892 signataires à ce jour et non des moindres ! Des patrons de biotech, pharma, medtech, digital-tech et des investisseurs de renom sur la place américaine dont Jean-François Formela pour Atlas Venture (1) ont signé d’un seul élan une même lettre via la plateforme américaine Medium. « Nous devons agir pour montrer clairement notre horreur des actions de la Russie » écrivent-t-ils. « Un désengagement économique immédiat et complet est nécessaire. En conséquence, nous appelons tous les membres de notre industrie, et les autres, à cesser toute implication commerciale en Russie… à stopper les investissements dans les entreprises russes et les nouveaux engagements à l’intérieur des frontières de la Russie, à rejeter les investissements des fonds russes, mettre fin aux accords de collaboration ou de service avec des entreprises russes ». Dans la même veine et toujours guidée par la volonté de faire pression sur l’appareil élitaire de la fédération de Russie, la chasse aux LP Russes et aux fonds ayant bénéficié de leurs largesses est engagée. A ce titre, Sarissa Capital management très impliquée dans les réseaux des biotechs américaines et aux mains d’Alex Denner est aujourd’hui sur la sellette et ciblée par la presse américaine. L’entreprise aurait bénéficié des largesses de l’oligarque russe Roman Abramovitch – l’homme aux 13 Mds$- via Concord Management l’une de ses multiples boutiques de financement.
La France dans le mouvement
Qu’en est-il de la mobilisation collective des acteurs des sciences de la vie côté français ? Il faut la mesurer à l’aune de critères propres à l’Hexagone. La France est, certes, le premier employeur étranger en Russie mais or Sanofi les engagements des acteurs de la start-up nation vers son grand voisin restent extrêmement limités. Par ailleurs, l’argent de l’Etat russe ou de ses oligarques ne diffuse pas vraiment vers l’industrie des sciences de la vie française, ni vers ces VC et ce, malgré de multiples tentatives d’ouvertures. De mémoire, un seul investissement consistant et notoire du fonds souverain Rusnano pour un montant de 38 M$ a été réalisé début 2012 dans la medtech Magnisense.
Une autre opération issue du partenariat noué entre CDC International Capital et Russian Direct Investment Fund (RDIF) a débouché sur un potentiel co-investissement de 10M€ dans la biotech marine OLMIX basée en Bretagne. C’était en 2017. François Hollande, lors de son mandat présidentiel avait bien essayé en 2013 de lancer l’idée d’ouvrir grand les portes pour créer un fonds commun avec la Russie et faciliter l’obtention des visas. « En ce qui concerne les capitaux, pour faciliter leur investissement en France, nous avons pensé qu’il serait souhaitable qu’il y ait avec la Caisse des dépôts et un fonds souverain russe, ou plusieurs, un partenariat de manière à ce que nous puissions développer les investissements », avait-il déclaré. Mais au final, l’un des rares prolongement de l’initiative présidentielle – le partenariat CDC IC puis Bpifrance avec RFID – est aujourd’hui pour le moins altéré. La Banque publique d’investissement s’est retirée en février dernier d’un accord signé en 2019 avec un fonds souverain russe qui visait à financer l’implantation de 13 établissements Orpea dans le pays. Le groupe Sanofi de son côté vient d’annoncer cette semaine qu’il arrêtait toute nouvelle dépense non liée à l’approvisionnement de ses médicaments « essentiels » et vaccins en Russie. Et le CNRS qui déployait de nombreux ponts avec la recherche académique russe a suspendu depuis le 2 mars toutes nouvelles formes de collaborations scientifiques avec la Russie et annulé les événements scientifiques à venir impliquant la Russie.
(1) Lire BiotechFinances n°841 du 29 janvier 2019 « JEAN-FRANÇOIS FORMELA : LA « FRENCH TOUCH » AU CŒUR D’ATLAS VENTURE »




