(BIOTECHFINANCES n°965 22/11/2021) Le 3e grand laboratoire français a enclenché depuis deux ans une vraie dynamique à l’égard des biotechs, nouant « une dizaine » de partenariats ! Il privilégie la complémentarité internationale et les accords en phases précoces. Un seul but : muscler son pipeline en oncologie, dermatologie et maladies rares ainsi qu’en dermo-cosmétique.
Le plan de transformation de Pierre Fabre, lancé en 2019 a entraîné une profonde réorganisation du groupe. L’équipe de Business Development s’est montrée très active pour accompagner ce recentrage des activités, étoffant le portefeuille de produits dans certains domaines thérapeutiques tout en désinvestissant dans d’autres.
Des accords de licences qui se multiplient
« Nous avons accéléré nos actions depuis la signature en 2015 d’un accord mondial de développement et de commercialisation portant sur les anticancéreux Binimetinib et Encorafenib, avec l’américaine Array BioPharma (rachetée en par Pfizer) », reconnaît Maurice Chelli, le directeur du Business Development (BD) chez Pierre Fabre. Tombées dans l’escarcelle de groupe français, ces deux molécules innovantes ont donné une nouvelle impulsion à son programme oncologie, avec de nouvelles indications (mélanome en 2019, cancer colorectal en 2020) et d’autres attendues prochainement. Depuis, les alliances avec des biotechs se multiplient dont la dernière date de jeudi (18 novembre) avec Ribonexus (ex-Aglaia Therapeutics). Pierre Fabre a confié à ce spin-off de Gustave Roussy, le développement d’une série de ses petites molécules brevetées qui ciblent le facteur d’initiation eukaryotique de la traduction 4A (eIF4A) dans le mélanome. Le montant demeure confidentiel. Pour rappel, fondée cette année Ribonexus a levé en septembre 4 M€, une opération menée par Advent France Biotechnology*.
De manière générale, Pierre Fabre ambitionne d’être un relais de croissance en Europe et en Chine pour des partenaires innovants en apportant ses ressources et son expertise dans les domaines des affaires réglementaires, du Market Access et de la commercialisation. Le groupe s’adresse en particulier aux biotechs américaines, qui n’ont pas de filiale ou de franchise leur permettant de commercialiser elles-mêmes leurs produits mais qui peuvent s’appuyer sur « l’excellente connaissance » des marchés européen et asiatique des équipes de Pierre Fabre. Ainsi « en février, nous avons étendu à la Chine notre accord avec la société californienne Puma Biotechnology qui nous confère depuis 2019 les droits exclusifs de développement et de commercialisation de Nerlynx (nératinib) en Europe, en Turquie, au Moyen-Orient et en Afrique », indique Maurice Chelli. Il s’agit d’un traitement contre la récidive du cancer du sein HER2+. « Ce traitement innovant venu compléter notre chimiothérapie Navelbine indiqué dans les cancers du sein et du poumon, booste notre franchise oncologie, en pleine croissance », ajoute-t-il. Sur le plan commercial, l’alliance avec Atara Biotherapeutics est tout aussi emblématique (voir encadré).
Alimenter le pipeline avec des molécules précoces
Autre ambition du département Business Development de Pierre Fabre : alimenter le pipeline avec des produits en développement moins avancés, notamment sous l’impulsion du nouveau directeur de la R&D, Francesco Hofmann, recruté en mai. Deux axes sont privilégiés : trouver de nouvelles modalités de fabrication d’anticorps, via des plateformes de recherche, et accélérer les programmes avec des candidats en phase précoce, afin de les faire entrer rapidement en clinique. « Ainsi, le canadien Talem (voir encadré) va nous apporter de nouvelles technologies pour fabriquer des anticorps chez la souris humanisée tandis que le coréen Y-Biologics, met à notre disposition sa banque de génération d’anticorps monoclonaux dirigés contre des cibles exprimées dans les tumeurs solides », se félicite Maurice Chelli.
Par ailleurs, le laboratoire a commencé à rechercher des partenaires pour co-développer des composés en phase 1 à 2 en oncologie, dont la preuve d’efficacité est déjà partiellement démontrée en vue de leur mise sur le marché en 2028-2030. Idem en dermatologie. Fin 2020, avec la fondation EspeRare, le groupe a repris un programme de phase 2 qui s’apprête à passer en phase 3 dans la maladie XLHED, une indication rare à incidence dermatologique.
Pierre Fabre investit environ 15 % de son chiffre d’affaires pharma dans la R&D et dispose d’une trésorerie suffisante pour financer ces opérations. « L’objectif de ces partenariats est d’améliorer globalement la profitabilité du groupe. La rationalisation du portefeuille nous permet d’investir dans ces alliances. Nous commençons à en voir les fruits en termes de rentabilité » souligne le directeur.
S’agissant de la forme juridique des accords, tout est possible. Pierre Fabre a ainsi conclu un deal inversé avec ValenzaBio en lui licenciant un de ses anticorps monoclonaux IGF-1 R pour que la biotech américaine le développe. Et Maurice Chelli de conclure : « nous faisons évoluer notre façon de construire les deals, en étant intéressés à la performance de la société avec laquelle nous travaillons. C’est pourquoi, notre groupe a pris une participation dans le capital de ValenzaBio. En outre, si nous n’avons pas aujourd’hui de fonds d’investissement, nous n’excluons pas d’en créer un à l’avenir ».
4 partenariats au crible
Des anticorps traitements d’oncologie avec Talem Therapeutics
Une collaboration a été lancée, le 7 octobre 2021, avec la filiale du canadien IPA (ImmunoPrecise Antibodies), Talem Therapeutics. Son objectif : la recherche pluriannuelle multi-cibles pour découvrir et développer des anticorps thérapeutiques, avec jusqu’à neuf cibles en oncologie.
Newsflow : Une collaboration stratégique destinée à fabriquer à l’avenir des anticorps chez la souris humanisée.
Immuno-oncologie avec Y-Biologics
Avec la biotech sud-coréenne Y-Biologics, le partenariat va plus loin. Depuis le début de la collaboration, la bibliothèque du coréen a permis d’identifier une famille d’anticorps humains contre une cible prometteuse définie par les chercheurs de Pierre Fabre dans leur centre d’immunologie spécialisé.
Newsflow : Un accord de licence exclusif mondial en immuno-oncologie a été conclu le 6 juillet 2021. Il porte sur des cibles qui peuvent modifier le microenvironnement tumoral chez les patients résistants aux immunothérapies.
Orbitopathie dysthyroïdienne avec ValenzaBio
Un accord de licence et de commercialisation a été noué le 8 avril 2021 avec l’américaine ValenzaBio sur un anticorps anti-IGF-1R pour le développement d’un nouveau traitement de l’orbitopathie dysthyroïdienne (Thyroid Eye Disease -TED), une maladie endocrinienne avec un fort besoin médical non satisfait.
Newsflow : Pierre Fabre dispose des droits hors États-Unis sur le VB421 et détient une part du capital de la biotech.
Cancers Epstein-Barr avec Atara
Une alliance a été conclue avec la californienne Atara Biotherapeutics le 4 octobre 2021 pour que Pierre Fabre commercialise le tabelecleucel (Tab-cel). Un médicament destiné aux personnes greffées atteintes de cancers associés au virus Epstein-Barr (EBV) en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et dans d’autres marchés émergents. Pierre Fabre signe ici son entrée dans les thérapies cellulaires.
Newsflow : Une AMM de l’EMA est espérée d’ici fin 2022.
Une équipe en pleine expAnsion
Comprenant une quinzaine de membres, placés directement sous la direction générale, l’unité de Business Development s’appuie sur les autres métiers du groupe, notamment le service juridique. Des analystes financiers internes sont également chargés de la modélisation financière et cadrent les négociations. Enfin une équipe d’Alliance Management a été professionnalisée. Sa mission est d’assurer l’alignement entre Pierre Fabre et ses partenaires, de faire fructifier les alliances et de travailler en synergie « pour qu’1+1 = 3 ».
Au côté de Maurice Chelli, directeur Business Development :
Julien Desgrippes, directeur Medical Care Licensing
Damien Baur, directeur M&A et Alliance
Abderrahim Mahfoudi,
directeur R&D et innovations externes
Thomas Landemaine, directeur Analyse financière
Evénement maison pour rencontrer les biotechs
Pierre Fabre a organisé un 1er Partnering Event digital avec le monde de la biotech, en février 2021. Une initiative qui n’avait encore jamais été tentée de la part d’une pharma. À cette occasion, 91 entretiens ont été menés entre les équipes de Pierre Fabre et des dirigeants de biotechs. Beaucoup de ses rencontres se sont déroulées en one to one et ont débouchés sur des deals, « déjà conclus ou encore en discussion ».
Pour attirer d’autres biotechs qui auraient « des propositions de valeur » à lui faire en oncologie, dermatologie et dans les maladies rares, correspondant à son cahier des charges, Pierre Fabre organise un second évènement les 14 et 16 mars prochains.
Par ailleurs, le laboratoire sera également présent à la JP Morgan Health Conference prévue du 10 au 13 janvier 2022 à San Francisco. Un rdv incontournable pour saisir des opportunités d’alliance.
