écosystème.
BiotechFinances : Quid du contrôle des objectifs ? Comment vous assurerez-vous de la bonne tenue de la feuille de route ?
Bruno Bonnell : Nous avons des jurys internationaux et impartiaux, constitués de 3 à 5 spécialistes de secteurs (biotech, dispositifs médicaux…), pour juger de la pertinence des projets puis d’autres pour analyser leur progression. Si un projet ne tient pas ses promesses, on a la possibilité de l’arrêter. On ne peut pas accepter de prendre des risques et ne pas être critique sur le suivi.
BiotechFinances : Justement, en quoi votre profil d’entrepreneur peut vous amener à avoir une approche différente ?
Bruno Bonnell : Mon parcours n’est pas classique mais il a l’avantage de changer les codes. Le budget de 54 milliards d’euros est faramineux mais ne sert à rien si on n’a pas les projets avec des femmes et des hommes capables de les exécuter. Pour avoir été de l’autre côté de la barrière, je veux absolument simplifier les procédures, accélérer l’agilité du SGPI, le moderniser en intégrant plus qu’auparavant du numérique, de l’intelligence artificielle, de l’aide à la décision, de la data visualisation… pour être capable d’avoir une photographie assez fidèle de l’innovation sur le territoire. C’est de chercheurs, territoires, sociétés… inattendus que viennent les plus fortes innovations. En clair, on ne laissera pas passer un deuxième Moderna à travers les mailles du filet de l’innovation française. À moi de mettre en place des dispositifs pour que cela ne se reproduise pas.

