Le leader français de la pharma cherche à enrichir son portefeuille de candidats qui pourront devenir les médicaments de demain, à la fois dans ses six aires thérapeutiques, dont l’immunologie et les vaccins, ainsi que dans l’IA et la genAI. Décryptage avec Matthieu Merlin, responsable du Business Development médecine générale chez Sanofi.
BiotechFinances : Comment sont organisées vos équipes de BD et M&A ?
Matthieu Merlin : Outre le Business Development (BD), dont je fais partie, Sanofi Ventures, notre fonds de capital-risque industriel, prend des participations dans de jeunes start-ups, tandis que notre département gestion des alliances intervient une fois les partenariats stratégiques signés pour développer nos collaborations avec nos nouveaux partenaires. Nous collaborons également avec nos collègues du M&A pour les acquisitions.
En termes de modalités d’engagement, la palette est assez large, allant d’un accompagnement très engagé à un suivi beaucoup plus relâché. Nous pouvons entamer des discussions directement via des accords de collaboration et de licence, mais aussi nous limiter à un investissement en capital à travers Sanofi Ventures ou le groupe en direct. Nous sommes également très présents dans l’écosystème, principalement aux États-Unis, en France, en Allemagne et en Chine. En France, Sanofi est l’un des membres fondateurs de Future for Care et du Paris-Saclay Cancer Cluster (PSCC), ce qui nous permet de nouer des collaborations avec des chercheurs académiques et des start-ups. Nous sommes aussi partenaires de Biolabs et finançons l’incubation de biotechs comme, récemment, Scienta Lab (immunologie), Hephaistos (vaccins) ou Orakl (oncologie), tout en les accompagnant au travers d’un mentorat.
BiotechFinances : Comment repérez-vous les cibles sur le terrain ?
Matthieu Merlin : C’est un travail de longue haleine. Dans nos six aires thérapeutiques (immunologie, maladies rares, vaccins, neurologie, oncologie et T1D/transplantation), Sanofi vise une croissance externe et des partenariats pour renforcer son pipeline et sa R&D. Tout l’enjeu est de démontrer que nous sommes le meilleur partenaire possible dans ces axes prioritaires. En collaboration avec notre R&D, nos équipes de BD participent aux grands congrès médicaux et scientifiques. Elles construisent des réseaux avec les entreprises, les investisseurs et les académiques pour saisir de nouvelles opportunités. Il s’agit pour nous d’être en mesure d’engager des conversations suffisamment tôt pour nouer des collaborations, voire conclure des licences.
Nous sommes également actifs dans les grands événements financiers comme la JP Morgan Healthcare ou Jefferies Healthcare, qui nous donnent l’opportunité de présenter Sanofi et de multiplier les contacts avec les biotechs.
BiotechFinances : À quel stade de développement intervenez-vous ?
Matthieu Merlin : L’objectif de Sanofi Ventures est de prendre une participation en amont dans le capital d’une jeune société, lors d’une série A ou d’un seed, et de l’accompagner ensuite. Ce fonds investit indépendamment et en amont du BD de Sanofi. Nos équipes BD, quant à elles, cherchent à obtenir des droits en échange de contreparties économiques et financières. Cela peut aller d’une simple option ou d’un accord de licence, jusqu’au rachat de produits, voire à l’acquisition de société.
S’agissant des aires thérapeutiques, en immunologie/inflammation ou dans les vaccins, nous sommes prêts à nous engager à tous les stades, du préclinique à des phases plus avancées, en passant par des accords de recherche ou de co-développement de médicaments. Dans ces domaines, nous essayons de compléter notre portefeuille (qui comprend déjà notre vaccin Beyfortus et notre traitement phare Dupixent) en recherchant de nouveaux mécanismes d’action, en surmontant les barrières d’efficacité et en répondant aux besoins des patients non satisfaits.
Dans les autres aires (neurologie, oncologie, maladies rares et T1D/transplantation), nous recherchons en priorité des candidats à des stades d’essais cliniques plus avancés. Compte tenu de notre taille et de notre présence internationale, nous avons la capacité de soutenir un co-développement à l’échelle mondiale, en faisant bénéficier nos partenaires de notre infrastructure et de nos compétences.
BiotechFinances : Quels accords récents Sanofi a-t-il noués ?
Matthieu Merlin : Nous considérons que l’innovation la meilleure possible n’a pas de frontières : nous allons la chercher là où elle se trouve. En France, Sanofi est très présent. Il soutient des fonds spécialisés dans la biotech française et les nouvelles technologies comme Bpifrance, Jeito Capital, Cathay Capital… Nous avons signé des accords avec Eligo Bioscience, spécialisée dans la thérapie génique du microbiome, pris un droit exclusif de négociation d’un partenariat sur le traitement du diabète de type 1, M1Pram d’Adocia, et signé une licence avec Orano Med (nouvelle génération de radiothérapies internes vectorisées dans certains cancers rares). Nous avons également noué des collaborations avec Aqemia et Owkin dans l’Intelligence Artificielle (IA) et générative (genAI), appliquées à la santé pour optimiser la découverte et le développement de nos médicaments.
Christine Colmont





