(BIOTECHFINANCES N°944 Lundi 24 mai 2021) Depuis le début de l’année, les biotechs françaises peinent à lever de l’argent. Plusieurs d’entre elles qui avaient démarré des road show en 2020 en vue de leur prochain tour de financement n’y sont pas encore parvenues. Les séries A se font rares et leur montant est souvent limité à quelques millions d’euros bien en deçà des standards européens et des tours américains. Curieusement alors que l’argent afflue depuis un an dans le secteur de la santé en raison de la pandémie, les fonds de capital-risque hexagonaux sont relativement discrets voire absents des dernières opérations de financements. Les biotechs se tournent alors vers des business angels, familly offices et le financement participatif mais pour des montants moins élevés. Conséquence plusieurs start-ups ont requalifié leur opération en amorçage, au regard des faibles sommes collectées. D’autres, vu l’urgence de leur situation financière, ont dû se résoudre à vendre des droits sur leur produits à des acquéreurs étrangers, à un stade bien trop précoce et parfois pour des montants surprenants.
Le early stage en peine, le scale-up en veine
Mais où sont les fonds ? « Plus loin, dans le scale-up ou le cross over », explique le dirigeant d’une banque d’investissement. « L’afflux d’argent dans la santé, a permis aux VC de collecter des sommes importantes, et même de les doubler par rapport à 2018, conséquences les fonds sont contraints de mettre de plus gros tickets d’investissements et d’abandonner les séries A ou B des start-up pour des projets et des entreprises plus matures », avance-t-il. Raison pour laquelle certains d’entre eux, on l’a vu au cours de la période ont pris des participations dans de plus grosses biotechs européennes ou américaines. De même, le plan Tibi et les 6 Mds€ alloués par les assureurs et autres grands institutionnels français, aux pépites françaises pour les aider à devenir des champions réorientent les financements vers des stades de développement plus aval. En tout cas plus proche de la commercialisation que de la preuve de concept. Une dizaine de fonds ont été labelisés Tibi dans les sciences de la vie, or « le nombre de fonds d’investissements spécialisés en santé est encore trop limité en France pour couvrir de manière optimale toute la chaîne de développement des biotechs », estime le banquier qui ajoute « déshabiller Pierre pour habiller Paul, n’a donc pas résolu le problème de faiblesse de notre écosystème, il l’a juste déplacé ».
Les VC, la Bourse et les industriels
En attendant, les dirigeants de start-up s’échinent encore et toujours à trouver de l’argent pour développer leur candidat médicament. En toute logique, certaines biotechs se sont tournées vers la Bourse. On a vu ainsi deux opérations de 8 M€ arrivées sur Euronext Paris en février mais la fenêtre boursière reste étroite et instable. Des introductions ont été reportées récemment dans le secteur de la santé. Surtout ce cercle non vertueux d’introduire en bourse des entreprises à un stade clinique trop précoce a couté cher par le passé aux biotechs françaises : 3 années de purgatoire avant de susciter à nouveau l’intérêt des actionnaires. L’équilibre est donc fragile. Reste alors une dernière piste peu exploitée, celle des industriels. Lesquels regardent depuis un an d’un œil plus attentif ce vivier de jeunes pousses qui développent leurs médicaments de demain. Certains préfèrent souscrire dans des fonds, d’autres disposent de leur propre véhicule d’investissements. Mais fait nouveau, les start-up n’hésitent plus à les démarcher en direct, c’est d’ailleurs ainsi qu’une série B vient de se conclure avec un pool d’industriels après la désaffection d’un VC. À suivre.





