Après plusieurs semaines agitées autour de la fusion entre Erytech et Pherecydes, le temps de l’apaisement et du redéploiement est venu. Gil Beyen, vice-président de Phaxiam Therapeutics revient pour BiotechFinances sur les moments d’adversité qui ont émaillé le calendrier du rapprochement et balise les points d’inflexion de la nouvelle entité Phaxiam Therapeutics.
BiotechFinances : Quelles ont été les lignes de force et de fébrilité révélées par l’épisode tendu que vous venez de traverser ?
Gil Beyen : En dépit des obstacles rencontrés, cette période est en réalité révélatrice de la force du projet porté par Phaxiam et ses équipes. Cette opération, qui s’appuie sur deux sociétés très innovantes de l’écosystème biotech français, a toujours été et reste encore soutenue par les conseils d’administration de Erytech et de Pherecydes.
L’approbation par nos actionnaires et par ceux de Pherecydes, à une très large majorité, de la fusion est un signal fort qui consolide notre détermination à mettre sur pied un leader français de la phagothérapie. Rappelons que ce domaine d’avenir pourrait représenter une solution à l’un des enjeux de santé majeur de notre époque selon l’OMS et les institutions européennes de santé.
Je ne crois pas que les difficultés rencontrées ces dernières semaines portent atteinte à la valeur du projet et à notre plan de développement. Au contraire, je suis convaincu qu’elles nous ont permis de renforcer notre stratégie et notre motivation à mener à bien cette opération.
BiotechFinances : Une partie de la « confiance » est à reconstruire notamment dans le périmètre des investisseurs mais sans doute aussi des équipes, est-ce que cela vous entraîne vers une nouvelle façon de considérer ou de mettre en œuvre votre communication boursière ?
Gil Beyen : Notre objectif dans la communication autour de cette opération a toujours été de présenter ce projet de la manière la plus transparente possible. Erytech et Pherecydes sont deux sociétés fortement soutenues par leurs actionnaires et nous avons toujours tenu à les incorporer dans les décisions stratégiques liées au développement de l’entreprise.
De ce point de vue, je ne crois pas que nous ayons perdu la confiance de nos actionnaires ou que nous ayons dévié de notre ligne de communication objective : nous avons tenu dès le début à expliquer de la manière la plus précise possible le rationnel de cette opération afin de leur permettre de prendre leur décision d’approuver ou non le projet avec toutes les cartes en main et de la façon la plus objective possible.
Cette stratégie de communication est valable également pour les équipes d’Erytech comme de Pherecydes. Nos employés ont été informés dès les premiers temps des ambitions de ce projet et nous ont soutenu dans sa réalisation. L’objectif de Phaxiam à court, comme à long terme, sera de maintenir cette objectivité et cette clarté dans sa communication.
BiotechFinances : Avez-vous ressenti une distorsion de la perception de cet épisode en fonction des géographies ? US v/s Europe ?

Gil Beyen : Il y a eu, en effet, une différence de perception Outre-Atlantique où la désinformation propagée par Akkadian ne se diffusait pas de manière aussi importante qu’en France. La communication d’Akkadian autour de son projet avorté de prise de contrôle d’Erytech visait principalement l’actionnariat français de la société. Leur objectif était clair : diluer les messages clés de cette opération quant à l’avenir de la société, sans jamais présenter clairement un projet, dans un torrent de fausses informations soutenu par un projet de développement peu crédible et surtout très flou, qui aurait certainement mené à une perte de valeur majeure pour les actionnaires d’Erytech.
Les Etats-Unis, où l’actionnariat dispose d’une éducation à la Bourse très différente de la communauté européenne, ont été relativement épargné par cette propagande et n’ont relayé que les faits et les actes concrets liés à l’opération ou à la communication d’Akkadian.
BiotechFinances : Quels sont désormais les objectifs du calendrier scientifique post fusion et points d’inflexions attendus dans les 12 – 24 mois à venir ?
Gil Beyen : Phaxiam aura pour objectif de poursuivre le développement des programmes de phagothérapie initiés par Pherecydes et de les mener à bien pour l’émergence du premier leader européen dans le traitement de l’antibiorésistance. La société développe, à ce jour, un portefeuille diversifié au stade clinique et prévoit des étapes structurantes et créatrices de valeur au cours des deux prochaines années.
À plus court terme, nous attendons au premier semestre 2024 les résultats de l’essai de Phase 2 PhagoDAIR, en cours chez des patients atteints d’infections ostéoarticulaires du genou ou de la hanche (PJI) provoquées par S. aureus. Sur cette indication, nous préparons le lancement d’une première étude globale (EU /US) à visée d’enregistrement
Plusieurs essais de Phase 1 devraient également être lancés prochainement : dans l’endocardite due à S. aureus au troisième trimestre 2023 avec des résultats attendus au premier trimestre 2024 et dans les infections urinaires complexes dues à E. coli au premier trimestre 2024 avec des résultats attendus au deuxième semestre 2024.
Phaxiam prévoit par ailleurs de diversifier plus avant son portefeuille de bactériophages avec l’ajout de deux pathogènes supplémentaires.
Enfin, nous travaillons activement à l’élaboration d’une stratégie de R&D s’appuyant sur les plateformes technologiques et les capacités complémentaires des deux sociétés, afin de soutenir le développement d’approches thérapeutiques complémentaires, que sont les phages et les endolysines dans les domaines anti-infectieux tels que la résistance aux antimicrobiens et d’autres domaines tels que l’alimentation, les cosmétiques et la santé animale.
Propos recueillis par Jacques-Bernard Taste





